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La centrale pourrait voir l’avenir en vert

Après presque quarante ans à brûler du charbon, la centrale électrique de Gardanne doit changer de modèle, mais reste dans le brouillard.
le 27/08/2019

Peut-on reconvertir la centrale à charbon de Gardanne en alliant écologie et emploi ? Un projet le propose alors que les incertitudes pèsent à court terme sur le sort du site et de ses salariés.

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Nous sommes en 2025. Voilà trois ans que les cheminées de la centrale à charbon de Gardanne (13) n’ont pas rejeté dans l’atmosphère leurs fumées polluantes. La controversée « centrale à biomasse », qui aurait dû brûler 850 000 tonnes de forêts chaque année pour produire de l’électricité, a également été fermée. Mais sur cette « terre d’énergie », comme le proclame le slogan de la commune, la production n’a pas été abandonnée.

Désormais des énergies renouvelables sont utilisées : le vent, le soleil, et le bois, valorisé sur place dans des usines de production de matériaux pour la construction. Les résidus alimentent une centrale qui produira bientôt 11 MW chaque année. Toutes ces unités ont pu être installées en interdépendance sur les 80 hectares du site, rachetés par la métropole à l’ancien exploitant. La totalité des salariés de l’ancienne centrale a pu être embauchée après une formation financée par la Région. Le site est devenu un modèle de transition écologique réussie...

Annonce de fermeture

Tout ceci n’est pour l’instant qu’un rapport de 45 pages porté par deux élues écologistes gardannaises. « C’est un projet du XXIème siècle », s’enthousiasme Brigitte Apotheloz, conseillère municipale. « Il faut qu’il soit porté politiquement. Ce qui me motive, c’est l’emploi », explique Rosy Inaudy, conseillère départementale EELV.

Depuis l’annonce le 18 octobre dernier de la fermeture de la centrale, gérée par le groupe Uniper, l’avenir du site reste en suspens. 150 emplois directs sont en jeu. Pour l’instant, l’Etat a promis la mise en place d’un CTE (Contrat de transition écologique) renommé « projet de territoire ». « Une démarche innovante pour accompagner et soutenir la transformation écologique des territoires » selon les termes du ministère de la Transition écologique. Ce contrat est censé permettre la « co-construction » de projets pour « accompagner de manière opérationnelle les situations de reconversion industrielle d’un territoire ». Mais aucun calendrier ni financement ne sont pour l’instant annoncés.

« Nous sommes les seules à porter un vrai projet », estime Brigitte Apothéloz, également ingénieure. Son « mix énergétique » pour Gardanne, elle l’a élaboré avec deux autres militants des questions énergétiques : Rémy Carrodano, qui travaille dans l’habitat durable et Jean Ganzhorn, ingénieur énergie-climat. Rosy Inaudi, qui assiste aux réunions en préfecture autour de l’avenir du site, s’occupe de la promotion : « Je donne le dossier à tout le monde. Au préfet, aux syndicats, au ministère. David Coste, le délégué interministériel nous a assuré qu’il étudiait le dossier. »

Le moratoire des salariés

Si la date de 2022 est confirmée pour la fermeture effective de la centrale à charbon, il ne reste que trois ans pour boucler la reconversion. Un timing serré qui inquiète en premier lieu les salariés. Depuis le 7 décembre, la CGT mène une grève pour défendre « les emplois et les statuts ». Ils dénoncent une fermeture uniquement politique, qui doit intervenir l’année de la présidentielle, et demandent un moratoire sur la fermeture de la centrale. « Le gouvernement aurait pu anticiper plutôt que d’imposer une fermeture sans projet derrière », estime Nicolas Casoni, délégué CGT. Si elle ne reprend pas le terme de « moratoire », Rosy Inaudy, est favorable à un report de la fin du charbon, « le temps de construire un projet qui permette de sauvegarder l’emploi et les statuts des salariés. Il ne faut pas être dogmatique ».

La CGT est en possession du dossier : « On n’a pas encore eu le temps de l’étudier. Mais l’important c’est que les projets ne ses télescopent pas. » Le syndicat a de son côté mandaté un bureau d’études pour mettre en place une solution autour de la production d’énergie. « Y compris incluant le charbon, prévient Nicolas Casoni. Je suis énergéticien. Je ne veux pas entamer une reconversion en plaquiste ou boulanger ou je ne sais quoi. »

Pour éclaircir l’avenir du site, il faudrait déjà connaître les intentions de l’exploitant Uniper, pour l’instant propriétaire des 80 hectares. « Nous craignons qu’ils tentent de négocier un accompagnement financier de la fermeture du site, sans projet derrière », estime Nicolas Casoni. Et qu’adviendra-t-il de la centrale à biomasse ? Censée produire de l’électricité « verte » à partir du bois, elle ne fonctionne aujourd’hui qu’à un tiers de ses capacités, comme l’a raconté Marsactu (1).

Sans compter qu’Uniper est depuis quelques mois en négociation exclusive avec Daniel Kretinsky pour la revente de la centrale. Personne ne peut prédire les intentions de l’homme d’affaire tchèque, surtout connu pour faire son beurre du rachat de centrales en fin de vie, sans grande considération pour les salariés. Du côté de la CGT « pas question que les salariés de la centrale biomasse regardent ceux du charbon perdre leur emploi. On est prêts à durcir notre mouvement de grève si besoin ».

Dans leur projet, Rosy Inaudy et Brigitte Apotheloz actent la fin de la biomasse, décriée par les militants écologistes. Mais en l’état, il ne permet pas de reprendre tous les salariés de la centrale sous le statut de travailleurs de l’énergie. « Il faudra encore retravailler le dossier », admet Rosy Inaudy. Allier écologie et sauvegarde de l’emploi, c’est comme résoudre une équation à plusieurs inconnues. Il faut des compétences et beaucoup de volonté.

1. Marsactu, le 08/02/2019

Margaïd Quioc (Collectif Presse-Papiers)

@-Leravi - http://www.leravi.org