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Avignon, conseil municipal du 27 novembre 2008

le 1er/12/2008

Tous les mois, un grand reporter du Ravi « teste » incognito un conseil municipal dans une ville ou un village de notre belle région...

17h03 Arrivée en catimini, Marie-Josée Roig, la députée-maire UMP d’Avignon depuis 1995 (record local), tapote son micro puis rappelle à l’ordre un conseil décimé, d’un très balladurien : « Mes chers collègues, je vous demande de vous asseoir. » Manquent notamment à l’appel Henri Agu, premier adjoint, Laurent Paganelli, conseiller UMP et ancien footballeur désormais consultant sur Canal +, Michèle Fournier-Armand, chef de file des socialistes, et André Castelli, leader du « Rassemblement de gauche » (PC et divers gauche).

17h04 Cheveux bruns coupés en carré qui tombe sur les épaules et demi-lunes en écailles, Marie-Josée Roig paraît du fond de la salle du conseil beaucoup plus jeune que sur ses photos officielles. 17h09 Un sanglot dans la voix et les mains crispées sur ses dossiers qu’elle tape sur son bureau, l’ancienne ministre de la famille demande une minute de silence en hommage à Anne-Marie Martin, son adjointe à la culture décédée mi-octobre.

17h28 En réponse à Max Rieux (Rassemblement de gauche) qui s’inquiète des effets de la crise sur la dette de la commune, Frédéric Rogier, adjoint à l’urbanisme, parle « macroéconomie », « Swaps », « diversification des expositions », « indexations favorables et défavorables »... Marie-José Roig regarde le plafond, la tête vissée sur son poing gauche.

17h35 Les retardataires comment à arriver. En tête, la jeune et ravissante Nadia El Bouroumi (PS), avantageusement moulée dans un jean.

17h39 Chantal Lamouroux (PS) fait la moue. « Je suis dans une commission où on m’a envoyé l’invitation à une réunion après sa tenue et sans le compte-rendu. Je ne suis pas si naïve », geint d’une petite voix criarde, la conseillère socialiste au milieu des « Ooooooooooh ! » ironiques. Excuses de Marjorie Amiard, pour la majorité : « Nous avons eu quelques problèmes administratifs. »

17h44 Le socialiste Jean-Loup Berko déploie ostensiblement Le Canard Enchaîné.

17h59 En réponse à Christine Lagrange (PS), qui critique une pseudo-démocratie participative à Avignon, Marie-Josée Roig chantonne : « Parole, parole, parole ! » Puis tance avec bienveillance Max Rieux, qui s’amuse de sa sortie sur le congrès de Reims : « Monsieur Rieux, pas de facétie ! »

18h09 Arrivée de Paul Hermelin, directeur général de Capgemini, entreprise du CAC 40. L’élu PS sourit à Marie-Josée Roig.

18h23 « C’est misérable ! », lance avec dédain l’ancienne ministre déléguée à l’Intérieur à Max Rieux et Joël Peyre (PS) qui demandent des comptes sur la gestion de la réalisation municipale de gestion, une société d’économie mixte en charge du Palais des Papes (délibération 11). Les deux conseillers d’opposition ont visiblement dépassé les limites en qualifiant la SEM de « nébuleuse ». Ils s’interrogent sur « la baisse de 50 % de la redevance versée à la ville » et ses faibles bénéfices (65 000 euros) au vu de son chiffre d’affaires (13 millions d’euros). Ils demandent le montant de la rémunération de son directeur, également directeur de cabinet de Marie-Josée Roig. Pour toute réponse, la députée-maire dévie, toute excitée, sur son projet d’opéra façon Sidney.

18h30 « Vous avez vraiment du mal », lance David Fournier (PS) à Marie-Josée Roig qui vient de l’appeler pour la troisième fois « monsieur Fournier-Armand », du patronyme de sa mère.

19h38 La séance dégénère. Agressée par Nadia El Bouroumi, sur sa gestion des associations, Marie-Josée Roig se lève et explose : « Vous me coupez la parole quand je parle ! Je vous demande de vous taire et de sortir ! Je vais demander une suspension de séance ! » Mais la jeune conseillère d’opposition insiste, la voix puissante : « Il y a un besoin social et vous savez que les associations que vous financez bien sont votre caisse de résonance ! » Ironie de l’ancienne ministre : « Ne me faites pas croire que le PS a contaminé la droite ! » Nadial El Bourimi : « Je ne suis pas au PS ! » Philippe Brunet-Debaines, jeune UMP, s’immisce dans le combat et fayote : « Je m’étonne de cette agressivité et j’espère plus de retenue... » Aucun des colistiers de la jeune socialiste n’a réagi.

