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Deux terrains, un maire, plusieurs possibilités…

le 27/11/2013

La mairie UMP de Carqueiranne est dans le viseur de la justice depuis qu’une enquête a été ouverte en début d’année par le parquet de Toulon pour prise illégale d’intérêt et infractions à l’urbanisme …

Beau Vézé et Beau rivage… Deux jolis noms pour un sacré merdier ! Situés à Carqueiranne (83), face à la mer, ces deux terrains n’étaient au départ que des terres agricoles. Beau Rivage est le seul site devenu constructible avec le POS (plan d’occupation des sols) de 2007. Mais les deux font l’objet d’une enquête ouverte par le parquet de Toulon (1) suite à une plainte pour prise illégale d’intérêt et recel déposée, en octobre 2012, non pas « par un entrepreneur local décédé » comme l’a annoncé Var matin (14/02/13) mais par un homme politique hyérois… Gérard Comparetti. Secrétaire du FN de la 3ème circonscription du Var, c’est lui qui a dévoilé l’affaire. « Ce n’est pas par récupération politique mais pour nettoyer le microcosme des puissants Carqueirannais qui s’octroient tous les droits », nous précise-t-il.

Par ici les bonnes affaires

Dans la tourmente, on trouve l’entourage de Marc Giraud (2), maire UMP de Carqueiranne et 1er vice- président du conseil général du Var, successeur tout désigné à la présidence en 2015. Son fils Frédéric Giraud, son directeur de cabinet Philippe Voyenne, et la directrice de l’urbanisme de la ville Nathalie Peinado, seraient directement concernés dans l’affaire de Beau Rivage. Ils ont pu acquérir des terrains idéalement situés pour pas grand-chose - 580 euros le m2 pour le fils et 300 euros le m2 pour Peinado et Voyenne. Et puisque l’on n’est jamais mieux servi que par soi-même c’est le service que dirige Nathalie Peinado qui a instruit les permis de construire et avait traité aussi le déclassement de 2007... Faut dire qu’ils ont désormais des voisins fort sympathiques puisque Vinci Immobilier construit sur ce même site 70 appartements à 600 000 euros le F4. Par contre les douze logements sociaux prévus initialement se font toujours attendre sachant qu’il en faudrait 700 pour que la municipalité atteigne les 20 % de la loi SRU.

Une affaire qui concernerait aussi Michel Mattesi-Bosso, qui a la double casquette très seyante de promoteur immobilier et d’expert-comptable. Si l’on en croit l’acte de vente du 23 avril 2010, il a acheté via sa Sci Lindos, à la famille Guiol, horticulteur et propriétaire initial des deux sites, des terrains encore moins cher à 150 euros le m2. Chose peu courante tout de même, le contrat de vente stipule que 214 000 euros ont fait l’objet « de plusieurs versements dont les premiers ont eu lieu depuis près d’une dizaine d’années, hors la comptabilité du notaire » ! Comment ? On ne le sait pas puisque précisément les transactions ont eu lieu hors de la vue du notaire. Prévoyant le promoteur…

Les décharges ne sont jamais loin…

Le multicartes Michel Mattesi-Bosso est notamment comptable de Jean-Paul Goy, que nous évoquions le mois dernier dans notre article sur les décharges illégales du Var (le Ravi n°110), puisqu’il est l’heureux propriétaire de celle du Beausset. Jean-Paul Goy, le brave homme, nous confirmait avoir acheté environ 2 hectares à la famille Guiol sur le site concerné il y a quinze ans avec promesse du maire UMP de l’époque, Bernard Houillot, que les terrains passeraient constructibles. Depuis il les a revendus mais ne se souvient plus du montant de l’achat, ni du montant de la revente… « Je suis un paysan, moi les chiffres vous savez… C’est mon comptable qui s’est occupé de tout ça », précise-t-il. Tiens donc ! Du côté de la famille Guiol on nous assure que le seul interlocuteur qui a commencé à payer les terrains à partir de 1999 c’est bien Goy. « Après je suppose qu’il a dû s’arranger avec monsieur Mattesi », indique l’un des membres de la famille.

L’expert-comptable a aussi un autre client cité : Christophe Massena, pro du BTP varois et mis en examen dans l’affaire de la décharge illégale du Cap Sicié de Six-Fours (Ravi n°110). Ce qui nous conduit vers le terrain de Beau Vézé, qui lui est non constructible et sur lequel seul le bâti existant peut être modifié. L’acquéreur est bien sûr Mattesi et c’est l’entreprise Massena qui obtient de la mairie le permis de réhabilitation. Alors que sur le terrain seulement neuf préfabriqués démontables avaient été installés sous le mandat du maire communiste Armand Conan (1971-1983), dans un courrier daté de juillet 2005, à l’attention de la SARL de Massena Avenir Provence Promotion, Giraud en dénombre, lui, 53. Mais en 2009, L’UDVN (Union départementale pour la sauvegarde de la vie et de la nature) fait constater par huissier que les constructions sont récentes voire en cours et non préexistantes. Giraud signifie alors par courrier à l’UDVN qu’un « procès- verbal d’infraction a été transmis au procureur de la république », ce qui vient totalement contredire sa première missive… Mais à Carqueiranne, on n’est pas à une contradiction près ! Un sacré merdier qu’on vous disait ? Non juste un sac de nœuds à démêler…

Samantha Rouchard

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1. Le procureur n’a pas donné suite à notre demande d’interview. 2. Ni lui ni son avocat n’ont souhaité s’exprimer sur le sujet.

@-Leravi - http://www.leravi.org