Une Cad à part

janvier 2006
La Communauté d'agglomération dracénoise (CAD) a tout juste six ans. Mais, fait rare, un peu plus de six mois après sa naissance, la jeune institution a doublé de volume. Et tous les pédiatres l'admettent, à cet âge, ce n'est pas forcément de bon augure.

Selon un conseiller communautaire, qui préfère la douce quiétude de l’anonymat à la gloire de s’exprimer à visage découvert dans les colonnes d’un régional satirique, la Communauté d’agglomération dracénoise (CAD) présenterait les premiers symptômes d’une maladie fort fréquente en matière d’intercommunalité. « Le fonctionnement basé sur le consensus commence à fléchir, explique-t-il. Différents courants apparaissent car certains maires se plaignent que rien ne soit fait sur leur commune. C’est notamment le cas d’élus de droite, qui pensent d’abord à leur électorat et à leur réélection. »

A sa création, fin 2000 dans la foulée de la loi Chevènement, la CAD s’était pourtant donné un objectif simple. « Il s’agissait de faire travailler ensemble huit communes sur de grandes politiques structurelles pouvant concerner un grand bassin d’emploi », raconte Christian Martin, ancien maire (PS) de Draguignan et premier président de la Communauté. Aux compétences obligatoires avaient juste été ajoutées quelques autres optionnelles (sports et culture, environnement) et facultatives (urbanisme…).

En raison de leur rayonnement, qui dépasse largement les limites de Draguignan, le théâtre de la sous-préfecture du Var (dès octobre 2000) et sa médiathèque (en 2004) ont ainsi été transférés à la communauté d’agglomération. C’est également grâce à la mise en place de cette institution que la zone des Bréguières, une plate-forme logistique de 60 hectares qui devrait créer 1.000 emplois, verra le jour dans quelques années aux Arcs (1) . « La commune ne pouvait pas supporter seule le projet », souligne notre interlocuteur anonyme.

La CAD regroupe 85.000 habitants, seize communes (2) , urbaines et rurales, de tailles différentes (la plus petite, Châteaudouble, compte 380 âmes ; la plus grande, Draguignan, 38.000) et s’étend du golfe de Saint-Tropez au Verdon. « 99,99 % des décisions sont prises à l’unanimité, explique Jean-Marie Martinez, directeur des services de la CAD depuis deux ans. Si un besoin de débat se fait ressentir, il se déroule au sein du bureau, où chaque maire dispose d’une voix. » Et de poursuivre : « En plus d’être une mutualisation de moyens, l’agglomération est aussi une mise en commun des compétences. Tous les élus, quelle que soit leur couleur politique, sont vice-présidents et disposent d’une délégation. »

Pour Christian Martin, l’ouverture à huit nouvelles communes en 2001 comme ces choix de fonctionnement, qu’il dit ne pas avoir institués, ne sont cependant pas sans arrière-pensée. Selon lui, ils servent d’abord et surtout à faire plaisir à tout le monde. « Aujourd’hui, dénonce-t-il, il n’y a plus de priorité. Peu de choses ont été réalisées en matière d’investissements communautaires. La CAD fait du saupoudrage pour satisfaire tous les élus. Dès qu’une commune souhaite améliorer sa bibliothèque, c’est désormais l’agglomération qui paie. »

Le rapport d’activités 2004 de la CAD, n’est pas là pour le contredire. En-dehors du transfert de nouvelles compétences (contingent incendie, droit du sol) et l’attribution d’un terrain au Conseil régional pour la construction d’un lycée sur la commune du Muy, les principales réalisations de l’institution ont été faites au niveau local (rénovations et constructions de bibliothèques et de piscines municipales). Pire, depuis quatre ans, la seule réalisation communautaire a été le siège de la structure.

Jean-Marie Martinez ne partage pas, bien entendu, ce point de vue. Pour lui, les premières années de la jeune institution ont permis de créer et structurer les différents services. « Tout n’est pas parfait du jour au lendemain, assure-t-il. Un enfant grandit dans la réflexion. » Les effets de la surcharge de départ devraient donc s’estomper avec les années… Notre mystérieux conseiller communautaire ne semble pas de cet avis. « D’ici quelques années va se créer une véritable opposition au sein de la Communauté d’agglomération », prévient-il. Il faudra que tous, au préalable, aient le courage de tomber les masques…

Jean-François Poupelin

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