Contact

Abo, dons, adhésions

Marseille, conseil municipal du 27 mars 2006

le 1er/04/2006

Tous les mois, un grand reporter du Ravi « teste » incognito un conseil municipal dans une ville ou un village de notre belle région...

08H40 N’est pas Albert Londres qui veut ! Le grand reporter du Ravi arrive 10 mn en retard. Effet du passage, la veille, à l’heure d’été ? Conséquence de l’interminable lecture à laquelle se livre sur un ton monocorde Jacques Rocca Serra, adjoint UDF délégué à la RTM, au sujet d’un rapport de la Chambre régionale des comptes sur la gestion de la régie des transports ? Dans l’hémicycle flambant neuf, inauguré en février, les élus sommeillent en attendant un jour meilleur. L’adjoint centriste dénonce « l’immobilisme des syndicats », « le coût de la grève cet automne qui pèsera dans le budget », exige que « la RTM améliore sa productivité et maîtrise ses coûts ». Et annonce 130 millions d’euros de subvention. 08H48 Serge Bottey, adjoint à la culture, mâche ostensiblement un chewing-gum.

09H01 Patrick Menucci, sacré nouveau président du groupe socialiste, sonne le réveil. « Notez le manque d’élégance de la majorité qui ne transmet que trois jours avant le conseil ce rapport (...) Un document complexe, plein de chiffres, pas facile à assimiler pour Mr Rocca Serra. » Cris et protestations sur la droite. S’adressant au maire : « la RTM ne va pas bien ? A qui la faute ? A son patron. Et le patron, c’est vous ! » Suit une passe d’arme sur les couloirs de bus. Menucci : « Vous ne faites pas respecter la circulation sur les couloirs de bus protégés. » Gérard Chenoz, conseiller municipal UMP : « Il ne faut pas sans cesse manifester contre nous. » Menucci : « Adressez-vous avec un peu de courtoisie aux élus socialistes qui, sachez-le, ne manifestent pas contre les couloirs de bus. » Jean-Claude Gaudin, sortant de son mutisme : « Et qui prennent rarement le bus ! »

09H20 Du haut de son perchoir, le maire obéit à un rituel bien rodé. Il laisse ses adjoints exposer les motifs des délibérations, distribue sans compter la parole à son opposition. Ponctue parfois de brèves « saillies » les débats. Et se réserve le mot de la fin lorsque le dossier est d’importance. « Vous êtes les conseilleurs mais pas les payeurs ! », gronde-t-il sur sa gauche. Faisant mine de s’énerver, il frappe bruyamment sur son pupitre. « Vous ne manquez pas de culot, vous qui êtes les premiers à prendre la tête des défilés. »

09H25 « C’est tout ? », s’exclame à haute voix un élu irrévérencieux, à la fin du discours du maire.

09H36 Annick Boët, présidente du groupe communiste, s’interroge sur le sort du SDU-FSU. Le 2ème syndicat de la ville de la communauté urbaine est sommé par la mairie de rendre ses locaux. Les permanents sont fermement invités à reprendre leurs postes de travail. Une interprétation musclée d’un jugement du tribunal administratif... « Vous êtes comme Villepin, poursuit la conseillère. Pour vous, la vie serait plus facile sans syndicats. » Jean-Claude Gaudin : « Ce n’est pas ma faute si le SDU a divorcé de la CFDT. » Puis, soudain, faisant diversion et montrant du doigt Patrick Menucci, il est vrai quelque peu dissipé : « regardez qu’il rigole ! Il s’amuse ! »

09H46 Michèle Poncet-Ramade, pour les Verts, débute une intervention sur les comités d’intérêts de quartier dont elle attribue la création à Gaston Defferre. « C’est Siméon Flaissière ! » (ndlr : maire de 1919 à 1931), l’interrompt furibond Jean-Claude Gaudin. « Vous qui fréquentez Mr Badinter, demandez-lui conseil avant de faire des interventions aussi saugrenues que ce matin. »

09H57 Le grand reporter du Ravi découvre, avec émerveillement, la tablette dont son siège est équipé. Pratique pour prendre des notes !

