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Toulon : Un tram sur rail, sur pneus, sous terre, six pieds sous terre...

le 1er/07/2007

TOULON. Quelles raisons bloquent le tramway ? La question mérite d’être posée à tonton Sigmund et à Hubert Falco. Car le maire, sans en avoir l’air, fait de la résistance. De projets avortés en déclarations d’intention, de rails en pneus, de choix en renoncements...

Avec beaucoup de retard, la réalisation du second « tube », pour traverser Toulon en voiture, est en chantier. Mais Hubert Falco, le maire et le président de TPM (communauté d’agglomération Toulon Provence Méditerranée), reste couché sur les voies du tram... Toujours un tantinet schizophrène, il freine des quatre fers en privé et continue de vanter les mérites du Transport en commun en site propre (TCSP). Le 11 mai dernier, lors de l’inauguration d’un pont élargi pour le passage du futur tram, il a insisté sur « l’avenir qui est au TCSP ». Et de préciser : « Tous les travaux que nous avons entrepris prouvent notre volonté qu’il y ait un TCSP quel que soit le mode »... Vouais ! Alors que la ville étouffe dans les embouteillages, Falco annonce, sur internet, des remèdes imminents comme le confort des équipements, la sécurité des passagers, la vision panoramique... En prime, on peut voir une belle image (virtuelle) de tramway semblant glisser dans un univers de bleu ouaté. De quoi être rassurés par des perspectives qui prennent l’allure de bilan : 5,5 millions de voyages annuels et une augmentation de 36 % de la clientèle. Fermez les yeux et bouchez-vous les oreilles... Il est là le tramway. Enfin presque !

Lancé dès 1972, le dossier est déjà affublé du sigle TCSP qui donne plus de sérieux à la chose. Les experts parlent d’or en évoquant un « mode de déplacement adapté à la configuration de l’espace urbain et circulant sur des voies de roulement spécifiques ou protégées, ce qui permet d’augmenter la vitesse des transports en commun, d’améliorer leur fréquence en optimisant les dessertes des bus et d’alléger le flux des véhicules particuliers par la création de parkings de dissuasion aux entrées des villes. »

Le SITCAT (Syndicat intercommunal des transports en commun de l’agglomération toulonnaise) est porteur du projet. Regroupant 8 communes, il mène les études préliminaires puis complémentaires. En 1993, hormis 3 communes qui ne sont pas directement concernées par le passage du tram, toutes adoptent leur POS en réservant les zones nécessaires au tracé. Le tram parcourra 20,7 kms (31 stations) entre La Seyne et La Garde. Le premier coup de pioche est prévu pour 2002. Le chantier durera 2 à 3 ans à raison de 120 MF le kilomètre. Soit l’équivalent de 378,7 M€ pour l’ensemble de ce premier tronçon.

Entre temps, le Front national est arrivé aux affaires, ce qui freine considérablement le projet, tant au niveau des initiatives techniques que des financements de l’Etat, de la Région ou du Département. Néanmoins, les élus FN lancent un appel d’offre européen : ils retiennent la firme transalpine Ansaldo Bredo et son modèle Sirio, dessiné par le célèbre designer Pininfarina. « La première ligne sera opérationnelle en 2005 », jure Le Chevallier du Front juste avant les municipales de 2001. Pas si vite ! Alsthom, l’un des candidats évincés, introduit un référé devant le tribunal administratif de Nice et, dans la foulée, le Conseil d’État suspend la procédure d’appel d’offres. Quand il s’installe aux commandes, Falco doit faire face à une série de problèmes en suspens : traversée de Toulon, réhabilitation et relance de la ville qui a fait l’objet d’un véritable « cordon sanitaire » durant la parenthèse frontiste. De plus, les caisses sont vides avec un déficit équivalent au budget de la ville. On peut rêver mieux !

Bébert s’attaque immédiatement à la mise en place de l’agglomération. Et là, il fait un parcours sans faute. L’agglomération (11 communes, 500 000 habitants) dynamise Toulon qui en tire profit dans bien des dossiers structurants... Mais, côté tramway, ça avance à la vitesse de l’hippomobile ! Parmi les 8 000 personnes qui s’expriment dans le cadre de l’enquête publique préalable à la Déclaration d’utilité publique (DUP), une majorité de 55 % manifeste son opposition au projet. Ce qui n’empêche pas le préfet du Var de signer la DUP. Mais Falco n’a pas de stylo, et quand il en trouve un, il lui manque de l’encre ou un buvard. Bref... Ca traîne. Après une longue phase de silence, le bon roi Bébert manifeste sa préférence pour un tram sur pneus, ce qui fait sourire ses adversaires estimant que « monsieur le maire confond peut-être tram et autobus articulé ». Plus sérieusement, ils pensent qu’un tram sur pneus ne bénéficiera pas du même « site protégé » dont les rails constituent la matérialisation. Enfin, si le TCSP à la gomme est moins cher à l’achat, et si TPM peut faire l’économie de la pose de rails, l’engin coûte 30 % de plus à l’entretien... Ce qui le rend moins compétitif au terme de quelques années.

Falco n’en démord pas... Ce sera un tram sur pneus... Quant à sa mise en service, c’est une autre histoire... Pas avant 2013 ! Et seulement pour la première phase de la ligne 1. Quand on sait que la hausse annuelle moyenne des prix est de 3 % selon l’indice BTP du Var, il est à prévoir que les 400 M€ du budget prévisionnel seront largement dépassés. D’autant que le matériel roulant (dont les tarifs sont stables) ne représente que 25 % de l’ensemble. C’est sûrement l’inquiétude du futur qui incite le grand timonier Ber à tant de prudence. D’où cette propension cyclique à l’enterrer, ce damné TCSP. Mais un tram enterré... ça devient un métro ! Avec ou sans pneus ?

José Lenzini

@-Leravi - http://www.leravi.org