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"Vous êtes en train de nous enfumer !"

Apt : conseil municipal du 27/09/2011
le 16/11/2011

Tous les mois, un grand reporter du Ravi « teste » incognito un conseil municipal dans une ville ou un village de notre belle région... Dans le numéro de novembre, nous sommes allé à Saint Raphaël (83). En septembre, nous étions à Apt (84) dont nous publions ici le compte rendu.

18 h 56 La salle du conseil est minuscule. En se glissant entre les trois fauteuils et les deux bancs dévolus au public et collés aux sièges des élus, un conseiller municipal s’amuse  : «  On dirait que c’est fait pour que personne n’assiste au conseil.  » C’est peu dire  : il faut aussi un code pour ouvrir la porte de la mairie, logée dans les murs de la sous-préfecture du Vaucluse.

19 h 01 Physique d’arrière de rugby (qu’il a pratiqué), chemisette blanche, jeans, cheveux poivre et sel coupés courts, Olivier Curel, maire PS élu en 2008, se sert un verre d’eau. Une voix tonne  : «  Il est 19 h 05  !  »

19 h 02 Lunettes sur la tête, l’agriculteur de 51 ans, qui a repris la ferme familiale en 1997 après être passé par la culture, allume son micro et rectifie  : «  Il est 19h, je vous demande de regagner vos places pour que nous puissions ouvrir le conseil.  »

19 h 12 Après avoir listé ses décisions prises pendant l’été, Olivier Curel attaque l’ordre du jour. Corinne Paiocchi, conseillère de groupe d’opposition DVD, tendance Nouveau Centre, l’interrompt. «  Il me semble qu’habituellement vous nous demandez si nous aurons des questions orales en fin de séance  », rappelle sèchement cette quinqua gironde et blonde patinée – tailleur-pantalon rose pâle et blanc – qui semble avoir passé l’été sous une lampe à bronzer. Le maire, mi-poli mi-sarcastique  : «  Excusez-moi cette bévue.  » Ambiance…

19 h 20 Olivier Curel achève la présentation de la future «  Plate-forme mobilité  » de la ville (délibération 2), en gros une base de covoiturage, en relevant ses lunettes  : «  Y a-t-il des questions ou des remarques  ?  » André Lecourt (DVD), chemise claire à fines rayures et col blanc ouverte sur une chaîne en or, attaque  : «  Il va être situé où  ?  » L’agriculteur  : «  À la gare routière.  » L’élu d’opposition s’énerve  : «  On ne va pas mettre une chaise sur la place  !  » Curieusement, Corinne Paiocchi reste muette. L’ancienne adjointe d’Armand Doucende, maire d’Apt démissionné en 2006 après cinq ans de mandat à la suite d’une condamnation pour corruption, dénigrait pourtant le projet le matin même sur sa page Facebook. Concluant  : «  [Le maire] est dans le “paraître” en permanence… Mais nous allons nous occuper de son ego surdimensionné (sic)… pas plus tard que ce soir…  » L’ensemble de son groupe n’est cependant pas à l’unisson  : Christian Panot, un petit retraité en polo noir, vote la délibération pendant que ses trois autres colistiers présents s’abstiennent.

19 h 33 Le conseil ronronne. Olivier Curel fait tourner un peu nerveusement un stylo entre ses doigts tout en apportant des «  précisions  » à chaque délibération, lunettes sur le nez lorsqu’il développe, sur les cheveux lorsqu’il passe au vote. De leur côté, ses opposants papotent la main devant la bouche, Dominique Mariani-Vaux, conseiller bonhomme de la majorité, regarde ostensiblement le plafond et Christophe Carminati, jeune et bodybuildé adjoint aux Sports, suit la lecture des délibérations avachi sur sa table, une main sur son crâne presque chauve, qu’il gratte à l’occasion.

19 h 42 Le maire lance un regard inquiet à Hélène Martinez, son adjointe au Social, installée en face de lui. La quadra à queue de cheval le rassure d’un hochement de la tête.



19 h 53 Les délibérations continuent de s’enchaîner sans passion. Mais les tensions sont palpables  : regard noir, André Lecourt est figé dans le fond de sa chaise, bras croisés  ; Corinne Paiocchi poursuit ses conciliabules avec ses voisins et néanmoins camarades.

20 h Le gros temps s’éloigne. Le maire s’emmêle sur le renouvellement de l’adhésion de la commune au réseau Prévigrèle, dont l’objet est indiqué dans le nom, qu’il requalifie de «  prévigrève  »  ! Succès assuré. Un peu gêné, le maire conclut  : «  Merci pour les quelques agriculteurs qui résistent.  » On n’est jamais aussi bien servi, etc.

