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Miramas, conseil municipal du 15 novembre 2007

le 15/11/2007

18h06 « On commence, on commence ! », s’excite à la manière d’un gamin impatient, Georges Thorrand, conseiller municipal d’opposition du groupe « Gauche plurielle et citoyenne » et maire PCF sortant (1977-1989 puis de 1995-2001). A moitié avachi sur son bureau, Pierre Carlin, le maire UDF-Nouveau Centre, s’excuse : « Vous savez qu’il a neigé à Marseille et à Aix, et un peu à Miramas : il manque des élus. » « Mais il n’a pas la majorité », s’inquiète dans le public, une frêle octogénaire emmitouflée dans un gros manteau. Finalement, entre procurations et dernières arrivées, la majorité reste majoritaire ! 18h15 Premiers heurts au sujet du bulletin municipal d’information. « C’est une copie conforme de l’esprit de votre gestion de la ville », attaque Gérard Géron, chef de file du groupe « Le cœur de Miramas, c’est vous » (Alternatifs). Il reproche à Pierre Carlin d’utiliser l’espace de l’opposition pour publier les droits de réponse de sa majorité. L’échange s’envenime vraiment lorsque Françoise Bonnel, dissidente de la majorité, se mêle à la conversation. Le maire l’accuse à mots couverts de propos diffamatoires à l’encontre de Jean-Luc Sanchis, son délégué à la sécurité. « Je ne suis pas comme vous », tacle son ancienne colistière. Contre de Pierre Carlin : « Je ne préfère pas. »

18h46 Gérard Géron annonce que son groupe ne participera pas au vote concernant la subvention à l’école privée Jeanne d’Arc. « Je ne suis pas favorable au financement public de ce type d’établissement », tonne le conseiller. Françoise Bonnel : « Je ne vais pas faire de discours politique, mais comme chaque année nous ne respectons pas la loi en finançant au-delà des charges obligatoires. » Georges Thorrand acquiesce. A l’image de Jean-François Matteï, alors ministre de la Santé lors de la canicule en 2003, auquel il ressemble vaguement, Pierre Carlin se terre dans un mutisme surprenant. Résultat : 21 pour, 5 contre, 5 abstentions et 3 refus de vote.

18h58 Un très délicat et sarcastique « On a eu du mal à mettre les chaînes à Aix ?! », lancé de la majorité, accueille Anne-Marie Gachon, élue de « Le cœur de Miramas, c’est vous ».

19h02 Délibération 15. Françoise Delpierre, adjointe à l’environnement, annonce que la municipalité a décidé de ne pas faire payer de droit de place à 18 forains pendant les trois mois de travaux sur la place Jean Jaurès. Un cadeau de 134,20 euros ! « Certains forains ont perdu 50 % de leur chiffre d’affaire depuis leur déplacement », explose Françoise Bonnel. Réaction instantanée de Pierre Carlin : « Depuis des années, le marché s’installe 6 mois au nord de la ville, puis six mois au sud. Mais au lieu de venir me voir, les commerçants pénalisés ont fait heu... » « Quoi ? Une pétition ? », le coupe, excédée, la dissidente. Le maire, change de tactique et tente l’ironique : « Je vois que votre nom y figure, je vais vous demander maintenant un droit de place ». Françoise Bonnel, furax : « C’est une pétition des commerçants et usagers. Quand vous avez vu mon nom, vous avez envoyé la police à notre local ! » « Non ! » « Si ! Elle est venue par crainte d’une manifestation ! » Pierre Carlin, de moins en moins sûr : « Le commissaire était là pendant la rencontre avec les forains. » Cri de victoire de l’opposante : « Comme par hasard, il était là ! » Unanimité.

19h18 Jacques Baudoux, chef de file de « La gauche autrement », dissidente du groupe communiste de Georges Thorrand, sort quelques feuillets et se lance dans la lecture d’un discours sur le volet « discrimination » du contrat urbain de cohésion sociale que vient de signer la ville. Il prend garde aux intonations, joue de sa voix grave et chantante... L’assemblée semble sous le charme, mais son intervention finit par se noyer dans un tout incompréhensible. Gérard Géron propose la création d’une « commission d’embauche avec l’opposition et les citoyens pour assurer une totale transparence sur les recrutements à la municipalité et pour lutter contre d’éventuelles discriminations... » Stupeur du maire : « M. Géron, j’espère que vos propos ne sont pas une accusation, je ne l’accepterais pas ! » L’alternatif, ingénu : « J’ai juste dit que la commission se fera au prochain mandat. » Ambiance.

