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France Gamerre, présidente de Génération Ecologie et adjointe au maire de Marseille

le 1er/01/2007

France Gamerre, présidente de Génération Ecologie et adjointe au maire de Marseille, se présente à l’élection présidentielle. Qui ça ?

Génération Rigolo

« Ne m’appelez plus jamais Fraaance, la France elle m’a laissé tombeeeer. » Eh bien oui, outre que j’aime les paquebots et les porte-avions, je n’ai pas la frite. Je voudrais vous y voir, avec à peine 1 % d’intentions de vote à la présidentielle... C’est vrai qu’un portrait dans le Ravi ça multiplie ma visibilité médiatique par vingt, mais pas de quoi faire péter le magnum de Champomy. Bon, comme je me doute que vous ne voyez absolument pas qui je suis, je commence par le début. J’ai eu ma licence de lettres en 68, entourée de gauchistes, c’était terrible. C’est pour ça que je me suis orientée vers le bizness ensuite, pour être avec des gens comme il faut : j’ai fait un doctorat de 3ème cycle (déjà le vélo, préoccupation écolo) en économie et gestion des entreprises. De là, j’ai passé 20 ans à la fac d’Aix, à m’occuper des échanges internationaux. Ensuite, je suis allée dans la banque, là où on apprend que l’argent n’a pas d’odeur, qu’il ne sent ni la dioxine, ni le CO2, ni le déchet industriel, ni la sueur ni le sang du pauvre. Très formateur sur le plan écologique. Côté politique, j’ai commencé aux Républicains indépendants au début des années 70 avant de jouer le canasson Giscard, ce qui aboutira à la création de l’UDF en 1978. Plus tard, en 1997, je « constate et regrette que l’écologie soit trop souvent un argument électoral ou un alibi » (1). Bon, ça va, ça va, j’ai mis vingt-cinq ans à m’en rendre compte, chacun son rythme ! Bref, je rejoins Génération Ecologie, le parti de Brice Lalonde, créé en 1990 sous l’impulsion de Mitterrand pour contrer la résistible ascension des Verts, qui avaient cartonné aux élections de 1989. En récompense, Mitterrand l’avait nommé ministre. Depuis, il s’est rapproché de Madelin. Ni droite, ni gauche : l’écologie est au-dessus des partis, je l’ai toujours affirmé. Vu le vide intersidéral, je suis devenue présidente de Génération Ecologie depuis 2002, forte de mon récent mandat municipal dans l’équipe Gaudin (2001), en tant qu’adjointe chargée de la mer. Je peux m’enorgueillir, depuis que j’occupe ce poste, d’avoir contribué à faire de Marseille un modèle en matière d’écologie : une ville parmi les plus polluées d’Europe, qui arrive même en tête du palmarès pour le nombre de jours d’alerte à l’ozone (on dépasse allègrement les 100 jours par an), parmi les plus sales, qui se dote d’un incinérateur, d’un tramway doublonnant avec le métro, de 1000 vélos Decaux à prix d’or pour deux pistes cyclables qui se courent après... Développement durable, oui, mais de lapin. Alors que j’ai cette formule à la bouche à longueur de temps, on ne m’a pas trop vu soutenir les agents municipaux marseillais qui essayaient sous la houlette de la DQVP (2) d’introduire un doigt de DD (pour les intimes) dans la mairie. Gaudin a torpillé le truc, il n’en a rien à cirer. Non, mon idée de génie, incomprise, comme il se doit, ça a été de suggérer que l’on coule le Clémenceau au large de Marseille afin d’en faire un récif artificiel. Comme ça, on favorise l’écosystème marin, on évite aux pauvres ouvriers indiens de se faire amianter la gueule pour une roupie de l’heure et on limite les frais. Environnement, social, économie : les trois piliers du DD ! Grand chelem ! Bon, c’est vrai qu’on aurait un peu amianté les dorades et les mérous, et plus que prévu, vu le paquet de merde sur le Clem’, mais on ne fait pas d’omelette sans casser des œufs. Bref, tout ça me rend suffisamment légitime pour que je puisse prétendre à la charge suprême. Seulement voilà, j’ai du mal à pêcher mes 500 signatures, aussi rares que le thon rouge en Méditerranée, au bord de l’extinction. Tiens au fait, vous avez vu comme là aussi je me suis sagement tu lorsque Mourad Kahoul, l’adjoint à la pêche, a foutu le bordel avec Greeepeace cet été ? Pas un article, pas un communiqué de presse, rien ! Y a pas à dire, j’ose porter mes convictions écologiques haut et fort, pas mal pour une élue écolo à la mer. N’allez pas en conclure que les Bleus (le surnom de Génération Ecologie, ça fait très foot, ça parle au peuple : alleeeez les Bleuuuuus !), que les Bleus, donc, sont un « sous-marin de droite destiné à torpiller les Verts » (3). Non, je suis un porte-avions pour l’envol du deltaplane de Nicolas Hulot. Dès qu’il a dit que peut-être il irait, j’ai aussitôt déclaré que je m’effacerais. Je sais être humble face à la grande cause qui m’anime et aux 500 signatures que je n’aurai jamais. Pas comme la Voynet, que j’ai tancé dans une tribune après qu’elle-même ait écrit à Hulot. Regardez ce que je lui ai envoyé dans les gencives : « Permettez-moi de vous dire, chère Dominique, que la tentative actuelle qui transparaît dans votre lettre et qui consiste à vouloir vous associer (avec 2 % dans les sondages) à Nicolas Hulot (10 % dans les sondages) ressemble à la confection d’un " pâté d’alouettes " à partir d’un cheval et d’une alouette. » (4) Moi je propose qu’on m’y incorpore avec mes 1 %, et qu’on l’appelle pâté à la truffe.

Paul Tergaiste

(1) Portrait de F. Gamerre sur le site de Génération Ecologie

(2) Lire « Développement durable, une passion éphémère », le Ravi n°14

(3) Interview de FG à RMC le 19 juillet 2006

(4) Libération, 27/11/2006

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