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Loïc Fauchon, PDG de la SEM : L’humanitaire qui SEM le trouble

Avril 2009
le 1er/03/2009

Président du Conseil mondial de l’eau, Loïc Fauchon est considéré par les promoteurs du libre droit à l’accès à l’eau potable comme leur principal adversaire. PDG de la Sem, les politiques marseillais le craignent.

Faites plaisir à un âne, il vous chiera des crottes ! Excusez la vulgarité, mais ce que je viens d’encaisser au 5e Forum mondial de l’eau (FME) à Istanbul est un peu dur à avaler (1). M’accuser d’organiser une « foire commerciale » pour « marchands d’eau » et d’être vendu à Veolia et Suez (2), c’est fort de café ! Ca fait quand même douze ans que je milite pour le droit à l’accès de tous à une eau propre et à l’assainissement ! Je m’énerve pas, j’explique. J’ai la réputation d’être sanguin et vous jugez sans connaître. Mais c’est un peu ma faute : comme tous les Bretons, je suis aussi pudique. Donc, Loïc Fauchon, 60 ans, PDG du Groupe Eaux de Marseille depuis 1997, la Sem pour les locaux, président du Conseil Mondial de l’eau (CME) depuis 2005 et de Trans-Sahara, une association spécialisée dans le transport d’urgence en Afrique subsaharienne et en Europe de l’est, depuis 1977. Une passion : le désert. Né les pieds dans le lisier, humanitaire et amoureux des espaces arides, sans m’vanter, y’a pas mieux que moi pour mener le combat de l’eau potable pour tous ! D’ailleurs, je fais l’unanimité : je viens d’être réélu à la tête du CME.

« La gratuité est un fléau qui mène au gaspillage »

Seuls quelques gauchistes mal embouchés me soupçonnent de conflit d’intérêts et d’utiliser les FME et mon ONG pour accélérer la signature de contrats de délégation de service public. Sur le seul fait que la Sem est l’empire provençal de Suez et Veolia et le Conseil, un vulgaire lobby. Un peu faible. Je suis quand même un des rares à rappeler sans cesse qu’1,2 milliards d’êtres humains n’ont pas accès à l’eau potable, que 2,5 milliards ne disposent pas d’un système d’assainissement décent et que près de 8 millions de personnes (1,5 millions d’enfants) meurent chaque année d’une maladie liée à l’eau. Quand ils ont vu ces chiffres, scientifiques, gouvernements, ONG et institutions internationales ont tous voulu être de l’aventure du CME. C’était en 1996, ça faisait quatre ans que j’avais quitté la mairie de Marseille – où j’avais été le bras droit de Gaston Deferre puis le directeur général des services de Robert Vigouroux - pour le monde de l’eau. Pour nous, les multinationales, il y avait surtout un juteux marché : 90 % des pays fonctionnaient encore en régie publique. Car notre objectif, inavouable, est d’imposer la délégation de service public comme modèle de gestion de l’eau et de l’assainissement au niveau mondial (3). En profitant, si nécessaire, de pouvoirs pas franchement démocratiques. Les bailleurs, Banque mondiale et FMI en tête, ont approuvé. Aujourd’hui, avec plus de 300 membres, le CME est un merveilleux cheval de Troie. Il a tout du très secret OMC. Mais restons prudents. La malheureuse expérience sud-américaine de Suez a montré que les pauvres sont aussi grippe-sous que les Français. J’ai donc mis mon enthousiasme en sourdine. Après avoir longtemps siffloté « l’eau, c’est toujours la vie, l’eau c’est parfois la mort. Mais l’eau c’est aussi le pouvoir, l’eau c’est aussi l’argent » (4), je suis revenu à une complainte plus humanitaire : « La gratuité est un fléau qui mène au gaspillage. Mais, le droit d’accéder à une eau saine et celui de bénéficier de l’assainissement sont des éléments essentiels de la dignité humaine. » (5)

« J’ai la plainte en diffamation facile »

C’est la ligne officielle, la seule que j’avouerai ! Prenez-en bonne note, car j’ai aussi la plainte en diffamation facile. L’UFC Que Choisir peut en témoigner : d’ici l’été, elle devra répondre de ses accusations de surfacturation de mes services de distribution d’eau et d’assainissement à Marseille (6). Autre exemple : en 2005, lorsque le traître Touly, celui qui a dénoncé les provisions de renouvellement de Veolia (7), a voulu ironiser sur mon indépendance à l’occasion de l’appel de Varages pour le service public de l’eau potable en France, il a vite été mis en garde par Jean-Noël Guérini et Michel Vauzelle (8). Une sagesse largement partagée sur le Vieux-Port. La remunicipalisation y est d’ailleurs un tabou. Est-ce parce que Jean-Claude Gaudin est enchanté par la bonne image de la ville que je véhicule ? Parce que les socialistes sont figés par le souvenir de ma haine pour Michel Pezet (9) ? Parce que les deux sont inquiets que je sois loin d’être le seul à avoir pris la passerelle entre la mairie et la Sem ? A moins que ce ne soit la concurrence de Durban pour accueillir le 6e Forum mondial de l’eau. C’est en 2012, un an avant la fin de mon contrat de délégataire et à deux ans des municipales. L’Afrique du sud est une jolie porte d’entrée sur le continent noir...

Brandon Hersant

(1) Fondation Danièle Mitterrand (10/03/09).

(2) 70 communes en délégation, 18 filiales (2 au Maghreb), 450 millions d’euros de chiffre d’affaire.

(3) En 2003, le CME a commandé un rapport à Michel Camdessus, ancien directeur du FMI, qui a notamment institué ce principe dans les échanges internationaux sur l’eau.

(4) www.eauxglacées.com (18/02/08)

(5) Manière de Voir n°81 (01/08/05).

(6) Son étude « Prix et marges de l’eau » du 29/10/07 conclut à une marge de 56,1 % pour la Sem. Sur 20 villes étudiées, elle a été le seul délégataire pointé à porter plainte.

(7) Jean-Luc Touly, auteur de « L’eau des multinationales, les vérités inavouables » chez Fayard le Ravi n°61.

(8) Respectivement présidents socialiste du Conseil général des Bouches-du-Rhône et de la Région.

(9) Dauphin malheureux de Gaston Deferre battu par Robert Vigouroux.

@-Leravi - http://www.leravi.org