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Ces beurs qui kiffent l’extrême droite

le 5/09/2011

Marine Le Pen pourraient avoir des alliés surprenants lors de la prochaine élection présidentielle. Dans les quartiers, des Français, enfants d’immigrés maghrébins, n’hésitent pas à voter FN et à revendiquer ouvertement leur proximité idéologique avec les thèses les plus faisandées de l’extrême droite. Comme lorsque la communauté arabo-berbère de Marseille invite à Marseille Alain Soral, le théoricien d’une alliance entre « nationalistes » et « musulmans ».

À Marseille dans les quartiers Nord, à Arles au pied d’une barre HLM des Barriol, dans la cité La Beaucaire à Toulon ou encore en Avignon au cœur de Monclar, partout on expose son mal-vivre, ses contradictions identitaires et – oh surprise  ! – on découvre des enfants d’immigrés maghrébins, électeurs de Le Pen. Difficile de quantifier précisément l’adhésion des quartiers aux idées pudiquement dites «  nationalistes  ». «  Les différentes enquêtes menées depuis une quinzaine d’années montrent qu’il y a environ 5 % des Français se déclarant musulmans qui votent pour l’extrême droite  », souligne le sociologue marseillais Vincent Geisser. Et Saïd Merabti, Aixois et président national de l’association AJIR pour les Harkis (Association justice information et réparation) de préciser  : «  Avant, les seuls qui choisissaient le FN, c’était, pour des raisons historiques, les Harkis. Aujourd’hui, pas mal de jeunes n’hésitent pas à avouer qu’ils ont voté extrême droite aux dernières régionales.  »

Certains revendiquent même ouvertement leur proximité politique et idéologique avec l’extrême droite et souhaitent «  une coopération entre franchouillards musulmans et militants nationaux de souche  », selon les propos d’Albert Ali alias Abdelaali Baghezza, ancien dirigeant des JMF (Jeunes musulmans de France), mouvement affilié à l’UOIF (Union des organisations islamiques de France, proche des Frères musulmans). Le Pen a permis de lever le tabou du racisme ordinaire, même chez ceux qu’on croyait immunisés. «  Qu’est ce que les gens font de ce qu’on leur fait  ?  », s’interrogeait Hannah Arendt. «  Victime d’un discours qui stigmatise, tu stigmatises à ton tour, répond en écho Mohamed Bensaada, président de l’association Quartiers Nord/Quartiers forts”. Dans les quartiers, les gens sont tellement désespérés, fragilisés y compris dans leurs propres perceptions identitaires, que certains sont prêts à prendre l’identité qu’on leur propose.  »

Le FN moins sournois que la gauche

Difficile de contester l’influence grandissante du FN chez les Français issus de l’immigration maghrébine. On se souvient de l’affiche électorale du FN, lors des présidentielles en 2007, qui représentait une «  Beurette  » incitant à voter FN. Une manière pour le parti de Le Pen de montrer sa volonté de capter un nouvel électorat désorienté, celui des communautés. Mourad Goual, ex-élu UMP de Marseille, l’affirme sans complexe  : «  pour les Beurs, l’extrême droite est bien moins dangereuse que la gauche. La gauche est sournoise.  » Et celui qui n’avait pas hésité à porter plainte contre des élus de son camp pour «  incitation à la haine raciale  », avant de claquer la porte de la majorité présidentielle, de poursuivre laudateur  : «  le Front national a été le premier parti de France à donner un mandat électif à un Arabe  ».

Rachid, l’air exténué, est un Français d’origine algérienne. Installé à Marseille depuis 1984, «  crevant de voir ses enfants vivre dans un centre ville pourri  », il explique sans problème avoir déjà voté pour Le Pen. «  Il faut remettre de l’ordre dans tout ça. Stopper l’immigration pour que ceux qui sont déjà là puissent vivre  », proclame-t-il sans s’étendre davantage. Crier sa rage en glissant dans l’urne un bulletin de haine. Najat, connaît. Française de 34 ans, divorcée, elle est au chômage depuis un an et mère de deux enfants, «  tous bien intégrés  ». Elle avoue sans ambiguïté sa proximité avec les idées de Le Pen, sans être adhérente. Elle est «  fière  » de faire partie de la cohorte des électeurs anonymes du FN. Elle a l’impression qu’il n’y en a que pour les autres  : «  C’est d’abord les familles à problème. Nous, on passe toujours après  !  »

«  Patriotes  » musulmans antisionistes

«  Tolérez mon intolérance  », disait Jules Renard. «  Le phénomène est bien connu, c’est ce qu’on pourrait appeler le désarroi du petit peuple, commente Jean Viard, sociologue désormais élu apparenté PS. Ils ont l’impression qu’on ne prend pas en compte réellement leurs problèmes de vie quotidienne. Il y a aussi le phénomène qu’on retrouve dans toutes les vagues d’immigration  : le dernier entré ferme la porte  !  » Signe des temps, la venue à Marseille, sur l’invitation de la Cobema (Communauté arabo-berbère de Marseille) d’Alain Soral, le sulfureux président de l’association «  Égalité et Réconciliation  » créée en 2007. Alain Soral, écrivain jadis communiste, a depuis bien longtemps traversé l’échiquier politique pour rejoindre son camp  : l’extrême droite. Proche de Dieudonné, un temps membre du comité central du Front national, il a pour ambition de créer une alliance entre «  nationalistes  » et «  musulmans  ».

Les 300 personnes présentes ce dimanche 27 février, qui s’échangent d’intenses regards multiculturels, ne semblent pas trouver farfelue l’idée d’une union islamo-nationaliste. Il s’appelle Nabil, la trentaine, pâtissier de profession. Portant à la fois une courte barbe de fidèle musulman et un tee-shirt à l’effigie du Che, il tient un discours nationaliste et franchement anti-immigrés. Une sorte de pacte Molotov-Ribbentrop, la fameuse alliance germano-soviétique, à lui tout seul  ! «  Soral, c’est un nationaliste, s’enthousiasme Nabil. Il fédère à la fois les musulmans et les gens qui ont de vraies valeurs chrétiennes. Comme moi, il est contre l’immigration de masse et pour les patriotes.  »

Alain Soral, justement, s’adresse à une salle d’avance acquise  : «  Nous refusons de valider le conflit de civilisation. C’est un piège pour affaiblir l’Europe. C’est pour ça que nous tendons la main à tous ceux qui refusent ça, y compris aux musulmans. Je m’appuie sur les tous les patriotes.  » Et de lancer, autosatisfait  : «  Je suis là pour faire monter le niveau de conscience politique  !  » Il y a manifestement des choses à savoir et des gens qui savent  ! Pour le reste, bienvenue dans une réunion de l’extrême droite la plus classique  : on y cause de complot mondial et on y fustige, pêle-mêle, la Franc-maçonnerie, le sionisme, le capital… Comme un poisson dans son bocal, Alain Soral débat et discute, avec la Nation comme totem récurent et les musulmans comme nouveaux alliés.


Par Rafi Hamal

@-Leravi - http://www.leravi.org