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Un tram onéreux en guise de vitrine électorale

Avignon
le 16/04/2012

Deux lignes de tramway devraient voir le jour d’ici 2016 alors que le réseau de transports en commun est sous-utilisé. Un gadget coûteux ou un pari audacieux ?

Un tramway à 250 millions d’euros, écran de fumée «  bling-bling  » à l’approche d’une échéance électorale qui prolongerait le règne de Marie-Josée Roig – maire depuis 1995 – de six années  ? Une question qui n’aurait pas autant d’importance si la Communauté d’agglomération du Grand Avignon (COGA) ne pâtissait pas d’un cruel manque de fréquentation de ses transports publics  : 5 % seulement des 180 000 habitants les utilisent  ! «  Les deux lignes de tramway qui verront le jour en 2016 constitueront l’épine dorsale du réseau avec un objectif d’augmentation de la fréquentation de 70 %  », indique Ludovic Morel, directeur de la communication à la COGA.

Le financement du projet repose d’abord sur des aides de l’Etat et des collectivités (50 millions d’euros dont 30 du Grenelle de l’environnement). Puis sur le versement transport (VT) à hauteur de 70 millions d’euros, une taxe sur la masse salariale des entreprises de plus de neuf salariés. Un emprunt de 130 millions sera ensuite souscrit mais la COGA compte le financer grâce aux futures annuités de ce même VT. Bref, «  pas question d’augmenter la fiscalité des ménages pour supporter le coût du tramway  », annonce-t-on au Grand Avignon.

Jean-Pierre Cervantes, président de l’association écologiste CREAvignon et membre d’Europe Ecologie-Les Verts, miserait plutôt sur une gratuité du réseau pour convertir les Avignonnais  : «  Nous avons calculé que sa mise en place coûterait environ quatre millions d’euros par an et qu’elle pourrait attirer deux fois plus d’usagers. Il faudrait mieux investir sur ce qui est déjà existant, augmenter la fréquence des bus, le nombre de lignes, qu’ils roulent plus tôt le matin pour les actifs… Le projet fait vitrine, mais il n’y a eu aucune concertation sur les alternatives et leurs efficacités respectives.  »

Le choix d’investir dans tel ou tel mode de transport et d’autant plus crucial que la COGA doit s’étendre dans les années à venir pour accueillir 12 communes et 80 000 habitants de plus. Cécile Helle, conseillère municipale d’opposition PS et vice-présidente au conseil régional, estime le tram déjà obsolète. «  Il est sous-dimensionné par rapport aux besoins de l’agglomération. A cette échelle, le train, qui deviendrait une sorte de RER, serait beaucoup plus approprié et totalement financé par la région, remarque celle qui se verrait bien succéder à Marie-Josée Roig. En ce qui concerne le cœur urbain, le bus à haut niveau de service (BHNS, ndlr) me semble être une solution beaucoup moins onéreuse, trois fois moins selon mes collègues spécialistes du transport à la région. On risque de voir apparaître un réseau à deux vitesses où la périphérie serait écartée pour proposer un tramway à la mode. Nous nous battrons jusqu’au premier coup de pioche  !  »

Ludovic Morel assure que la collectivité ne cherche pas à «  opposer les différents modes de transports mais à les rendre complémentaires. Reste que le tramway est plébiscité dans de nombreuses villes françaises et demeure beaucoup plus attractif que le BHNS, du simple au double selon nos études. Et au niveau du coût, calculé sur 30 ans, le tram reviendrait seulement 8 % plus cher  ». L’enquête publique devrait être rendue en octobre prochain pour un début de travaux l’année prochaine. 2014 approche à grands pas, les jeux sont faits, rien ne va plus.

Clément Chassot

@-Leravi - http://www.leravi.org