Quand le sexe rencontre l’écologie

le 29/06/2012

Sexe écolo hétéro d’un côté, tribalisme « lesbigay » au grand air de l’autre, petit panorama ravissant des dernières tendances bio et estivales…

Le sexe a toujours été tendance. Nouveaux paradigmes obligent, il se colore aujourd’hui de vert : le plaisir est devenu un défi écologique. En 2002, Greenpeace sort un petit « guide de la sexualité écologique », histoire de booster sa libido tout en restant écolo. En Norvège, une association écologique d’un genre nouveau, répondant au nom poétique de « Fuck for forest », expérimente selon ses propres mots « la puissance de la sexualité dans le but de sauver la nature ». Elle a créé un site internet et vend des films pornos afin de lever des fonds pour secourir la forêt tropicale. Une filière pour une « sexualité ludique » à dimension charitable ! À 12,80 euros la vidéo, si l’écolo a une éthique, il a aussi un pouvoir d’achat. Des commerçants ont vite compris qu’en flattant le premier, ils profiteraient du second, d’où une inflation de quincailleries labellisées écolo.

« L’approche marchande et le capitalisme vert s’emparent de tout », soupire Sébastien Barles, directeur de campagne d’Europe Ecologie lors des dernières élections régionales. Les sex-shops, « ces épiceries du cul » selon l’expression du sociologue Baptiste Coulmont, se verdissent également (1). Les objets sont toujours aussi… figuratifs, mais la matière, elle, s’assainit.

« Le capitalisme vert s’empare de tout »

A Marseille par exemple, la boutique 1969 spécialisée en « curiosités désirables », traduisez godemichets, n’hésite pas à dégainer l’argumentaire écolo. « On a choisi de vendre certains sex toys, comme le « Gigi de Lelo » parce qu’ils sont avec chargeurs et sans piles, c’est plus écologique. Certaines clientes sont sensibles à l’argumentaire », affirme sans rire Fabienne, la directrice.

« Sex sells », comme disent les Anglo-Saxons : « le sexe vend », alors certains ont des idées. Marc Dannam, sympathique hurluberlu, a publié un petit manuel Osez le sexe écolo à l’usage des gens soucieux de laisser une empreinte écologique minime après des ébats fougueux (2). « Le développement durable devient la règle dans tous les domaines de la société, donc le sexe aussi », explique-t-il. S’ensuit tout un prêchi-prêcha sur les vertus « du préservatif biodégradable, sur l’avantage de remplacer les sex toys par des… fruits de saison pour vos jeux coquins, sur l’opportunité de draguer mais… en vélo ».

Et si l’appel non pas de la forêt mais de la vie conjugale vous titille, amour-bio.com est là. Site spécialisé dans les rencontres bio « pour partager une vie saine » et accessoirement se taper un amant végétarien. Les anges n’ont semble-t-il pas de sexe. Les veinards…


Rafi Hamal

 

Camping, sex and sun


Désormais, les « lesbigays » (lesbiennes, bi et gays) ont leurs campings. Un moyen sûr d’aérer son corps. Et des lieux propices aux étirements de toutes sortes qui font leur timide apparition dans la région. Réservés à une clientèle exclusivement gay ou lesbienne, ils sont une planète à part. Au pied des fameuses Dentelles de Montmirail, dans le Vaucluse, on trouve une petite prairie engageante et des propriétaires engagées. « Nous permettons à certaines filles de vivre, parfois même d’assumer leur identité sexuelle sans crainte des regards, expliquent Martine et Michèle, gérantes du camping de la Beaumes-de-Venise. Nous avons fréquenté les campings classiques, mais les regards goguenards, voire incrédules lorsque nous étions ensemble nous ont vite agacé. C’est pour ça qu‘aujourd’hui on préfère être entre nous. »

Y-a-t-il des risques de repli communautaire ? « Non, ça ne dure qu’un moment, le temps des vacances, commente Annick, présidente de l’association gay Caram’elles à Nice. Il y a un vrai plaisir à se retrouver entre soi quelques jours. Vous savez, la tribu gay et lesbienne aime vivre aussi la discrétion. » Pour vivre heureux, vivons cachés ? « C’est un choix qui a de plus en plus de succès, confie Martine, notre gérante dans le Vaucluse. En 10 ans, on a doublé notre chiffre prévisionnel. Notre clientèle est à 90 % lesbienne. On accepte des garçons homos mais peu, car ils sont en général plus extravertis que les femmes. Ils ont aussi moins de retenue, leurs pulsions sont trop voyantes, voire trop bruyantes. »

Sur place, certaines lesbiennes semblent adeptes du « less is more » (moins c’est mieux), à commencer par les vêtements. Car ici, les zigouigouis s’offrent à la vue de tous. Pour cause : l’endroit est un lieu naturiste. Et à l’évidence, nous sommes loin de l’image stéréotypée de la lesbienne, taillée comme un soldat de l’infanterie russe ! Pour ceux qui pensent que ce genre de camping est synonyme de lumpenprolétariat gay, Martine et Michèle, intarissables, précisent : « La grande majorité de nos clientes est composée de cadres, 80 % issues de l’Education nationale et le reste de professions médicales. »

Loin des tranquilles goudous provençales, les garçons aussi s’organisent. Le tour opérateur Attitude travel, 100 % gay, a proposé de réserver l’intégralité du camping Secrets de Camargue, du 26 juin au 3 juillet, pour une semaine 100 % gay. Une sorte de « the places to be » (NDLR réseau social sur internet) pour tous les gays qui veulent batifoler entre eux. « L’opération sera renouvelée chaque année », annonce Frédéric Sauvaire. Au programme : le DJ du Queen, des animations spécifiquement gays et un…jeu de boules ! Le sexe se tribalise avec des hordes sans-culotte sifflotant une carmagnole d’un genre nouveau…


(1) Osez le sexe écolo, par Marc Dannam, éditions La Musardine
(2) Sex-shops, une histoire française, par Baptiste Coulmont, éditions Dilecta.

@-Leravi - http://www.leravi.org