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Entretien : la promesse est un métier

le 2/03/2009

Le sociologue Cesare Mattina nous explique ce que sont et à quoi servent - si elle servent ! - les promesses électorales.

« La promesse est consubstantielle au métier d’élu »

Peut-on définir la promesse électorale ?

Elle va être différente selon le lieu où l’élu(e) s’exprime et sa position dans la hiérarchie politique. Pour les législatives et présidentielles, l’arène est très élargie. L’important ne sera pas la promesse en tant que telle, mais la réthorique sur la promesse tenue ou non tenue. Depuis que Lionel Jospin [ancien premier ministre de Jacques Chirac, Ndlr] a affirmé « je dis ce que je fais et je fais ce que je dis », il existe un vrai discours sur la réalisation de la promesse. C’est assez singulier.

Et si on remonte un peu dans le temps ?

On est plus dans la complexité de la relation politique entre l’élu et l’électeur. Il pouvait y avoir un programme, mais personne n’était choqué si l’élu ne l’avait pas suivie. Ce dernier pouvait également faire des promesses claires à une catégorie de travailleurs, sans aucune certitude du résultat dans les urnes. Ce qui renvoit à l’échange clientélaire. Les élus doivent tout le temps se démener pour être disponibles, pour accuellir leurs électeurs, écrire une lettre de recommandation, passer un coup de fil, etc. Sans aucune assurance du résultat de leur démarche. A l’exception d’une seule : s’ils ne font pas ça, ils sont morts !

« Quand on n’a pas les moyens de vraiment agir, comme Obama, on fait des promesses »

Quelle place tient la promesse électorale dans le discours politique ?

Elle a une grande valeur symbolique. Elle a une capacité à rassurer, à faire croire en quelque chose, etc. Dans ces temps de crise, quand on n’a pas les moyens de vraiment agir, comme Obama par exemple, on fait des promesses. La promesse est consubstantielle au métier d’élu ! Les femmes et les hommes avancent eux-mêmes l’argument symbolique. C’est l’exemple des lettres inutiles, dont ils savent qu’elles ne déboucheront pas sur une embauche, mais qu’ils rédigent quand même, font suivre en mairie ou au chef de service de l’hôpital, et pour lesquelles ils exigent une réponse. A Marseille, la mairie centrale attache beaucoup d’importance à ce travail. Elle dispose d’un service très efficace comparé au Conseil régional.

Il y a différents types de promesses ?

Il y a eu une évolution. Depuis les annes 90, les femmes et les hommes politiques sont de vrais entrepreneurs, des acteurs internationaux. Cette dimension est devenue importante. Mais en même temps, ils savent que pour gagner, ça se fait à l’ancienne. Surtout quand s’est serré.

« L’affaire qui touche le Conseil régional illustre parfaitement l’évolution des promesses clientélaires »

C’est-à-dire ?

Il y a les réunions élargies, classiques, où sont promis des équipements, des jeux pour les enfants, un terrain de sport, etc. Et il y a le clientélisme, inter-individus, avec aujourd’hui un déplacement des promesses d’emploi public non qualifié ou de logement social vers le secteur associatif. Comme la possibilité de stabiliser les aides des collectivités, de créer un emploi aidé, etc. L’affaire qui touche le Conseil régional (lire notre « Ravi de plâtre » page 2) l’illustre parfaitement. Enfin, il y a les promesses qui ne sont pas des promesses, faites lors du porte à porte. C’est un rituel où les électeurs sont préparés à répondre à l’éternelle question : « Quels sont vos besoins ? » L’équipe de l’élu(e) note une fuite d’eau, les problèmes du quartier, promet de transmettre et de donner des nouvelles. On ne peut plus symbolique !

Est-ce dommageable de ne pas tenir ses promesses électorales ?

C’est difficile à cerner. Mais quand des femmes ou des hommes politiques dénoncent les promesses non tenues de leur prédécesseur, comme Sarkozy avec Chirac ou Jospin avec Balladur, on est dans la réthorique. Il y a une volonté de démarquation, de rupture. A un niveau plus modeste, si un électeur se fâche ou claque la porte pour un autre candidat, on n’est plus dans le cliéntélisme. On est dans un système purement intéressé.

Propos reccueillis par Jean-François Poupelin

Cesare Mattina est maître de conférence à l’Université de Provence et auteur d’une thèse sur le clientélisme politique à Marseille et à Naples.

@-Leravi - http://www.leravi.org