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Saint-Tropez, conseil municipal du 10 mai 2007

le 2/06/2007

17h33 Notre Johnny national a raison : mieux vaut arriver à « Saint-Trop » en hélico ou en bateau... Les ralentissements sur la route du Golfe (Sainte-Maxime à Saint-Tropez) retardent cette fois d’une grosse demi-heure le grand reporter du Ravi. A son entrée dans la minuscule salle du conseil municipal, Jean-Michel Couve, député-maire UMP, téléphone tranquillement sur le balcon du premier étage de l’hôtel de ville.

17h41 Retour du premier magistrat. Hybride d’Henri Guybet et de Jean Lefebvre, teint hâlé (comme tous les élus), cheveux gominés, chemisette blanche, mais sans cravate, il reprend autoritairement la direction de la séance. Et annonce : « Dans le cadre d’une démarche qualité, il a été décidé l’attribution d’une prime au mérite ». En bout de table, Pierre Fiard et Jean-Pierre Tuveri, conseillers d’opposition de la liste Saint-Tropez d’abord (DVD), pouffent... Imperturbable, Jean-Michel Couve précise : « N’y seront pas éligibles les agents qui font une utilisation abusive du téléphone portable, les catégories A et les stagiaires. » Grand prince, il conclut : « Avez-vous des remarques ? Sur la forme sans doute, sur le fond aussi... » Les deux compères baissent les yeux. La délibération est adoptée à l’unanimité.

18h12 L’opposition sort du profond coma - dont elle ne s’extrait, machinalement, que pour les votes - à l’occasion du « compte administratif 2006 ». « Aucun employé de la mairie ne peut étudier les dossiers sensibles que sont la démarche qualité, le recrutement de personnels ou les finances ? », questionne Pierre Fiard, un air innocent sur son visage rond, à propos des dépenses en consultants de la commune. Jean-Michel Couve, offusqué : « Alors là, non ! Je m’y engage. Ils sont indispensables du fait de la notoriété de la ville, de sa surfréquentation touristique, du m2 qui coûte une fortune et des lobbys dans tous les domaines. » Et de rappeler, à son tour sournois : « On a connu une époque où les élus pensaient tout connaître, et on vu ce que ça a fait... » Sans plus de précisions, la première passe en reste là.

18h28 Satisfait de ses résultats, le député-maire du village people reconnaît cependant un vrai problème à Saint-Tropez : « Nous sommes bloqués en ce qui concerne les logements pour les actifs, car ceux qui pèsent le plus sont les résidents secondaires. On peut dire « hélas », mais c’est comme ça ! »

18h35 Le conseil fait désormais salle comble. Le sixième siège dévolu au public, au fond de la petite pièce parquetée et lambrissée, vient d’être accaparé par un quadragénaire. La moyenne d’âge de l’assemblée passe d’un coup sous la barre des 70 ans ! Relation de cause à effet ? Quelques signes de lassitude se font sentir : les bâillements et les discussions feutrées se multiplient chez les conseillers. Même Jean-Michel Couve semble touché : sa voix rauque a laissé la place à un ton lancinant.

18h41 Saint-Tropez reste Saint-Tropez : même en conseil municipal, les élus jouent les stars. Malgré une pénombre agréable, une septuagénaire décolorée, bronzée et ridée chausse une paire de lunettes de soleil.

18h48 Jean-Pierre Tuveri, cheveux blancs tirant sur le jaune, et visage ostensiblement rose « Vauzelle », émet un grognement d’inquiétude : « Le détail des subventions n’est pas joint au Compte administratif. » Aux commandes de l’assemblée depuis une énième retraite téléphonique du maire, Serge Astezan, premier adjoint, propose une solution de (gros) bon sens : « On n’a qu’à les voter dans leur globalité. » Les nouvelles indignations, très mesurées, du conseiller d’opposition le font cependant abdiquer : « On va vite les photocopier et vous les faire passer. » La délibération est mise de côté.

18h57 Récidive de Jean-Pierre Tuveri à propos du rapport annuel d’activités du syndicat intercommunal du Golfe de Saint-Tropez : « Là aussi, Monsieur le maire annonce des documents joints et ils ne le sont pas. » « Ben, c’est pas normal », concède l’intéressé. Après consultation de son directeur de cabinet, le maire assure : « Le rapport a largement été réécrit pour apporter plus de précisions. » Il part à son tour à la photocopieuse.

