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Les gnons font la force

Municipales 
le 5/07/2013

C’est décidé : les primaires seront socialo-socialistes à Aix-en-Provence et Marseille. EELV et le Front de Gauche y partiront en autonomie comme dans de nombreuses villes en Provence Alpes Côte d’Azur. Histoire de se compter. Et de peser. Petit tour d’horizon régional.

A un an des municipales, la politique est bien le prolongement de la guerre par d’autres moyens. A Marseille et à Aix, non contents d’avoir fermé la porte des primaires au seul parti qui voulait y participer - le Modem (cf encadré) - l’appel des tuteurs de la fédération du PS 13 (1) à les ouvrir aux autres « partis de gauche » n’a guère été entendu. Même les radicaux de gauche marseillais renâclent à l’idée de jouer les forces d’appoint. Pas étonnant vu les tensions au national. Ainsi, Europe écologie les Verts (EELV), lors de son université d’été, fin août à Marseille, ira jusqu’à s’interroger sur sa participation au gouvernement. Toutefois, municipales obligent, les choses sont, localement, un peu plus complexes. D’autant qu’il est, nous dit-on, encore « un peu tôt  »...

Mais, chez les Verts, c’est déjà le bordel ! Pourtant, le 4 mai, les militants marseillais ont adopté à 98 % (!) le lancement de listes autonomes, la question des têtes de listes devant intervenir à la rentrée. Sauf que Karim Zéribi, député européen EELV, a fait savoir qu’il serait, quoi qu’il arrive, candidat aux municipales ! Au grand dam d’un Sébastien Barles, porte parole régional EELV, dont le collectif des Gabians, où l’on trouve des élus Front de Gauche ou Modem, donne des boutons à certains malgré une volonté d’ouvrir les listes au « peuple de l’écologie »...

Valeurs et pratiques

De quoi donner des suées au secrétaire régional écolo, Denis Grandjean. Car, si, face à la « bataille d’égos » qu’ils dénoncent au PS, les Verts veulent avant tout s’entendre sur un « projet », des egos, il y en a aussi chez eux. L’élu préfère mettre en avant les «  dynamiques militantes  » (comme à Istres) et les envies de « renouvellement  », comme à Aubagne où il pourrait mener la bataille «  parce que si l’on partage les valeurs de la ville, ce n’est pas le cas des pratiques  ».

En revanche, dans le Var, «  c’est une terre si à droite et le risque FN est si fort que l’on va se concentrer sur la construction d’une dynamique pour renforcer la gauche  », explique le secrétaire régional EELV, n’évacuant toutefois pas la possibilité d’une liste à la Seyne-sur-Mer, seule grosse ville, avec Brignoles, à être dirigée par la gauche. Même raisonnement dans le « 06 », sauf à Mouans-Sartoux où André Aschiéri devrait rempiler, les départements alpins pouvant offrir aux écolos de belles opportunités. Quant au Vaucluse, si le risque FN est très fort, au Thor, Denis Grandjean «  espère un rassemblement de toute la gauche, le PS ayant là-bas une dette envers nous  », le maintien aux dernières législatives du socialiste ayant éliminé le maire écolo Jacques Olivier. En revanche, dans cette pétaudière qu’est Avignon, c’est le flou le plus complet.

Au Front de Gauche, aussi, ça s’agite. Et pas simplement parce qu’à Marseille, Anna Rosso-Roig est passée, des législatives 2012 aux municipales 2014, d’un Front à l’autre... Certes, dans les bastions rouges, c’est simple, la priorité, c’est la reconduite des équipes actuelles. Avec, comme à Gardanne, s’enorgueillit-on, «  le soutien de nos camarades socialistes ». Mais aussi, comme à Martigues, des dissidences récurrentes avec l’ancien maire, l’insubmersible Paul Lombard. Pour le reste, comme chez les Verts, ne parlez pas de « tête de liste » à l’heure où ce qui compte, ce sont les « assises  » pour définir le projet. Ce qui est sûr, dixit le patron du PC 13, Pierre Dharréville, c’est que «  les primaires, c’est pas notre truc. C’est une démarche en trompe-l’œil. Sous couvert de participation, c’est un entonnoir politique, sur fond de personnalisation et de bipolarisation.  »

Pour le communiste marseillais Christian Pellicani, «  la vraie primaire, ce sera le premier tour. Après, on verra comment faire le rassemblement  ». Mais, si la désignation des têtes de liste doit se faire à la rentrée, le calendrier s’est depuis quelque peu accéléré. Et, pour Pellicani, son poulain, c’est, sans hésitation, « Jean-Marc Coppola  », le vice-président PCF du Conseil régional.

