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Agglomération d’intérêts particuliers

le 1er/11/2008

Communauté d’agglomération du Grand Avignon (Coga)

Guy Moreau, maire communiste d’Entraigues-sur-la-Sorgue, a longtemps justifié sa décision de quitter la Communauté de communes des Sorgues du Comtat (CCSC) pour la Communauté d’agglomération du Grand Avignon (Coga) en raison d’un problème de gouvernance. « J’y gagne financièrement, j’ai pu négocier nos compétences et j’ai obtenu la construction d’un pôle culturel sur ma commune », lève-t-il enfin le voile.

Après avoir enlevé le haut avec un peu de réticence, Guy Moreau, futur vice-président de l’intercommunalité dirigée par Marie-José Roig, députée-maire UMP de la ville centre, accepte même d’oter le bas : « Dans la CCSC, il n’y avait pas de reversement financier et beaucoup plus de compétences car son président voulait en faire un laboratoire de l’intercommunalité, voire la transformer en une seule commune. Ce qui n’est pas ma conception : pour moi, il doit y avoir mutualisation, efficacité et proximité. » Et le maire d’Entraigues-sur-la-Sorgue de lâcher un dernier argument à priori raisonnable : « Je pense que tôt ou tard ce transfert se serait fait. J’ai préféré le négocier que le subir. »

Reste à savoir si ce mariage de raison du communiste avec la très décomplexée UMP Marie-Josée Roig, qui lorgnait sur ses réserves foncières et taxes professionnelles, est une bonne affaire. Car les douze nouveaux collègues de Guy Moreau ont toujours privilégié leurs intérêts particuliers plutôt que ceux de la collectivité. « Il ne s’agit pas de grandir pour le plaisir ou de constituer une agglomération qui serait tellement grande qu’elle reviendrait à créer un nouveau département. Notre volonté est simplement de renforcer la cohérence de notre périmètre en mettant fin aux découpages administratifs actuels à la logique improbable, inspirée par des réflexes politiciens, et qui n’ont de toute façon plus aujourd’hui aucune raison d’être », nous déclare Mme le maire d’Avignon (Cf entretien page 14). Mais même ses amis politiques confirment que le fonctionnement de la Coga laisse à désirer !

« Comme l’a rappelé la Chambre régionale des comptes (CRC) dans son dernier rapport, nous avons un problème à régler, qui se résume à faire un choix : soit investir pour l’avenir, soit continuer à nous satisfaire du versement de la dotation de la solidarité. La présidence doit être effective, montrer le chemin. Nous allons bientôt avoir une discussion budgétaire, on verra si les changements des dernières élections vont modifier quelque chose », explique Jean-Marc Roubaud, député-maire UMP de Villeneuve-lès-Avignon, en taclant joliment sa collègue. Avant de se reprendre : « Si on peut s’améliorer, tout n’est cependant pas à jeter : les transports en commun, l’assainissement, les déchets, la lutte contre les inondations, sont en route. »

Face aux critiques de la CRC (Cf le Ravi n°55), Marie-Josée Roig plaide la « jeunesse » de la Coga au moment du contrôle, une collectivité créée par ses soins en 2001, en remplacement d’une communauté de communes datant de 1994. Mais le rapport est un véritable inventaire à la Prévert de mauvaises pratiques : larges libertés avec le code général des collectivités territoriales, y compris comptables, prise de décision opaque, non exploitation des très larges compétences de la Coga, absence de définition du projet communautaire, quasi-absence d’aménagements intercommunaux, endettement conséquent, reversements aux communes trop importants, non prise en compte des remarques de la CRC en 2001...

Pour résumer : la Chambre régionale des comptes présente la troisième communauté d’agglomération de Paca (1) comme une « intercommunalité inachevée » qui fait peu d’efforts pour corriger le tir et sert de pompe à fric à ses communes. On attend presque son prochain rapport avec impatience !

Jean-François Poupelin

(1) Après Nice, qui se transforme en communauté urbaine en janvier 2009, et Aix-en-Provence.

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