19h12 Distribution aux conseillers des photocopies. « C’est chaud ! », observe finement la septuagénaire décolorée, qui a fini par quitter ses lunettes de soleil.

19h23 « Depuis 1993 et mon retour aux affaires, et le vôtre, se reprend le maire, nous avons plusieurs contentieux en cours avec la Sovatram [filiale du groupe Pizzorno et prestataire pour le traitement des déchets de l’intercommunalité, Ndlr]. » Et d’expliquer, « sans polémique » : « Le contrat est au départ illégal. Le maire et le président du syndicat d’alors [Alain Spada, maire Divers droites de 1989 à 1993, Ndlr], comme c’était la mode, ont signé avec Pizzorno avant le feu vert de la préfecture. Mais on ne peut pas l’annuler, car nous serions dans notre tort et obligés de dédommager notre prestataire et d’imposer une réquisition en attendant le résultat d’un nouvel appel d’offre. Nous avons saisi le conseil consultatif régional, mais je crains qu’il nous demande d’annuler le contrat. » Et de conclure, avec lyrisme : « Si c’est le cas, on part dans un pastis, je vous dis pas ! » Tacle rageur de Claude Théron, de Saint-Tropez d’abord : «  Monsieur le maire, on est toujours en francs sur les documents. »

19h39 Nouvel appel et nouveau départ de Jean-Michel Couve. A part quelques ratés dans le déroulement de la séance - le député-maire semble détenir seul les versions définitives des délibérations - son ballet incessant n’agace personne. Plus de vingt années de règne sans partage semblent avoir annihilées toute contestation, y compris dans l’opposition. Serge Astezan, qui vient de reprendre la présidence de séance, décide d’une manière toute personnelle d’accélérer un conseil qui s’enlise : « Le compte de gestion, on le saute. On l’a pas. »

19h55 « Vous n’étiez pas là, vous étiez en train de balancer des pavés sur les CRS ! » Sans prévenir, presque aussi rouge de colère que son collègue, Pierre Fiard se jette sur le député-maire, qui vient de se plaindre d’être aussi mal compris sur son projet d’extension du port que ses prédécesseurs dans les années 60. Grand seigneur, le maire refuse de rentrer et éradique, à l’image de notre nouveau Président, l’héritage de mai 68 d’un dédaigneux : « Je m’excuse pour ces propos inconvenants. »

20h17 Calmé, le conseiller d’opposition range consciencieusement ses affaires pendant que le premier adjoint s’amuse lors de l’ultime délibération, relative à la convention du « Trophée Bailli de Suffren », une régate entre Saint-Tropez et Malte : « Une île connue et de plus en plus connue ces jours-ci. » La remarque plombe Jean-Michel Couve, qui marronne : « Et pas parce que je suis président du groupe amitié [France-Malte à l’Assemblée nationale]... »

20h20 Alors que le premier magistrat s’apprête à clore la séance, Louis Ugo, adjoint aux sports, demande la parole. La voix émue, il s’extasie : « Nos plus chaleureuses félicitations pour la victoire de Nicolas Sarkozy, dont vous présidez le comité de soutien. Son score montre le travail effectué. » Sous les applaudissements de son groupe, le député-maire s’enflamme à son tour : « Avec 78,02 % au second tour, les électeurs tropéziens font un des meilleurs scores nationaux. » « Bravos ! » enthousiastes. Au lendemain du premier tour, Le Canard Enchaîné a rapporté une réflexion de François Fillon, notre nouveau premier ministre, à propos des 43,23 % de Nicolas Sarkozy à Nice : « C’est facile, dans ce département, il n’y a que des vieux et des fachos. ».= Et à Saint-Tropez, monsieur le ministre ?

Jean-François Poupelin

SAINT TROPEZ / FICHE TECHNIQUE

- 5 542 habitants.
- Le Maire : Jean-Michel Couve de 1983 à 1989 et depuis 1993. Egalement député depuis 1986. Cardiologue.
- La majorité : Un groupe de 22 conseillers de la liste UMP.
- L’opposition : Un groupe de 7 conseillers de la liste divers droites « Saint-Tropez d’abord ».
- Le conseil municipal soumis au test du Ravi :
- Durée : 3 heures 21 minutes.
- Présents : 17 élus de la majorité et 5 élus de l’opposition.
- Temps de parole cumulé de l’opposition : 4 minutes.
- Le public : 6 personnes, journaliste compris.

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