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Culture : entre excellence et élitisme

le 1er/11/2006

Aix possède une belle vitrine culturelle et quelques temples artistiques de dimension nationale et internationale. Mais la ville prétend aussi travailler dans la diversité culturelle, avec tous les publics et à l’échelle de la communauté d’agglomérations. Pour conjuguer excellence et populaire ou élitisme et populisme ?

L’élection de Maryse Joissains a d’abord suscité la plus vive inquiétude dans le milieu culturel aixois. La mandature de son mari Alain (1978-1983) avait laissé un très mauvais souvenir et abouti à la fermeture du Relais culturel, vivier de création artistique. En 2002, François-Xavier de Peretti, la carte UDF du ticket gagnant (mais disparate) qui arrache la mairie à Jean-François Picheral, hérite de la culture. La nouvelle est plutôt perçue par la profession comme ce qui pouvait arriver de moins pire. Mais entre François-Xavier de Peretti et Maryse Joissains, c’est rapidement le clash. Elle lui enlève sa délégation et l’éparpille entre plusieurs élus. Pendant ce temps, les opérateurs culturels craignant pour leur survie ne restent pas inactifs et forment un collectif regroupant 27 associations. Maryse Joissains reçoit ce joli monde et le rassure : «  Durant mon mandat, je ne tuerai personne. » Le festival Danse à Aix a quand même été assassiné ? Certes, mais la Ville n’est pas la seule responsable du meurtre. Personne n’avait pourtant rien à reprocher à ce festival qui effectuait un remarquable travail d’irrigation du territoire chorégraphique. Seulement voilà : le nouveau Centre chorégraphique national (CCN) d’Angelin Preljocaj exigeait plus de moyens pour fonctionner. Avec la complicité de la Drac et sans autre forme de procès, on supprima donc Danse à Aix. Le CCN se retrouve ainsi en situation de monopole et son Pavillon Noir peut être inauguré, fin octobre 2006, dans un feu d’artifice de spectacles. Et tant pis pour la diversité culturelle.

Entre temps et dans une certaine cacophonie, les différents élus à la culture essayent de délimiter leur territoire. Il est de notoriété publique que Stéphane Salord (art contemporain, musique), Bruno Genzana (Festival d’art lyrique), Patricia Larnaurdie (théâtre, danse, éducation) et Dominique Sanchez (enfance, jeunesse), pour ne citer que ces quatre-là, « s’adorent ». François-Xavier de Peretti s’en donne à cœur joie : « Il n’y a aucune stratégie ni unité dans la politique culturelle. Maryse Joissains a dépecé la délégation et asphyxié la direction culturelle. D’ailleurs, l’ancien directeur des services culturels n’a pas tenu longtemps. » Il a en effet été remplacé par Thierry Roche qui dans le même temps pilotait le projet du CECDC (Centre européen de création et de développement culturel), au Jas de Bouffan. Un mélange des genres pas très heureux. Pourtant, le centre de développement est sur le papier un beau projet. Des associations compétentes (Biomix, Image de ville, Terre Active...) sont accueillies en résidence dans ce qui doit être une plateforme innovante de production et d’accompagnement de projets. Mais la double casquette de Thierry Roche met le CECDC en quasi-situation d’organisme para-municipal. Les missions de la structure ne sont pas non plus très lisibles : est-ce un outil de travail, une pépinière, un organisateur d’événement, une vitrine municipale de plus ? Certains jugent le CECDC et son budget de 1,2 millions d’euros trop dispendieux. La structure organise en 2003-2004, un événement autour du peintre Robert Combas. Pour un coût de 220 000 euros annonce le service culturel et avec à la clé un important travail de médiation en direction des publics, notamment des enfants. Mais des médisants affirment que la gâterie aurait coûté plus du double avec « des trains de journalistes qui débarquent de Paris et Combas qui invite aux frais de la mairie dans les plus grands établissements de la ville ».

