Contact

Abo, dons, adhésions

Moi, Monseigneur Cattenoz La position du missionnaire

mai 2010
le 24/06/2010

L’évangélisateur Jean-Pierre Cattenoz, archevêque d’Avignon, fait face au schisme d’une partie de son clergé et de ses ouailles. En cause : son autoritarisme, son train de vie et la place offerte aux communautés nouvelles étrangères et/ou réacs dans son diocèse. En ce lundi de Pâques, tel Don Camillo, l’autoproclamé « bulldozer » se confie à son idole en slip cloué sur la croix.

Des Judas, seigneur ! Excuse la référence, mais je commence à perdre patience. Ca fait un an que mes fonctionnaires de ton père commencent à me courir sur le système. J’aurais dû m’en douter. Depuis mon entrée à la Fraternité monastique de l’église Saint-Pierre d’Avignon en 1979 que je les fréquente mes bergers. Des génies des alpages, rien que des paresseux.

Depuis ma nomination en 2002, je ne ménage pourtant pas mes efforts pour ta gloire, seigneur : c’est intégrisme et évangélisation au menu. Ma position en tant qu’évêque, c’est missionnaire ! Tu le sais toi, j’ai chopé la vocation pendant mes études de théologie à Toulouse, à la fin des années 80. Après quelques ministères dans le Vaucluse, je m’étais autoproclamé aumônier de la SNCF entre Paris et la ville rose (1). La révélation ! Mon doctorat en poche en 1991, je pars fissa évangéliser le Tchad. J’y reste huit ans, avant de revenir dans la cité des papes poursuivre ma mission. Aujourd’hui, mon credo est définitif : je ne vois pas comment un prêtre ou un diacre pourrait vivre son ministère sans avoir le cœur de témoigner coûte que coûte de la charité du Christ (2). J’espère que t’apprécies.

C’est simple, je veux du chiffre. Ils m’ont même surnommé « le Sarkozy de l’église », mes curés. Mais au lieu d’apprécier, ils se plaignent à la hiérarchie et au patron - qu’a franchement pas la tête aux problèmes d’intendance en ce moment - et se lamentent dans la presse. Comme l’autre, il paraît que je suis brutal, provocateur, blessant (3). Beaucoup de prêtres et de laïcs ont abandonné leurs fonctions ou ont été remerciés. D’autres ne se montrent plus aux réunions, certains se terrent même chez eux. Il y en a qui vivent avec la peur au ventre... la peur d’être déplacés. On a jamais entendu ça, on se croirait chez France Telecom, qu’ils disent (4). Ou au gouvernement, j’ai envie d’ajouter ! Désolé, seigneur.

« On se croirait chez France Telecom »

Ils m’accusent aussi de mauvaise gestion. Mais seigneur... [Silence] Ma mission coûte cher. Avec la crise des vocations, qu’est-ce que je peux faire ? Comme ce sont pas mes fonctionnaires de ton père qui vont aller convertir le sarrasin de Montclar ou de Cavaillon, je sous-traite. Aujourd’hui, j’ai besoin de prêtres pour mon diocèse, aussi je vais les chercher au Brésil, en Pologne ou en Asie. Dans ces pays que la vieille Europe a évangélisés, nos frères sont très heureux de nous rendre la pareille (5). A la différence qu’une carmélite brésilienne coûte beaucoup plus cher qu’un plombier polonais. 650 euros, le salaire d’un bon gros curé de chez nous...

Et comme je suis moi-même bien incapable de suivre les béatitudes (6), la situation budgétaire s’en ressent. En 2008, le trou était d’un million d’euros. Pour le combler, j’aurais pu sortir un CD débile comme mon collègue de Gap, Monseigneur Di Falco, ou produire un court métrage niais appelant à donner au denier comme son confrère de Fréjus, le « Big boss » néo-réac Dominique Rey. J’ai préféré faire comme toi seigneur, prendre aux riches pour donner aux pauvres : 50 euros aux parents par baptême, encore 50 euros sur la paie de chacun de mes 135 corbeaux, quelques pourcentages de plus sur leurs quêtes... « Ma nourriture divine, c’est bio, de "l’ultraconservatisme fanatique" » Pas de quoi me flageller quand même ? Surtout que, comme je te l’ai dit, chez moi la nourriture divine est bonne. C’est pas du liturgiquement modifié, style Vatican II ! Rien que du bio, de « l’ultraconservatisme fanatique » (7), les vraies valeurs de l’église, celles du cardinal Panzer. J’ai même réduit les intermédiaires : j’ai ouvert les portes de mon diocèse au Chemin du néo-cathéchuménat, une des trois sectes de l’église, avec l’Opus Dei et les Légionnaires du Christ. Ses membres sont un peu bizarres, mais je les aime bien. Je leur ai d’ailleurs donné quelques paroisses et les ai fait entrer au conseil épiscopal à la place de mes grincheux.

Curieusement, ça plaît pas non plus beaucoup. Pendant longtemps, mes curés se sont pourtant pourléchés de ma tambouille ! Pas un de ces judas ne s’est plaint à Benoît XVI quand je me suis positionné contre l’ordination des prêtres homosexuels. Pas un n’a contacté La Provence ou Vaucluse Matin quand j’ai écrit aux candidats à la présidentielle de 2007 pour fustiger le mariage homosexuel, l’avortement ou l’euthanasie. Pas un n’a trouvé brutale ma croisade de juillet dernier contre les images et titres provocateurs mettant en cause la foi catholique dans certains spectacles du festival d’Avignon ! (8) Seigneur, maintenant je sens le soufre ?

J’ai pas envie de passer pour toi, mais ça ressemble furieusement à une cabale ce que je vis aujourd’hui. Paraîtrait même que je suis en sursis (9). En janvier, j’ai pourtant mis fin au recrutement étranger comme l’exigeait le patron ! En vain. La rébellion s’est transformée en révolte. Finis les courriers et les prières, depuis le début d’année, mes fonctionnaires de ton père se sont lancés dans l’action symbolique : ils boycottent mes cérémonies ! Dernier exemple en date : mes curés ont snobé ma petite sauterie du Jeudi Saint. Leur bonne blague du 1er avril ! Sans compter qu’ils pervertissent les fidèles : certains ont décidé de ne plus donner au denier du culte...

Ils veulent m’asphyxier financièrement. Ces nouveaux pharisiens sont décidés à me chasser de mon propre temple ! Et pourquoi pas carrément me clouer sur une croix ! Excuse-moi, seigneur.

Par Georges

@-Leravi - http://www.leravi.org