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Le coup de pédale le plus cher du monde

le 2/04/2008

Marseille et Aix-en-Provence sont les deux premières villes de Paca à avoir succombé aux sirènes du Cyclocity de JC Decaux. Leurs contribuables le paient au prix fort.

Pourquoi deux villes UMP payent un service à l’empereur de la sanisette alors que Paris et Lyon, deux municipalités socialistes, récupèrent des millions d’euros ? « Le haut de gamme », assurait sans grande conviction le 2 février sur M6 Jean Chorro, alors premier adjoint d’Aix-en-Provence. « L’incompétence », bougonne François-Noël Bernardi, président sortant du groupe socialistes, verts, radicaux et apparentés à la communauté urbaine Marseille Provence Métropole (MPM) (1).

Paris empoche 3,4 millions d’euros par an, Lyon 1,2 millions dans leur accord groupé publicité contre vélos. Les deux villes sont considérées comme des vitrines du système, mais quand même... Obligé en 2005 par Clear Channel, le principal concurrent de JC Decaux, qui dénonçait un « abus de position dominante », à scinder son appel d’offre sur le renouvellement de son mobilier urbain et l’installation de vélos en libre service et d’abris pour son tramway, Jean-Claude Gaudin, sénateur-maire de Marseille et alors président de MPM, paie 2,66 millions d’euros (2) par an, sur 15 ans, pour ses 1 000 vélos (3). La situation fait hurler François-Noël Bernardi : « Je ne suis même pas sûr que les contribuables savent qu’ils subventionnent les vélos et à quelle hauteur. Sans compter que tous mettent la main à la poche alors que je suis persuadé que seuls les plus riches les utilisent. »

A Aix-en-Provence, le coût du V’hello, concédé à JC Decaux également, est également sujet à polémique. Mais tout le monde est d’accord sur un point : les Aixois les paient. François-Xavier de Perretti, conseiller municipal du Modem, parle de 790 000 euros par an, sur 13 ans, dans le cadre d’un appel d’offre groupé (mobilier urbain + vélos en libre service) ; Lucien-Alexandre Castronovo, ancien conseiller municipal PRG, avance le chiffre de 91 000 euros. « Tout et n’importe quoi a été dit sur le coût de ces vélos, explique-t-il. La ville dépensait plus de 443 000 euros par an pour son ancien mobilier. Le nouveau contrat, avec renouvellement du matériel, porte sur 534 000 euros. C’est de toute façon un très mauvais arrangement. Sans compter les vélos, totalement inadaptés à la ville, la municipalité ne tire aucun bénéfice de son marché alors que d’autres taxent fortement Decaux. » Franck Dizdarevic, directeur régional de JC Decaux, trouve la « polémique » un rien « simpliste » : « Nous versons une redevance à Aix et avec les 230 faces publicitaires des stations du Vélo et des abris du Tramway, il était impossible pour nous de rentabiliser l’investissement à Marseille. Nous avons aussi à notre charge le vandalisme, l’entretien, la régulation... C’est une grosse machine » Et de préciser, magnanime : « Les deux villes empochent l’intégralité des recettes. » Une générosité toute relative. En septembre dernier, Renaud Muselier, ancien premier adjoint de Jean-Claude Gaudin, espérait 50 000 à 60 000 abonnés (5 euros par an pour celui longue durée) fin 2008 et 1 million d’euros de recette par an. Six mois après sa mise en service, Le Vélo n’en compte que 6 000 (4). Les trajets ne dépassant en général pas la première demi-heure gratuite, les quelques dizaines de milliers d’euros engendrés par MPM ne sont pas prêts d’équilibrer son investissement. Commentaire désespéré de François-Noël Bernardi : « C’est peanuts ! » De son côté, Aix-en-Provence affiche 300 abonnements longue durée à 25 euros. Une contre performance !

Chez JC Decaux, la positive attitude est pourtant de mise. « A Aix, le lancement n’a été fait en juin. Ce n’est pas une bonne période, car la ville est plutôt désertée. Mais je ne suis pas inquiet. Quant à Marseille, avec plus de 300 000 utilisations, il y a un bon affect », rassure Franc Dizdarevic. Avant de lâcher : « Le taux de fréquentation dépend du nombre de vélos mis en service. » Les recettes aussi. Les maires UMP d’Avignon, de Cannes et de Nice qui se sont dit intéressés par le système pendant la campagne des municipales sont prévenus.

Jean-François Poupelin

(1) Ni Jean Chorro, ni MPM n’ont donné suite aux sollicitations du Ravi.

(2) Les chiffres indiqués sont hors taxe.

(3) Clear Channel s’est finalement retiré de l’appel d’offre.

(4) Avec le même tarif, le moins cher de l’hexagone, Lyon compte 70 000 abonnés.

@-Leravi - http://www.leravi.org