19h28 Le conseiller « Le cœur de Miramas, c’est vous » attaque une critique aussi passionnée que digne de Fidel Castro, pour la longueur, du plan de rénovation urbaine de la cité La Maille 2 : « Dès qu’il y a un m2 de libre, vous y construisez du béton », « Il faut faire un village avec des lieux de vie, des commerces, des espaces verts », « le projet est pauvre d’un point de vue environnemental »... Egal à lui-même, Pierre Carlin contre sans grande motivation : « Les gens de Paris (sic) sont venus pour nous dire qu’il faut revoir notre projet sur ces points. Nous y pensons, notre but est de désenclaver le quartier et d’en améliorer la qualité de vie (...) On ne va pas y passer 100 ans ! »

20h02 Brigitte Girard, fraîche conseillère de la majorité en remplacement de Michèle Lombard, ajointe au social qui a démissionné en septembre, compte le nombre (impressionnant) de délibérations qui restent à passer. Deux minutes plus tard, en quittant le conseil, Michel Lurine, délégué aux sports, l’encourage amicalement d’une petite tape sur l’épaule.

20h33 34e et dernière délibération : appel d’offre sur un projet de vidéo surveillance. Le public commence à s’habiller et les élus à ranger leurs affaires. A l’exception de Georges Thorrand, qui sort de son apathie. Après avoir dénoncé la « forme » de la, délibération (pas de détail des coûts, procédure d’appel d’offre douteuse) et son « fond » (atteinte aux libertés individuelles, absence d’influence sur la délinquance), l’ancien maire conclut : « Il faut laisser la prochaine municipalité organiser une consultation sur le sujet. Certains esprits mal intentionnés pourraient penser que vous voulez instrumentaliser l’insécurité et faire de l’œil à l’électorat d’extrême droite ». Et Pierre Carlin d’argumenter : « Les caméras sont très dissuasives contre les voyous, les bandits de Martigues et d’ailleurs pour sauver les mémés qui se font agresser (...) Si la délinquance baisse, c’est encore trop. Tous les Miramasséens vous le diront ». Résultat : 3 refus du vote, 4 oppositions, 3 abstentions et 25 pour. « Il n’y a pas de grande délinquance à Miramas, mais les caméras vont sécuriser les personnes âgées... », affirme Françoise Bonnel pour justifier sa position.

21h18 Alors que Pierre Carlin lève la séance, Gérard Géron se fend d’une dernière mesquinerie. « Est-ce que Maître Reggini est toujours l’avocat de la ville ? », interroge faussement ingénu l’élu d’opposition. Réponse agacée du maire : « Oui, et pas que de la ville si c’est que vous voulez dire. Ne croyez pas que je vais tomber dans le panneau ! » L’alternatif s’en tient (malheureusement) là. Par peur de voir son espace d’expression dans le bulletin municipal réduit par un droit de réponse de la majorité ?

Jean-François Poupelin

MIRAMAS / FICHE TECHNIQUE

- 23 000 habitants.
- Le maire : Pierre Carlin (UDF - Nouveau Centre) de 1989 à 1995 et depuis 2001. Vice-président du Syndicat d’agglomérations nouvelles (San) Ouest Provence. Médecin.
- La majorité : Un groupe 21 conseillers (UMP et UDF - Nouveau Centre).
- L’opposition : Un groupe 4 conseillers d’opposition de droite (dissidents de la majorité municipale), un groupe de 3 conseillers PCF, une groupe de 4 conseillers La gauche autrement (dissidents PCF) et un groupe de 3 conseillers Le cœur de Miramas, c’est vous (Alternatifs).
- Le conseil municipal soumis au test du Ravi : Durée : 3 heures 08 minutes. Présents : 17 élus de la majorité, 11 élus de l’opposition. Temps de parole cumulé de l’opposition : 1 heure 56 minutes.
- Le public : 82 personnes, journalistes compris.

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