Les ambassadeurs de citoyenneté

octobre 2019 | PAR Samantha Rouchard
Durant huit mois, de mars à octobre, le Ravi a suivi les jeunes Marseillais de 14 à 20 ans, inscrits dans le programme Jeunes des deux rives. Issus des centres sociaux et maisons pour tous gérés par la Ligue de l'enseignement, à travers des ateliers thématiques sur les valeurs de la République, ces jeunes vont devenir des passeurs de citoyenneté et de vivre ensemble.

Ce samedi matin du 23 mars, le soleil brille sur le Vieux-Port de Marseille, et pas un jeune ne manque à l’appel. « Je me suis levé très tôt », confie un ado. « J‘ai presque dormi habillé ! », sourit un autre. Sac au dos, ils sont plus d’une centaine à embarquer pour les îles du Frioul où ils vont passer le week-end. Ils viennent des quartiers nord de Marseille et font partie pour la majorité des centres sociaux et maisons pour tous que gère la Ligue de l’enseignement. Le Frioul n’est qu’à vingt minutes de bateau mais pour la plupart le voyage commence aujourd’hui.

Ces jeunes ados et adultes sont volontaires. Ils ont accepté de participer au projet J2R, Jeunes des deux rives, un programme mis en place par Solidarité laïque à la suite des attentats de 2015, auquel la Ligue de l’enseignement des Bouches-du-Rhône participe depuis deux ans et qui favorise une citoyenneté ouverte sur le monde. Ces jeunes de La Viste, L’Estaque, La Gavotte Peyret, Saint-Joseph, Consolat, Kléber, La Solidarité, Les Lilas, Les Musardises… deviennent à partir de ce jour ensoleillé de mars les ambassadeurs de cette citoyenneté. Certains partiront cette année ou la prochaine rencontrer leurs homologues sur l’autre rive de la Méditerranée ou en Europe autour d’un chantier solidaire. Mais pour ça, avant, il faut se former !

Une île et des possibles

Le Frioul est la première étape. Les jeunes y restent pendant deux jours pour appréhender des notions qui leur sont parfois abstraites mais primordiales pour vivre ensemble : valeurs de la République, laïcité, interculturalité et citoyenneté. Ils vont devoir aussi les mettre en pratique car ces nouveaux ambassadeurs vont apprendre à se connaître et à partager les mêmes espaces comme de vrais insulaires. « A terre, il faut éviter de piétiner la (très rare) végétation, ramener déchets et mégots. Il est interdit de camper, de bivouaquer, de cueillir plantes et végétation, de faire du vélo et de l’escalade. Interdit de faire du feu… » Telles sont les précautions à prendre pour rester sur ces îles protégées ! Nos ambassadeurs vont devoir être exemplaires. « Et il le sont ! En les amenant dans ce lieu privilégié, dans un cadre agréable, on leur montre du respect et de la dignité, et ça c’est important », souligne Suzanne Guilhem, présidente de la Ligue de l’enseignement des Bouches-du-Rhône (entretien page 1).

Les jeunes sont regroupés dans la salle principale du centre de vacances Léo Lagrange où ils sont hébergés. « Ces deux jours vont être conviviaux, mais il y a aussi un temps de travail autour de valeurs qu’il faut connaître pour pouvoir les mettre en action, explique la présidente.Vous allez gagner en autonomie, on va vous faire confiance car vous allez devenir nos ambassadeurs. Pour ensuite aller vers d’autres jeunes et échanger avec eux. On compte sur vous pour nous donner ce goût d’avenir, de vivre ensemble dans la paix et dans la joie. Afin que chacun trouve sa place. »

Trouver sa voix et une voie

« Ce n’est pas un simple séjour. On vous offre la possibilité de participer à un séminaire ! Vous avez de quoi être fiers de vous, insiste Djelloul Ouaret du centre social La Gavotte Peyret à Septèmes-les-Vallons et président des Animateurs sociaux sans frontières.Vous allez être nos ambassadeurs, ça paraît impressionnant. Mais ce n’est pas un mot anodin. En deux jours, vous allez confronter vos idées et être capables de soulever des choses. »

Le week-end se poursuivra sous forme d’ateliers sur les thématiques de la laïcité et de la citoyenneté (pages 3 et 4). Les jeunes ambassadeurs se retrouveront une semaine plus tard pour parler égalité homme-femme (pages 5). Puis discrimination en juin (page 8) et développement durable en septembre-octobre (pages 10 et 11). Entre-temps certains seront partis en échange international en Tunisie ou en Allemagne (page 12). Et au moment où nous bouclons ce journal, d’autres sont en train de préparer leurs valises, destination le Maroc.

Dans le cadre de J2R, l’an dernier le Ravi avait rejoint les jeunes de La Solidarité et de La Gavotte Peyret à Nabeul, en Tunisie, pour parler journalisme citoyen (De Marseille à Tunis, les ambassadeurs de citoyenneté. le Ravi n°163, juin 2018). Et le mensuel régional pas pareil avait animé l’été suivant des ateliers en ce sens lors de la venue des jeunes Tunisiens à Marseille. Cette année, de mars à octobre, le Ravi a suivi pendant les différents ateliers thématiques la nouvelle génération d’ambassadeurs qui prend la relève. Karim Touche, délégué général adjoint et directeur des services sociaux nous avait formulé ce vœux : « On a envie de les faire parler, beaucoup trop de personnes parlent à leur place. » On est bien d’accord ! A travers des reportages, des portraits (pages 6 et 7), des verbatims, nous avons restitué leurs paroles. Qu’elles soient spontanées, brutes, pleines de maturité sur certains sujets, pleines de préjugés sur d’autres, tendres, drôles, touchantes, en réflexion, en devenir… L’important, comme n’ont cessé de le répéter leurs encadrants bienveillants, est que ces paroles ne soient plus absentes. Trouver sa voix, s’autoriser à la faire entendre, c’est prendre sa place au monde (1). Et ces jeunes ambassadeurs cheminent pour y trouver la leur.

Pour feuilleter le supplément « les ambassadeurs de citoyenneté », cliquez sur ce lien ou sur l’image ci-dessous…