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Des machines et des corps

le 1er/07/2008

Comment se muscler sans faire de sport et bronzer sans soleil ? Les centres de « remise en forme » ont trouvé la solution : les machines, les huiles et les UV ! Ce qui n’est pas sans risques...

Selon les brochures publicitaires, une mode comme celle du Power plate a une histoire. Apparues en 1960 en URSS pour muscler les cosmonautes de retour de mission ayant perdu de leur masse musculaire, les plaques vibrantes, ou vibrotonie corporelle, sont désormais proposées au grand public partout dans la région. Leur utilisation est simple : il suffit en effet de rester debout et immobile sur une zone vibrante. Selon leurs constructeurs, 30 minutes de tremblote équivalent à 2 heures de tennis ou de course à pied. Si l’invention fut soviétique, l’exploitation, elle, est bien capitaliste : 12 séances de Power Plate, le système breveté, coûte par exemple 240 euros chez Azur Form à La Londe Les Maures, auto-proclamé spécialiste dans le Var. Un responsable de l’établissement explique, pressé, entre plusieurs clients : « en dehors des grosses pathologies, des opérations récentes, il n’y a pas de contre-indications. De toute façon vous êtes coaché. » Le coach, c’est la personne chargée de vous guider pour faire les exercices sur la machine, à savoir, s’accroupir, s’asseoir, et tenter de multiples positions sans cesser de vibrer... « Les micro-traumatismes causés par les vibrations de ces machines sur les articulations et les tendons sont nombreux, s’insurge François-Xavier Ferey, Masseur-Kinesitherapeute à L’Institut National du Sport et de l’Education Physique (INSEP). L’usure est lente, progressive, indolore, mais bien réelle. » Ces instituts proposent souvent d’autres services, comme des cures d’amincissement via d’autres engins, comme le bodysculptor, véritable terminator de votre cellulite. La machine ultra-futuriste, à l’allure d’un pantalon Jedi, émet des ondes basses fréquences « dont les effets bio-magnétiques stimulent un déclenchement progressif de la lipolyse, la dégradation des lipides » à en croire le constructeur. Il existe de nombreuses techniques toutes plus originales les unes que les autres, et aux noms rocambolesques, pour génocider les culottes de cheval : Infrarouges Long, Ultrasonothérapie, Pressothérapie, Electrolypolise, proposées généralement à Nice ou Marseille. Et quand toutes ces méthodes résistent encore aux tailles de pantalons, c’est à l’alimentation que les centres s’attaquent, en proposant toute une diététique hyperprotéïnée et hyper... onéreuse. Sous forme de sachets ou de barres avoisinant en moyenne deux euros la simple dose, il vous faut l’insérer dans tous vos repas pour espérer faire du topless sur la plage.

Après l’exercice en plein air, c’est au soleil d’être artificiellement concurrencé. Qu’il s’agisse du Spray Gun, un pistolet à teinture pour la peau utilisé dans des cabines de douches à l’allure de karcher, ou des traditionnels solariums, la nocivité dépend surtout de la manière dont ils sont utilisés. « Les appareils à UV doivent être contrôlés et utilisés avec modération, or de nombreux instituts ne respectent pas toujours la loi, souligne Nathalie, esthéticienne dans la région. Il faut savoir dire non à un client qui insiste lorsqu’il présente des contre-indications. Même s’il va certainement ensuite partir dans un autre institut moins regardant. »

La marque Q-Med a eu l’idée de créer le Bodywave mêlant UV et Power Plate en un même système, dont un exemplaire se trouve à Sanary-sur-Mer (83). L’utilisateur gigote ainsi tout en cuisant à bon thermostat sur une machine consommant 10 300 W ! (1). De plus, certains clients n’hésitent pas à s’enduire d’accélérateur de bronzage pour solariums. Dans le catalogue d’un des leaders français, Beauty Tech, des activateurs aux flacons bariolés tels que « Sex Kitten » ou « Sex Pot » sont présentés ainsi : « De l’érotisme sauvage grâce à une formule de bronzage intense qui ne laissera personne insensible ». « Ce ne sont que des produits tendance », confesse une responsable de l’enseigne tout en confirmant que les produits ne contiennent aucun aphrodisiaque. Une tendance qui vous permettra peut-être d’observer, cet été, les stakhanovistes du corps « parfait » parader sur les plages...

Jean-Baptiste Malet

(1) Une machine à laver consomme en moyenne 1000 à 2000 W, un ordinateur de bureau 150 à 200W.

@-Leravi - http://www.leravi.org