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Bagatelle chez les seniors

le 20/09/2011

La France vieillit. Pourtant, le sexe dans les maisons de retraite dérange encore. Y aurait-il donc un âge pour arrêter de batifoler ?

Le sexe est-il encore tabou dans les maisons de retraite ? « On remarque une évolution grâce aux formations mises en place », explique Claudine Badey-Rodriguez, psychologue et spécialiste du vieillissement, auteur de La vie en maison de retraite. « Les établissements sont envahis par les médias qui ne pensent qu’au sexe », confie Dominique Lahalle, membre d’ADIPA 13, antenne départementale de la Fédération nationale des associations de personnes âgées en institution et leur famille. « Les relations intimes sont basées sur la recherche de tendresse, l’envie de donner une bonne image de soi et de retrouver à nouveau le regard de l’autre », souligne Isabelle Orlandini, présidente de la Fédération des directeurs d’établissements et services des Bouches du Rhône.

Est-ce toujours de la sexualité ? « Oui, comme des gamines de 11 ans qui ont un amoureux et sont impubères », ironise Dominique Lahalle. La plupart du personnel soignant a droit à une formation spécifique, mais qui reste optionnelle. « En principe, les règlements de fonctionnement obligatoires dans tous les établissements doivent comporter des clauses visant à protéger les résident(e)s, leurs familles et leurs amis. En pratique, cela se limite à interdire au personnel d’entrer sans frapper et à inciter les résidents à mettre un post-it sur leur porte pour ne pas être dérangés », informe Dominique Lahalle. Les établissements ont un rôle à jouer  lorsqu’un couple comporte une personne souffrant de troubles psychologiques. Son degré de consentement doit être évalué. « Nous faisons preuve de vigilance et s’il y a le moindre problème, nous intervenons », explique Claudine Badey-Rodriguez.

« On va faire une sieste crapuleuse »

Certaines personnes âgées continuent à avoir des pratiques sexuelles et ne s’en cachent pas. Fernand A., 78 ans, et Renée J., 81 ans, se sont rencontrés en maison de retraite. « Ça fait trois ans que nous sommes ensemble, un jeune couple encore balbutiant », s’exclame Renée. Fernand : « Nous nous sommes rencontrés dans une maison pour vieux, j’ai de suite été attiré par Renée et j’ai eu du mal à conquérir son cœur ! » Les deux tourtereaux, veufs d’un premier mariage, sont entrés en établissement sur demande de leur famille. Parler de sexe ne les gêne pas. Fernand avoue même avoir des relations sexuelles au moins une fois par semaine pour se « sentir encore en vie ».

« J’ai eu récemment l’exemple d’un couple qui disait « on va faire une sieste crapuleuse », avant de monter dans leur chambre », s’amuse Isabelle Orlandini. Fernand et Renée ont fait le choix de quitter leur maison de retraite ensemble et de s’installer dans un petit appartement marseillais. « C’est à cause de nos familles. Elles faisaient pression auprès du chef d’établissement pour qu’il nous sépare », confie Renée. Leur cas est loin d’être isolé : certains enfants de pensionnaires s’opposent à ce qu’ils aient des relations sentimentales ou sexuelles. « On a déjà eu des plaintes. Nous devons alors négocier avec la famille qui est reçue par le médecin et le psychologue des établissements », explique Isabelle Orlandini. A la source du malaise ? «  Un héritage est parfois en jeu ou un sentiment de frustration lorsque la personne âgée est veuf(ve), évoque Claudine Badey-Rodriguez. Mais c’est surtout une question d’acceptation de la sexualité chez les seniors. » Nos papis et mamies encore verts profitent jusqu’au bout de leur vie ! Mais en aurons-nous encore la force lorsqu’il faudra travailler jusqu’à 77 ans ?


Lucie Legeay

@-Leravi - http://www.leravi.org