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Tribune libre
le 11/05/2013

Joël Gombin, doctorant en sciences politiques à l’université d’Amiens, mène une étude comparative des votes FN en Paca. Notre région, si elle n’est plus celle qui vote le plus pour l’extrême droite en France, demeure une terre à forts enjeux pour le parti de Marine Le Pen. A l’horizon : les municipales.

«  Heureux comme Le Pen en Provence  », telle aurait pu être durant longtemps la devise du Front national. Dès les premiers succès électoraux d’ampleur du Front, lors des élections européennes de 1984, Provence-Alpes-Côte d’Azur offre au parti de Jean-Marie Le Pen son meilleur résultat - 19 % des suffrages exprimés, contre 11 % en moyenne nationale. Paca confirme sa première place au hit parade des régions frontistes lors de l’élection présidentielle de 1988. Cependant, dès 1995, Paca se fait piquer sa pole position par l’Alsace
-  elle la regagne toutefois au deuxième tour de la présidentielle de 2002 : Jean-Marie Le Pen réunit presque 28 % des suffrages exprimés. En 2012 toutefois, Paca ne pointe plus qu’à la quatrième place nationale. La Picardie, la Corse, Champagne-Ardenne - et même le Languedoc-Roussillon si on raisonne en pourcentage des inscrit - devancent notre région.

Pourtant, dans les représentations médiatiques comme dans l’imaginaire politique de nos concitoyens, l’image d’une région Paca bastion du Front national demeure. Le fait est que, si le classement statistique ne nous place « plus » qu’en quatrième ou cinquième position, l’implantation locale du Front y demeure plus forte que partout ailleurs. Ainsi, lors des élections législatives de 2012, la région retrouve, sans ambiguïté, sa première place, avec 21,5 % des scrutins. Le taux de transformation (au sens rugbystique du terme) entre la présidentielle et les législatives y est meilleur que dans les autres régions. De plus, le succès du Front est très inégal sur le territoire régional, et monte très haut à certains endroits, comme dans le Vaucluse (34,6 % au 1er tour pour Marion Maréchal-Le Pen) ou les Bouches-du-Rhône (presque 30 % pour Stéphane Ravier dans la 3ème circonscription, à Marseille), tandis que l’audience électorale du FN demeure limitée dans les départements alpins.

Ces résultats - entre autres indices - traduisent l’état avancé de recomposition des droites régionales. Ici plus qu’ailleurs, les complicités entre droite dite républicaine et droite extrême sont anciennes : dès 1986, elles dirigent ensemble le Conseil régional. De ce fait, le Front national apparaît comme une offre politique légitime, parfois la principale offre politique de droite. La fusion des électorats est largement avancée, y compris lors de scrutins autrefois marqués par le poids des notabilités et des liens personnels, comme les élections cantonales.

Dans cette perspective, les élections municipales de 2014 marqueront un enjeu essentiel, aussi bien pour le Front que pour les droites parlementaires. La pression à la base sera forte pour que les droites s’unissent, mais provoquera aussi des tensions fortes au sein des appareils partisans non seulement à l’UMP, mais aussi au Front, dont il n’est pas certain que l’intérêt objectif soit toujours de remporter des mairies. Il faudra alors suivre de près ces élections, non seulement dans des communes que le FN pourrait conquérir (Carpentras, Cavaillon...), mais aussi à Marseille, où Stéphane Ravier tentera assurément de s’imposer comme arbitre entre une gauche et une droite dont le rapport de force est équilibré.

Joël Gombin

@-Leravi - http://www.leravi.org