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Un thon, des tonnes...

le 2/12/2007

La bataille navale entre les écologistes et les artisans pêcheurs, est-elle une problématique en voie d’extinction ?

Souvenez-vous (1), la directive européenne du 11 juin dernier avait soulevé la grogne des marins pêcheurs. Inspirée des conclusions de la commission internationale pour la conservation des thonidés de l’Atlantique (ICCAT), elle instituait la baisse des quotas de pêche du thon rouge en Méditerranée. C’est dans un climat électrique qu’écologistes, scientifiques et pêcheurs attendaient la nouvelle réunion de L’ICCAT réunie à Antalaya, en Turquie, du 9 au 18 novembre. « La réunion d’Antalaya est un fiasco total, déplore Stephan Baucher, responsable de la campagne océan de Greenpeace. Alors que le total autorisé de capture (TAC) en méditerranée devait baisser de 10 %, l’ICCAT a maintenu le quota accordé en 2007, soit près de 29 000 tonnes. » Et les dérogations accordées aux différents pays sont toujours d’actualité. En somme, la réunion de l’ICCAT se solde par un statu quo.

Un rapport établi par Roberto Mielgo Bregazzi, spécialiste du secteur de la pêche, dénonce le dépassement en 2007 des quotas accordés à l’Italie, l’Espagne, la France et le Japon. La direction des affaires maritimes a saisi le parquet de Montpellier et de Marseille pour identifier les responsables de la surpêche. Le thon rouge pourrait disparaître dans une dizaine d’années. Les données étant insuffisantes, Greenpeace réclame un moratoire au nom du principe de précaution. « La disparition du prédateur majeur de la méditerranée pourrait avoir des conséquences éco-systémiques incalculables », redoute le responsable de la campagne océan.

Mais les conséquences économiques se font déjà sentir auprès des artisans pêcheurs. Patrick Bozonnat, président de la coordination des pêcheurs pourrait bien raccrocher : « la pêche à la thonaille a été interdite. Les grands bateaux pêchent au Cap Vert, nous on pêche devant notre port. C’est pour nous la fin de notre activité ». La France a déposé un recours auprès de la cour de justice européenne afin de réhabiliter ce mode ancestral de pêche.

Les pêcheurs ne veulent plus y aller. L’augmentation du cours du pétrole plombe leur moral, comme les projets de Nicolas Sarkozy parti en guerre pour rapatrier le pouvoir d’achat. Christine Lagarde, ministre de l’économie a trouvé la parade : « oublier son véhicule au profit de ses deux jambes et de ses deux roues ». Sur l’eau, cela demande une dose de dextérité. En PACA, on convient qu’il en faudrait 51. L’omni-pédant Sarkozy a sorti l’artillerie lourde en exonérant temporairement les pêcheurs de charges sociales, au grand dam de la caisse nationale d’assurance vieillesse et de l’UE. Mais qu’à cela ne tienne. A ce rythme, à la table des négociations, les assiettes pourraient bien être vides.

Dris Seghier

SEPTEMBRE 2007. le Ravi n°44 : enquête « Le ton monte, les thons se font rares ». Page 4.

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