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Karim Zéribi, patron de la RTM : Grande bouche de métro

le 1er/02/2009

Grande gueule sur RMC, ancien footballeur, l’Avignonnais Karim Zéribi, dirige la régie des transports marseillais. Il vient de fonder le club politique « Nouvelle France », sera 3ème sur la liste PS du « Sud Est » aux Européennes. Et ne cache pas ses ambitions.

Le président de la République se fait masser avant une interview : est-ce choquant ? Interrogé sur cette question cruciale, je n’hésite pas à dire (1) « Etre président ou ministre, c’est comme être sportif de haut niveau, c’est un engagement mental et physique complet ». Moi, je suis déjà un peu président de la Régie des transports marseillais (RTM) mais pas encore ministre, et si je le deviens un jour c’est parce que j’ai failli être sportif pro : tout jeunot, je taquinais le ballon en D1, à Laval. Maldonne : 1987, 21 ans, mes ligaments croisés me lâchent, ma carrière est foutue. Adieu crampons, bonjour poinçons, j’entre contrôleur à la SNCF, comme mon daron. Près d’Avignon, je m’occupe aussi de prévention de la délinquance. C’est alors que je rencontre le sportif de haut niveau qui va changer ma vie : Jean-Pierre Chevènement, milieu offensif au Mouvement républicain et citoyen (MRC). Le sorcier de Belfort, qui a bravé même la mort, me prend en 1998 comme assistant à l’Olympique Ministère de l’Intérieur, son nouveau club.

« Si avec ça les syndicats me mangent pas dans la main »

Comme mon manitou, je suis « de gauche, mais pas laxiste ». Comme lui, j’ai un peu du mal avec les socialos. En 2002 et 2007, je les affronte pour la coupe de France des législatives, dans la poule des 15e et 16e à Marseille : 1 000 voix la première fois, 2 400 (11 % !) la seconde, éliminé… Lors du match retour, y’a des salauds qui cambriolent ma permanence, d’autres ou les mêmes qui manquent de me casser la gueule un soir près de chez moi. Entre les deux tours, je ne donne aucune consigne de vote « eu égard à la personnalité et aux méthodes du candidat socialiste », Henry Jibrayel (2). Six mois plus tard, je deviens porte-parole d’un autre candidat socialiste, Guérini, pour les municipales. Jean-Noël, grand copain de Riton, mais bon… Faut dire que Jean-Nono a flairé le transfert juteux : depuis 2005, je fais aussi pilier des Grandes Gueules, « GG » pour les intimes, sur RMC. C’est un peu comme le MRC, mais avec plus d’auditeurs. C’est aussi un peu comme les Grosses Têtes, mais sans les blagues moisies de Bouvard : chaque jour, deux heures durant, on parle de tout et de rien, entre nous et/ou avec les auditeurs. Le café du commerce, ça marche : un million de fans. Au début, Gaudin me chambrait avec ça, mais il est juste jaloux, Raimu ! Ceci dit, faut croire que les auditeurs des GG n’habitent pas tous à Marseille, parce que mon équipe a encore perdu les municipales. Pas grave : elle se rattrape sur tapis vert en remportant la communauté urbaine, moins glamour mais c’est là qu’est le vrai pouvoir. Ni une ni deux, je me retrouve propulsé à la tête de la RTM. Faut dire que j’ai le profil : je connais le transport en commun par la SNCF, je connais les problèmes de sécurité par Chevènement : attention aux yeux ! Je veux être un vrai président actif, pas un mec qui passe son temps à se planquer sous le tapis comme cette amibe de Tixier, invisible durant la grande grève de l’automne 2005. Et pour montrer qui c’est le coach, je lourde Josiane Beaud, la directrice générale nommée par Gaudin. Je la remplace par un bon socialio, Pierre Reboud, un gars « pas admirateur du service minimum » (3). Si avec ça les syndicats me mangent pas dans la main ! Et tout ce qu’ils trouvent à faire, ces salauds, c’est de débrayer à la moindre agression. C’est pas du jeu, où est l’arbitre ? ! « A ce train-là, je pourrais bien finir par être ministre » En plus, je manque pas d’idées ! Rien de renversant, d’accord, mais du solide : baisse du prix du billet (1,70 euros, le plus cher de France), développement des bus en sites propres, sécurité accrue pour les passagers et les chauffeurs, le métro jusqu’après minuit en semaine, j’en passe ! Avec la tendance des syndicats maison à tacler à la jugulaire, je devrais passer tout mon temps à la Reuteumeu. Mais j’ai trop la classe : je continue de jongler entre la RTM, le conseil municipal, le conseil communautaire, les GG (pas tous les jours quand même) et il me reste même un peu de temps pour conseiller le patron de la SNCF sur les questions de sûreté et d’égalité des chances. A faire tant de trucs, un petit massage ça me ferait pas de mal ! Parce qu’en plus, pour occuper mon temps libre, j’ai lancé un club politique. Ca s’appelle Nouvelle France, ça doit être un réservoir à idées, une « boussole qui soit poil à gratter » (4). J’ai les Européennes dans le colimateur. Sauf accident, je serais 3ème sur la liste du PS aux élections européennes en juin prochain, une place éligible. A moi Bruxelles ! De toutes façons, si je casse la boussole à force de gratter avec, je peux toujours me rabattre sur un levier de vitesse RTM. Dans les six ans à venir, les transports en commun ça va être vachte à la mode, surtout à Marseille ! Y’aura les inaugurations du prolongement du métro, du tram, les nouveaux bus flambants neufs, le trafic va augmenter mécaniquement, tout bon pour moi, ça ! A ce train-là (ah ah !), je pourrais bien finir un jour par être ministre. Encore faudrait-il que la gauche fasse aussi bien à la présidentielle qu’aux municipales. En v’là un bon sujet pour les GG, tiens !

Langelot

1) RMC 11 février 2009 2) Communiqué du 11 juin 2007 3) 20 Minutes 15 janvier 2009 4) La Provence 14 février 2009

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