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Capitale mondiale du cinéma à temps partiel

le 2/05/2008

Du 14 au 25 mai, Cannes se transforme pour la 61ème fois en capitale mondiale du cinéma. Ce qui est loin d’être le cas le reste de l’année. Même si la ville dispose d’une offre non négligeable.

Signe d’amour du 7e art ? Cannes est une des rares villes françaises à ne pas disposer de multiplexe. Le projet est dans les cartons depuis une vingtaine d’années, mais n’est toujours pas sorti de terre. Mieux, ou pire, c’est selon, la cité d’accueil du principal festival international de cinéma fait essentiellement dans l’art et essai : une seule de ses trois salles commerciales est entièrement dédiée au cinéma, justement, commercial. En ajoutant celles associatives des MJC Picaud et Ranguin et les trois municipales, en partie dédiées au 7e art, Cannes rivalise directement avec Marseille dans l’offre cinématographique. Pourtant, les Cannois sont très réticents à définir leur ville comme ville de cinéma. Ancien premier secrétaire de la fédération PS des Alpes-Maritimes aujourd’hui militant à la LDH, Henri Rossi est particulièrement cinglant : « C’est presque la ville la plus pourrie de la région ! Et c’est même un miracle qu’elle soit l’hôtesse du festival. Les Cannois sont attachés à la culture, mais à celle des people et du fric ! »

« On vit toute l’année dans le sillage du festival grâce à des rencontres avec des réalisateurs, des acteurs, des critiques. Nous organisons des événements avec des structures relais lusophones ou italiennes, et travaillons avec des lycées », tempère Anne-Marie Bourrouilh, directrice de la MJC Picaud et gestionnaire de la salle Art et Essai Studio 13. Avant de conclure : « Cannes n’est pas une ville de cinéma mais la ville du festival. Elle pourrait vivre plus du 7e art. »

De fait, la capitale mondiale des congrès joue peu sur cet atout, comme si le festival était avant tout un appel d’offre à touristes ou un salon international de plus. Elle possède un BTS et des filières en collège et lycée dédiées au cinéma, mais aucune activité économique qui lui est directement liée. Les rares projets (comme une Cité de l’image) sont toujours au point mort. L’action de la municipalité se centre sur l’offre à la population, à travers l’association Cannes cinéma qui assure la programmation ciné des salles municipales. « Je n’aime pas qu’on dise que Cannes n’est pas une ville de cinéma en dehors du festival, car on fait plein de trucs, précise Corinne Ferrier, directrice de la structure. Il y a les Rencontres cinématographiques de Cannes en décembre (panorama de festivals étrangers, concerts, sélection pour les petits...) organisées en partenariat avec les salles des MJC. Il existe aussi les Jeudis Cannes cinéma (deux films, un buffet, une rencontre), des séances pour les scolaires et les seniors, les programmations avec des associations... »

Une offre certainement rare dans les villes de cette taille. Mais qui est loin de faire l’unanimité : Cannes cinéma est accusée de phagocyter tous les crédits de l’animation cinématographique locale. Elle est également décriée dans la gestion des accréditations grand public pour le festival (voir ci-dessous). La structure la plus critique est Ciné Croisette, une association de cinéphiles née en 1989 qui propose à ses adhérents (350 euros à l’année) deux séances mensuelles dans les cinémas commerciaux de la ville (30 % de réduction), une soirée Cinéchange par trimestre (film, invité et dîner), des partenariats avec des festivals de la région... « On veut être reconnu à notre juste valeur et étendre nos activités. On a 350 adhérents et on doit fonctionner avec 600 euros de subvention alors que Cannes cinéma en obtient plus d’un demi-million uniquement pour remplir les salles municipales en proposant du cinéma politique et en faisant de la concurrence aux salles privées » (1), accuse Serge Basilewski, son président. Qui poursuit : « Sans compter qu’elle reprend aux associations les subventions qu’elles touchent en leur faisant payer ses salles et les bobines et nous concurrence sur nos activités ! Nos Cinéchanges sont nés il y a dix ans, ses Jeudis en septembre dernier et parce que le maire a gueulé contre son manque d’activité. » A Cannes, le cinéma c’est donc Règlement de comptes à Ok Corral !

Jean-François Poupelin

1. Cannes cinéma propose des séances à 4 euros pour tous les Cannois, 2 euros pour les adhérents des associations avec lesquelles elle travaille.

@-Leravi - http://www.leravi.org