18h49 Après un nouvel accrochage avec Marie-Josée Roig, Nadia El Bouroumi sort de la salle précédée de Joël Peyre. La députée-maire passe ses nerfs sur David Fournier. « Que votre jeune collègue se croit à l’assemblée nationale en me demandant de relancer la consommation, soit. Mais ici on parle de macaron, d’école de musique... », lance-t-elle à Paul Hermelin.

19h00 David Fournier encaisse une nouvelle volée de bois vert.

19h10 Christine Lagrange quitte la séance. Vincent Leuleu (UMP) affiche ostentatoirement le bout de carton vert et blanc qu’il vient de ramener de Paris, récompense du ministère de l’écologie afin d’honorer la charte pour l’environnement mise en place par la ville.

19h20 Petite dissonance dans l’entente jusque-là cordiale entre Max Rieux et la députée-maire. « Madame, vous m’avez donné la parole, je souhaiterais l’avoir jusqu’au bout de mon intervention », lance posément l’alter-mondialiste à Marie-Josée Roig qui vient de le couper. L’ancienne ministre, amère : « Je n’ai pas d’ordre à recevoir de vous ! Je décide, souffrez que je dise un mot. Je ne coupe pas la parole à chaque intervenant. Habituellement vous êtes plus urbain... » Max Rieux, ferme : « L’urbanité consiste à laisser parler les autres jusqu’au bout. » Nadia El Bouroumi applaudit.

19h29 « C’est pas vrai, c’est une fermeture d’école. Ça, c’est la droite », commente un retraité qui prend des notes à propos de la décision de la députée-maire de fermer un établissement primaire.

19h46 L’ancienne ministre sort et cède sa place à Christiane Benoit-Gontard, adjointe aux affaires sociales, jusque-là pot de fleur souriant.

19h54 Paul Hermelin rédige un SMS, David Fournier quitte le conseil en tapotant l’épaule de Nadia El Bourimi.

20h00 Marie-Josée Roig attaque son retour par un joli lapsus en lisant la délibération 43 : « Aménagement des VRD du quartier situé aux abords de la gare TGV, heu de Montfavet. » Blague de la députée-maire : « Je ne confonds pas les architectures. » Difficile en effet : Montfavet est une des cités les plus sinistrées de la ville...

20h22 Exaspération de l’UMP Valérie Siaud, une bourgeoise bien roulée, à propos du refus de Max Rieux de voter une subvention de 45 000 euros à la Fondation d’art contemporain Lambert pour qu’elle boucle le budget de son exposition Douglas Gordon : « Quand on a la chance d’avoir ce genre de mécène, je ne comprends pas que l’on puisse refuser ! » Max Rieux, en bon gauchiste : « On ne s’adresse pas à un SDF ! »

20h23 La vengeance est un plat qui se mange froid. « Je ne crois pas que le directeur de la Nouvelle compagnie d’Avignon, à qui l’on renouvelle sa subvention, ait les mêmes idées que la majorité ! », lance fielleusement Marie-Josée Roig à l’attention de Nadia El Bouroumi. La conseillère socialiste encaisse, Alain Peyre quitte le conseil.

20h27 Menace de Chantal Lamouroux à propos de la subvention du Théâtre du Balcon : « Arrêtez de dire que vous faites de la culture dans votre ville ! Vous leur aviez promis une rallonge de 15 000 euros, s’il ferme, vous serez responsable ! » Ironie de la députée-maire : « Madame Lamouroux est responsable du budget ! ! »

20h31 Michel Rogier y va de sa petite pique à l’attention des socialistes : « Je vais vous parler du Voyage à Reims [opéra de Rossini, Ndlr], j’espère que je ne vais choquer personne. »

20h35 Max Rieux clôt la séance en lançant son cri de guerre : « Je veux faire payer les riches ! »

Jean-François Poupelin

- FICHE TECHNIQUE
- Avignon : 90 800 habitants.
- Zéro étoile au concours des Villes et villages fleuris, 68 caméras de vidéosurveillance.
- Le maire : Marie-Josée Roig, depuis 1995. Egalement députée (de 1993 à 1997 et depuis 2002) et présidente de la Communauté d’agglomération du Grand Avignon. Prof de Lettres à la retraite. Deux fois ministre (2004-2005). 70 ans.
- La majorité : Un groupe de 40 conseillers UMP.
- L’opposition : Un groupe de 8 PS et un groupe de 4 conseillers de la liste « Rassemblement de gauche » (PC et divers gauche). Le conseil municipal soumis au test du Ravi :
- Durée : 3 heures 32 minutes.
- Présents : 35 élus de la majorité, 10 élus d’opposition.
- Temps de parole cumulé de l’opposition : 1h27 minutes.
- Le public : 32 personnes, journalistes compris.

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