20 h 08 La météo tourne de nouveau à l’occasion de ventes de parcelles communales (délibérations 14 à 16), autre sujet des sarcasmes de Corinne Paiocchi sur la Toile. Dès l’examen de la première, la radicale embraye  : «  J’ai une question.  » Le maire  : «  Maintenant  ?  » La blonde, curieusement  : «  Non, après le vote de la délibération.  » André Lecourt attaque quand même  : «  Quel intérêt d’effectuer cette opération si ce n’est de vendre les bijoux de famille  !  » Des «  bijoux  » bien modestes comparés à ceux vendus par son camp à Aix-en-Provence, Avignon ou Marseille… Bruno Bouscarle s’amuse d’ailleurs  : «  Ce terrain est à l’abandon. Il est situé dans un lotissement et est constructible.  » Le maire complète  : «  C’est en cohérence avec notre Plan local d’urbanisme  : boucher les dents creuses pour éviter l’extension de la ville. Sans oublier que le terrain est raccordé à tous les réseaux.  » Corinne Paiocchi ne désarme pas  : «  Il y a un projet derrière  ?  » Le maire  : «  L’équilibre du budget.  » La radicale s’énerve, l’agriculteur tranche  : «  Ok, il y a d’autres questions  ?  »

20 h 12 Après une courte pause, Corinne Paiocchi remonte dans les tours. L’élue s’en prend cette fois au directeur de cabinet du maire, qui a tenté d’intervenir. La radicale est furibarde  : «  Vous êtes en train de nous enfumer  ! À chaque fois vous intervenez, ce n’est pas possible, ce n’est pas votre rôle  !  » Le maire la coupe  : «  Merci, merci, merci  !  » Et de préciser  : «  Cette vente a été décidée à l’unanimité par la commission urbanisme.  » Histoire de rappeler mesquinement à son opposition son absence à ces réunions de préparation du conseil  ?

20 h 16 Délibération 15. Nouvelle vente. Olivier Curel  : «  Les mêmes choses produisent les mêmes effets…  » Son opposition ne bronche pourtant pas.

20 h 17 Une quadra aux cheveux bruns entre discrètement dans la salle du conseil. Une privilégiée certainement…

20 h 23 La trêve ne dure pas. Pendant que le directeur de cabinet sort passer un coup de fil, Marie Rambaud, une petite blonde au regard franc, première adjointe chargée de la Culture, annonce le «  clonage  » de deux statues antiques découvertes à Apt en 1721, aujourd’hui propriété anglaise, et détaille le subventionnement espéré. Une nouvelle fois, André Lecourt attaque  : «  Est-ce vraiment judicieux de mettre 50 000 euros pour des copies en résine alors qu’il y a plein d’objets à restaurer au musée d’Apt  ?  » L’élue, qui vient de chausser des lunettes bleues  : «  Ce sont des œuvres exceptionnelles, qui font partie d’un ensemble…  » Le DVD  : «  C’est de l’argent public  !  » La première adjointe  : «  La culture a besoin d’argent public.  » André Lecourt  : «  La culture a bon dos…  » Marie Rambaud choisit de couper court, maline  : «  Une précision, cette délibération a été approuvée à l’unanimité en commission Culture.  » Une nouvelle fois Christian Panot fait scission  : il approuve la délibération alors que ses camarades votent contre.

20 h 31 Questions orales. La maire interroge  : «  Guigou, c’est le terrain  ?  » Corinne Paiocchi toujours aussi cassante  : «  Non, la donation. Quand va-t-elle être finalisée  ?  » Mairie Rambaud explique  : «  Le donateur s’est abstenu. Il souhaite, rêve que la ville aménage un musée dédié à Paul Guigou [peintre du XIXe siècle né à Villard, dans le pays d’Apt, Ndlr] avec une plaque à son nom. Mais ça n’est pas raisonnable.  » Et d’enchaîner, vacharde  : «  La municipalité précédente…  » La radicale coupe  : «  Ce n’est pas le sujet  !  » «  Ses toiles n’en valent pas la peine. Il y a en a peu et elles ont la taille du cul d’une boîte de cigares  », poursuit Olivier Curel, les doigts formant un petit rectangle. La fin de la discussion s’achève dans un brouhaha qui semble agacer Jean-François Dore. L’adjoint à la Vie associative a déjà ses affaires rangées et patiente debout, les mains sur le dossier de sa chaise.

20 h 39 Le maire lève la séance. Sortie rapidement, Corinne Paiocchi bougonne (toujours) sur la terrasse de la préfecture  : «  C’est pas possible  !  »

Par Jean-François Poupelin

Fiche technique

Apt (84)

11 144 habitants (2008).
Zéro fleur au Concours des villes et villages fleuris.
Zéro caméra de vidéosurveillance.
18,7 % de Logements sociaux (2010).
22,29 % pour Jean-Marie Le Pen au second tour des dernières élections régionales.

Le maire : Olivier Curel (PS), depuis mars 2008. 51 ans. Agriculteur.

La majorité :
Un groupe de 27 conseillers de la liste « Apt, un pays pour agir » (PS).

L’opposition :
Six conseillers de la liste « Apt passionnément » (DVD).

Le conseil municipal soumis au test du Ravi :
Durée : 1 heure 34 minutes.
Présents : 18 élus de la majorité, 4 élus d’opposition.
Temps de parole cumulé de l’opposition : 9 minutes.
Le public : 4 personnes, journalistes compris.

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