Ententes et fâcheries

Reste qu’il va falloir composer. En interne d’abord puisque, entre le PC et le PG, vient de se créer le «  trait d’union  », un «  club des cinq », dixit le conseiller régional Jacques Lerichomme, censé agréger, entre autres, la Fase, Gauche unitaire, les alternatifs... Mais aussi et avant tout en externe. Ça tombe bien, au PC, la consigne - «  créer, en tenant compte du contexte, les conditions pour un rassemblement le plus large possible  » - est assez floue pour être interprétable à l’envi.

Illustration dans le Vaucluse où, d’après la secrétaire départementale du PCF, Fabienne Haloui, «  il y aura tous les cas de figure. A part à Avignon où, comme les autres, on va nous aussi présenter une liste, dans les autres villes, ce ne sera qu’après avoir discuté avec nos partenaires qu’on saura, en octobre, si on monte ou non des listes autonomes. D’autant que, face au FN, le front républicain n’est pas forcément le plus efficace puisqu’on est parfois plus forts en faisant entendre notre diversité.  »

Au risque de se prendre quelques retours de bâton du PS ? « On n’a pas encore eu d’écho allant en ce sens mais, avoue-t-on au PC, c’est un risque dont il faut tenir compte.  » Un membre de Renouveau PS 13 commentant, perfide : «  On voit l’attitude du PC au CG 13. Autour de l’étang de Berre, les élus savent grâce à qui ils gardent la tête hors de l’eau.  » Et donc les limites à ne pas dépasser.

En outre, si, au sein des Gabians à Marseille comme de « l’appel des 12 » à Aix, entre le Front de Gauche et EELV, c’est l’entente cordiale, les sujets qui fâchent ne manquent pas. Comme la métropole... D’autant qu’il y a, chez les Verts comme chez les rouges, derrière la volonté de rassembler, celle de se compter pour ensuite peser. Commentaire de Pellicani : «  Au sein des Gabians, on travaille sur des bases claires. Ce collectif dépasse les municipales. Et y participer ne préjuge en rien de notre attitude aux élections. »

A un an des municipales, cocos et écolos peuvent même s’enorgueillir de co-organiser, avec la gauche du PS, à la mi-juin à Paris, les «  assises pour une refondation sociale et démocratique  », un événement auquel pourrait même participer, nous dit-on, Christophe Borgel, pourtant chargé par Solférino de mettre de l’ordre dans le PS 13 ! Il n’empêche, la rentrée sera forcément chaude. Et Jean-Luc Bennahmias du Modem d’avouer : «  Vivement les européennes. Là, c’est simple. Vu le scrutin, chacun part dans son coin !  »

Sébastien Boistel

(1) Malgré nos nombreuses demandes, ni «  Starsky  » ni «  Hutch  », alias Fontanel et Borgel, envoyés par Harlem Désir pour administrer la fédération sous tutelle, n’ont daigné répondre au Ravi. Nous boycotteraient-ils ?

Au milieu... de nulle part ?

Incapables de répondre sur Guérini, les tuteurs du PS 13 savent se montrer fermes... avec le Modem quand il s’agit de fermer la porte des primaires. Cette formation, d’après les « Starsky et Hutch » de Solférino, n’étant pas « classifiée à gauche ». Soupir du député européen Jean-Luc Bennahmias : « Ils font une erreur. Mais bon, on va pas se mettre à genoux. » A voir car, dans leur « démarche de rencontres » où ils ne veulent, dixit Christophe Madrolle, vice-président Modem à Marseille Provence Métropole, fermer « aucune porte », les centristes marseillais se sont fait remarquer au meeting du patron PS de MPM, Eugène Caselli, pour lequel ils ne tarissent pas d’éloges. Chez eux, ce n’est pas l’envie de partir en solo qui taraude : « Si on est obligé, on le fera. Mais bon, Marseille, c’est 8 secteurs, 400 000 euros de campagne… Et avec 3 ou 4 %, on existe mais on est en deçà du seuil de remboursement », grimace l’ex-écolo. Pas prêt toutefois à replonger dans la tambouille des Verts : « Discuter avec les Gabians, ok mais quand on voit les difficultés à rassembler des gens aussi différents… » Et de regarder avec envie Aix. Car, selon eux, François-Xavier de Peretti « aurait pu, contrairement à nous, remporter la primaire ». Ce dont il s’enorgueillit lui-même. Tout en assurant qu’avec ses colistiers (Stéphane Salord de Génération Ecologie, Alexandre Medvedowsky du PS...), il n’y a pas de « bataille d’egos ». Reste qu’en attendant la désignation fin juin de leur tête de liste (avec sondage et meeting à l’appui), il piafferait à l’idée de mener une bataille où vient de se lancer le duo Genzana-Chorro. Car au centre, pour ne pas finir au milieu de nulle part, mieux vaut être équilibriste...
S. B.

@-Leravi - http://www.leravi.org