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Golfs : 18 trous dans la peau

le 1er/03/2007

Dans les années 80 et 90, la construction de complexes golfiques était envisagée comme la panacée pour développer le moyen Var. Le combat acharné des écolos contre le golf de Vidauban a endigué cette tendance.

Yves Rosé, le maire de la Motte, tient à son complexe golfique du domaine de Saint-Endréol, 150 hectares uniques en Dracénie, presque comme à la prunelle de ses yeux. D’un geste, il balaie toutes les critiques. La propriété du groupe japonais Kajima (l’équivalent de notre Bouygues national, Ndlr), sortie de terre en 1992, n’a pourtant rien d’une réserve naturelle ou d’un village de vacances de la SNCF. Elle comprend une résidence hôtelière de 35 suites, 80 villas (1) et maisons de village avec piscine, un centre de remise en forme... Le tout, sous haute surveillance. « En plus d’être une bonne façon de préserver l’environnement et un excellent pare-feu, c’est une activité économique touristique et sportive de qualité complémentaire à la viticulture, plaide le 1er magistrat, autrefois avocat. Elle a créé 70 emplois permanents et les propriétaires alimentent les caisses de ma commune à travers la taxe foncière ». Tout le monde y trouverait donc son compte : l’équivalent de deux classes d’élèves peut, par exemple, profiter du complexe chaque semaine gratuitement (matériel et moniteur compris). Le projet d’agrandissement de la capacité d’accueil du domaine devra inclure des logements sociaux. « Ils seront réalisés, sinon je ne délivrerai pas de permis de construire pour les réalisations immobilières », prévient l’élu.

Projet exemplaire ? « Un golf reste très pollueur en herbicides et pesticides. Même s’il a une taille humaine, celui de La Motte a détruit un terrain écologiquement très riche », nuance Robert Giraudo, président de l’Association de préservation de l’environnement de Vidauban et du Var (APEVV). Dans les années 80 et 90, le Var a en effet frôlé l’asphyxie : une quarantaine de projets de golfs était dans les cartons. Presque tous ont été abandonnés dans le moyen Var (2).

« Nos actions en justice contre le projet de Vidauban en ont refroidi plus d’un », se réjouit le président de l’APEVV. Dans les années 80, la bourgade a en effet eu des ambitions pharaoniques. Héritière d’une zone d’aménagement concertée (ZAC) de 1 100 hectares, elle envisage à l’époque d’y construire le plus grand complexe golfique d’Europe : 1 100 villas, 3 hôtels internationaux, trois parcours, un centre de thalassothérapie... En 1991, un 18 trous et un hameau témoins sortent de terre. Ce seront les seules réalisations. Pressés, les promoteurs ont agi sans autorisation de défricher ni permis de construire alors que la ZAC du Bois de Bouis est placée sur une zone d’intérêt écologique, faunistique et floristique. « Il y a presque autant d’espèces protégées que dans la forêt équatoriale », rappelle Robert Giraudo.

Face à l’inertie des pouvoirs publics, les écologistes attaquent en justice. En 2004, ils obtiennent du tribunal de grande instance (TGI) de Draguignan, la démolition du hameau et la réimplantation des espèces d’origine. En 2006, le tribunal administratif de Nice et du TGI de Draguignan décident coup sur coup l’abrogation de la ZAC et la destruction de la clôture installée autour des équipements témoins. « L’appel du jugement de 2004 est prévu pour juin prochain, mais pour l’instant, la victoire est totale », se réjouit le président de l’APEVV.

Les promoteurs n’ont en effet pas désarmé. Suivis du bout des lèvres par la municipalité actuelle (qui n’était pas en poste lors du lancement du projet), ils se battent « pour ne pas laisser tomber les 30 emplois du golf » (3). Robert Giraudo ne croit pas une seconde à ces louables intentions. « Ils doivent estimer que le jeu en vaut la chandelle. A l’époque, le chiffre d’affaires était estimé à 4 milliards de francs (plus de 600 millions d’euros) et la dernière transaction, en 1997, s’est faite autour de 28 millions d’euros... » Pourtant, la zone offre d’autres perspectives. Inscrite au programme Natura 2000, elle pourrait être classée « réserve naturelle ». « Le risque d’une nouvelle épidémie golfique est minime, veut croire Robert Giraudo. Mais il faut rester vigilant car les maires préfèrent souvent bâtir, c’est plus rentable à court terme sur les plans financier et politique... »

J-F P.

(1) Sur Internet, les villas sont annoncées à 1 million d’euros.

(2) Le dernier en date est celui de Gonfaron. Seules les Terres blanches, aux Tourettes, à l’Est de Draguignan ont survécu.

(3) L’Humanité du 27 mars 2004.

@-Leravi - http://www.leravi.org