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Jack Kachkar, acquéreur de l’OM

le 12/03/2007

Sorti de nulle part, l’homme d’affaires Jack Kachkar vient d’acquérir l’OM. Mais l’origine de son argent suscite de telles interrogations que la vente pourrait finalement être annulée. Imaginez la tronche à RLD.

Partie de cache-cash « Might as well jump ! Jump ! Go ahead, jump. Get it and jump. Jump ! » (Il saute comme un forcené en brandissant une écharpe de l’OM avant de s’écrouler dans un fauteuil.) Ah, le hockey sur glace, ça a toujours été ma passion, et vous verrez, nous ferons de ce club le meilleur de tout le Québec. Ce sera ma consécration, au terme d’une trajectoire aussi chaloupée que les dribbles de Waddle. Jugez plutôt : d’origine arménienne, je suis né à Damas il y a 43 ans de cela. Enfance au Liban, ensuite je fais des études de médecine en Hongrie, où je rencontre mon épouse, Viktoria Berkovich, une Russe pleine aux as. D’où vient son blé, ma foi, en Russie, c’est pas le genre de question que l’on pose, et moi je respecte la diversité culturelle. En tout cas, grâce au pognon de Viki, je me suis lancé dans le business. Au total, ma fortune (et celle de ma femme) est estimée à 386 millions d’euros. Des intérêts dans les mines, l’immobilier, les fringues pour enfant, l’industrie phamaceutique, la finance, la diversité toujours. J’ai un fonds d’investissement, Karver Capital Holding, basé aux îles Vierges, paradis fiscal où passe du pognon de toutes les couleurs avant de ressortir blanc comme de la coke. Inyx, le groupe pharmaceutique que je dirige, est coté au Nasdaq, mais a perdu 82,5 millions de dollars de pertes depuis sa création en 2003, et doit 120 millions à une banque portoricaine. Ça suit la même pente que Miza, ma précédent boîte dans le domaine, en faillite en 2002, 23 millions d’euros de dette (1). Comment fait-on pour gagner tout en perdant ? Je fais grossir rapidement mes sociétés, en rachetant à tour de bras, et en m’endettant donc. Forte croissance, forte dette, fortes pertes : la stratégie de la fuite en avant. Je dis que pour le foot, ça paye aussi. Mon plan, c’est d’appliquer ce modèle pour que l’OM devienne une marque mondiale, comme le Real de Madrid ou Manchester ou Barcelone, qui vendent dix fois plus de maillots que l’OM. Mais pour que l’OM dépasse l’hexagone, y a du boulot, et de la thune à claquer. Faire comme le Réal, une dream team à coups de milliards, et en plus gagner des compétitions pendant plusieurs années. Autant dire que les 115 millions de mise de départ, c’est que dalle. Regardez Abramovitch avec Chelsea, plus 200 millions d’euros de pertes pour 2005. Avec un titre de champion d’Angleterre, ça fait rêver non ? D’où je vais tirer tout cet artiche, comment rentabiliser, ça fait pouffer les spécialistes de l’économie du sport (2). Au point qu’il y en a qui croit que je suis un zozo qui se paye une danseuse éclopée qui n’a pas gagné un titre depuis treize ans et qui perd du fric, où le précédent proprio a lâché 200 millions en pure perte. Pourquoi pas, même à 115 millions ? Il y a bien les haras de chevaux pour faire chic, mais c’est un peu trop vieillot. Alors, va pour les bourrins en short ! « Beaucoup de gens croient que je ne viens que pour faire du business. Mais j’achète le club avec l’argent de ma famille, de ma femme, de mes enfants. On a donc une intention ferme de réussir » (3). Vous me suivez ? Je suis pas là pour faire du fric, c’est juste une affaire de famille, on aime bien le sud de la France et le foot, mais on veut réussir, parce que tout de même, c’est l’argent de mes enfants, on va pas le dilapider, quoi. Et puis j’aime voir du pays aussi. Syrie, Liban, Hongrie, Canada, Miami... On me croit ici et je suis toujours ailleurs. A Marseille un jour, et demain, nous verrons bien. Pour prouver ma passion, je me suis d’abord tapé un match au Mans, magnifique preuve d’abnégation. Et puis quand l’OM a reçu Lyon en coupe, j’ai sorti le grand jeu. Tour de la pelouse avec écharpe de supporter avant le match, et puis après, dans les vestiaires, sirtaki en chaussettes debout sur la table. Chassez le naturel Levantin, il revient au galop. Ça a même énervé Tapie, qui en connaît pourtant un rayon côté populisme. Selon lui, je dois montrer que je suis « le patron de l’équipe, pas son premier supporteur ». Autre conseil : « mettre en avant son argent, prouver qu’il est clean » (4). Prophétique, le Nanard ! Car tout se passait si bien, Gaudin me mettait le tapis rouge, Louis-Dreyfus trop content de se débarrasser de l’OM, les supporters dans la poche, et puis patatras ! Ils sont en train de me chercher des poux dans la tête, à la cellule de renseignements financiers chargée de la lutte contre le blanchiment d’argent (5). Faudrait savoir, soit je suis un zozo, soit je flirte avec l’empire du mal ! Tiens, comme RLD, d’ailleurs, qui avait en son temps rencontré un parrain, Roland Cassone (6), dont le fils Robert voulait racheter l’OGC Nice en 2002 et qui s’est fait coincer par Montgolfier. D’accord, d’accord, mais de là à parler de « vastes zones d’ombre sur la vente de l’OM » comme le fait le Figaro... Ça n’est que de l’exagération journalistique pour vendre du papier. Moi je ne suis qu’un pauvre Arménien du Canada qui aime le hockey sur glace.

Paul Tergaiste

(1) Libération, 18/01/2007 (2) Jean-François Nys, interview à Marseille l’Hebdo, 31/01/2007 (3) L’Equipe (4) Le Monde, 19/02/07 (5) Le Figaro, 21/02/07 (6) Lire le portrait de RLD, le Ravi n°28

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