10H01 Début des débats sur le budget primitif 2006. « Avec fierté », Jean-Louis Tourret, adjoint aux finances, expose « les bases solides, très solides, pour construire la politique municipale » : 1 milliard et demi d’euros, des investissements estimés à 250 millions, une hausse « limitée » de 2,5 % des impôts...

10H02 Serge Bottey, l’adjoint à la culture, mâche un chewing-gum. Toujours le même ?

10H10 « Mr Menucci a demandé la parole », annonce Jean-Claude Gaudin. « Olé ! », s’écrient les élus sur sa droite. Le conseiller socialiste se livre à un réquisitoire sur la gestion « archaïque » de la ville, son « endettement ». Patrick Menucci évoque le « méli-mélo auquel s’est livré Mr Muselier en annonçant l’installation de 1000 vélos en location pour les Marseillais ». Le 1er adjoint incriminé s’offusque bruyamment. « Ne vous mettez pas dans cet état. Il n’y a pas d’attaques personnelles ! », poursuit Menucci. Avant de conclure, s’adressant au maire : « Votre image reste bonne, sans doute grâce à vos galéjades et à votre pagnolisme. Mais votre volonté se résume en trois mots : le conservatisme social. »

10H23 Très agité depuis une bonne heure, Jean-Marc Benzi, conseiller municipal délégué aux « opérations funéraires » (sic), ne tient plus sur son siège. Dès qu’un élu de l’opposition s’exprime, il grogne, proteste, éructe.

10H29 Annick Boët (PCF), qui évoque les manifestations anti-CPE, s’agace des bruitages de Mr Benzi. « S’il vous plaît, occupez-vous de vos cimetières ! », lui lance-t-elle sèchement. L’élu tente un « contre » maladroit : « Vous ne devez pas y aller très souvent. C’est trop populaire pour vous ! »

10h37 « Expliquez-moi à quoi cela sert de construire un palais de la glisse et de la glace dans une des villes les plus chaudes de France ? », interroge Jean-Pierre Fouquet (Vert), à propos du projet de patinoire à la Capelette. Il jette un froid dans l’assemblée. 10H46 Serge Bottey, l’adjoint à la culture, mange un croissant.

10H47 L’UDF Yves Moraine prend la parole. « Lui, c’est le cireur de pompes », fuse dans les rangs de l’opposition. De fait, fustigeant les « déclinologues professionnels », il ne ménage pas ses louanges sur la « cohérence » de la politique financière. Et enflamme les rangs socialistes en concluant par une récente citation de Bernard Tapie : « Il faut rappeler l’état dans lequel était cette ville lorsque Gaudin est arrivé. Un énorme travail a été réalisé en dix ans. »

11H10 « A vous écouter, nous serions déjà sous tutelle ! », lance Jean-Claude Gaudin. Après avoir longuement félicité ou réprimandé, un à un, les intervenants, le maire se fait lyrique. « C’est nous qui nous occupons des plus démunis, des handicapés. C’est nous qui faisons de Marseille une ville fraternelle ! »

11H33 Adoption du budget des pompes funèbres. « Où a disparu Mr Benzi ? » s’amuse Jean-Claude Gaudin, alors que le turbulent adjoint es cimetières a malencontreusement quitté l’hémicycle.

11H35 Suspension de séance pour rendre hommage à Ingrid Betancourt, nommée citoyenne d’honneur de la ville de Marseille, une initiative de Christophe Madrolle (Vert). Dans «  l’espace muséal » (ndlr : le hall !) le maire, qui a refusé que la cérémonie se déroule dans l’hémicycle réservé aux élus, décore également Florence Aubenas. « Je n’aurais jamais cru que quelqu’un comme Jean-Claude Gaudin me remettrait une médaille et que je m’en réjouirais », s’étonne la journaliste de Libération... Madrolle joue des coudes pour être dans le champ des photographes en arrière-plan.