Aujourd’hui, le CECDC n’a plus de directeur attitré. Le Conseil général s’est retiré de son financement, le nombre de permanents est passé de treize à cinq. Quant aux résidents, ils semblent de plus en plus livrés à eux-mêmes. A travers le CECDC, la Ville porte également un projet de pôle cirque. Dans cette perspective, elle accueille en résidence la compagnie Désaccordé, avec à la clé une série de représentations. Mais, dans le même temps, elle rompt avec le Cirque Acrobatique de Jonathan Sutton qui depuis douze ans développe des activités en direction des publics amateurs. « Nous étions censés installer notre chapiteau, mettre à disposition toute notre équipe, être quasiment dans un fonctionnement de régie directe, mais par contre, la ville refusait de nous donner la moindre assurance sur nos financements », soutient l’intéressé. Patricia Larnaudie affirme que Jonathan Sutton était trop gourmand et voulait diriger l’ensemble du pôle cirque. Ce dernier rétorque qu’il a été viré simplement parce qu’il n’était pas assez docile.

Aix-en-Provence doit sa réputation culturelle internationale à quelques grandes institutions, notamment le Festival d’art lyrique. Cette politique de prestige est coûteuse. Mais comme Maryse Joissains est aussi à la tête de la CAPA, elle a transféré à la Communauté d’agglomérations le financement de la plupart des grandes structures culturelles de la ville. A charge pour les opérateurs de prendre en compte ce territoire élargi. Certains le font avec le souci des publics, d’autres à la hussarde. Un opérateur : « C’est sûr que parfois les communes ont un peu l’impression d’être colonisées. »

Et puis les stars ont leurs caprices. Stéphane Lissner, l’ancien directeur du Festival d’art lyrique, avait exigé la construction d’une salle de spectacle. Entre temps, il est parti vers d’autres cieux et les coûts de construction de l’équipement ont grimpé de 30 %. « Je pense que l’on a dû dépasser les 50 millions d’euros », déclare Cyril Di Méo. «  A ce jour, il manque 3 à 4 millions d’euros pour que cette salle puisse fonctionner correctement, ajoute François-Xavier de Peretti. Et aucune collectivité ne semble décidée à remettre la main à la poche. » Pendant ce temps, les compagnies de théâtre et de danse doivent se contenter de subventions annuelles de 3 000, voir 2 000 euros.

Aix est une ville étudiante. Pourtant ne cherchez pas en centre ville un café musique digne de ce nom. La Fonderie est fermée depuis 2002. Jusqu’à quand ? Mystère. En attendant, l’équipe s’est vue confiée la mission de réorienter la salle du Bois de l’Aune en équipement culturel et socioculturel. Mais le lieu n’est pas adapté et les travaux tardent à venir. André Garcia dit Pepito, le fondateur de la Fonderie : « Une première phase de réhabilitation a été financée. Mais maintenant, il faudrait une deuxième phase d’équipement. Et puis nous n’avons pas de budget de fonctionnement spécifique sur cette salle. Certes, la CAPA a procédé à 30 % d’augmentation globale de nos financements, mais les autres collectivités publiques, elles, n’ont pas bougé. Alors, quelle doit être notre activité ? Accueillir dix projets dans l’année ou 50 ? » Les musiques actuelles ne seraient pas une priorité absolue pour la Ville d’Aix ? « Quand il s’agit d’organiser un concert gratuit du philharmonique de Berlin, on n’hésite pas à dépenser des sommes astronomiques, poursuit Pépito. Pendant ce temps, le budget du festival Zic Zac ne dépasse pas 100 000 euros. Pourtant, nous accueillons entre 10 000 et 15 000 personnes chaque année avec une programmation de dimension nationale et même internationale. »

Et l’équipe de la Fonderie n’est peut-être pas la plus mal lotie. L’association Aix’Qui ?, organisatrice de Class Rock, un tremplin musical pour les lycéens, aurait vu sa subvention diminuer de 55 % entre 2002 et 2005. Les responsables du projet sont montés au créneau. La mairie a rétabli la subvention. Garage, l’un des fondateurs d’Aix’Qui ?, n’y va pas par quatre chemins. « Nous faisons partie des associations de terrain qui ne sont ni contrôlables ni récupérables. Donc nous sommes considérés comme de la merde. » Pendant ce temps, Patricia Larnaudie égrène son credo : « Nous avons le souci de toutes les populations et de la mixité sociale. Nous sommes très attentifs aux projets qui articulent éducation et culture. C’est indispensable pour former de nouveaux publics. »

Frédéric Lanan

@-Leravi - http://www.leravi.org