11H57 Reprise des hostilités dans une salle à moitié vide. La fatigue se fait sentir. Le rythme s’accélère. Les délibérations s’enchaînent. Le ton s’aiguise.

12H28 « La presse représente ici autant que nous la démocratie », souligne Patrick Menucci en fixant avec des yeux d’amour la tribune des journalistes. « Il leur cire tellement les pompes que cela arrive jusqu’à moi », commente le maire.

12H32 Annick Boët, PCF, au sujet de l’aménagement du vallon Régny, intervient au nom du maire UMP du 4ème secteur, Guy Hermier, « qui n’est pas présent car il accueille un haut gradé ». Et demande que son temps de parole soit décompté sur celui de la majorité.

12H40 « Maintenant que vous êtes supportrice du maréchal Teissier, ne me dites plus que rien ne va ! », se moque Jean-Claude Gaudin à l’encontre d’Annick Boët. 12H59 Le maire devient nerveux : « Allez, on accélère ! Avec tout ce que j’ai entendu ce matin, vous n’allez pas me faire rater un repas ! »

13H07 Gérard Chenoz, conseiller délégué au projet centre ville, annonce la résurrection de la Canebière avec l’arrivée du Tramway : « ce que d’aucuns croyaient devoir rester un rêve va devenir réalité. » Un ange passe.

13H15 Garo Hovsepian, maire PS du 7ème secteur, débute une intervention « sur la grande pénurie des lieux d’accueils pour les petits Marseillais ». Jean-Claude Gaudin l’interrompt. « Oh, vous n’êtes jamais content ! Vous en particulier. » Vexé, le conseiller d’opposition range ses notes et se tait.

13H20 Hubert Savon (MNR) souhaite disserter sur les bienfaits de la colonisation. « Normalement, vous n’avez pas le droit à 10 mn de temps de parole », prévient Jean-Claude Gaudin. Savon : « Je vous remercie ». Gaudin : « Ne me remerciez pas trop ! »

13H23 Patrick Menucci et Renaud Muselier se disputent le label de meilleur supporter de l’équipe de rugby à XV de Marseille. Après une tirade du socialiste sur « l’esprit positif » de ce sport collectif, Renaud Muselier commente : « M. Menucci, pour une fois que vous ne dites pas quelque chose de complètement stupide... »

13H31 Jean Dufour, conseiller apparenté communiste, interroge Muselier : « Quelle est exactement l’inscription du Mucem au budget de l’Etat ? » (ndlr : la construction du musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée, sur le J4 à l’entrée du Vieux Port, est sans cesse annoncée et repoussée). Le 1er adjoint botte en touche et finit sa réponse en toussant. Menucci à la volée : « Vous pouvez lui envoyer une bouée de sauvetage, s’il vous plait ! »

13H35 Jean-Claude Gaudin, synthétique : « L’ordre du jour est épuisé. Je vous souhaite bon appétit ! »

Michel Gairaud

FICHE TECHNIQUE / MARSEILLE

- 808 700 habitants

- Le Maire : Jean-Claude Gaudin (UMP), depuis 1995. Président de la communauté urbaine Marseille Provence Métropole, sénateur, et président délégué de l’UMP.
- La majorité : Groupe UMP : 55 élus (dont 26 adjoints, 14 conseillers municipaux délégués) Groupe UDF : 6 élus (dont 2 adjoints, 2 conseillers municipaux délégués)
- L’opposition : Groupe PS : 17 élus (dont 1 radical de gauche) Groupe Communiste : 12 élus (dont 1 apparenté) Groupe Vert : 5 élus (dont 1 apparenté) « Convention citoyenne » : 3 élus MNR : 3 élus

- Le conseil municipal soumis au test du Ravi : Durée : 4 heures 43 minutes
- Présents : 86 élus sur 101
- Temps de parole cumulé de l’opposition : environ 100 minutes.
- Le public : près de 70 personnes plus une quinzaine de journalistes

@-Leravi - http://www.leravi.org