Contact

Abo, dons, adhésions

Ma cit-Aix va crack-ER

le 26/03/2014

Un centre choyé, des cités délaissées, une ville d’où les gens s’en vont et où le prix du m2 s’envole… A Aix-en-Provence (13), la fracture est autant urbaine que politique.

Quand on évoque Aix-en-Provence, on pense à la fontaine de la Rotonde, au Cours Mirabeau, aux hôtels particuliers... Et un peu moins à Encagnane, au Jas de Bouffan, des cités qui sont pourtant - pour peu que la circulation ne soit pas trop chaotique - à quelques minutes de ce centre ancien où la « hauteur aixoise » dont certains se gargarisent ne dépasse pas les trois étages.

A Aix, le centre et la périphérie se regardent en chiens de faïence. Pour la maire UMP sortante, Maryse Joissains, dont la permanence est en haut du Cours Mirabeau, la seule chose qui compte vraiment, c’est le centre. Certes, l’une de ses premières sorties sur le terrain aura eu lieu au Jas de Bouffan mais en mode « Blitzkrieg », d’aucuns lui reprochant de ne la voir que tous les six ans. Et l’un des membres de son staff d’avouer : «  Dans les quartiers, on a mis en avant des personnes d’origine maghrébine. Mais on ne se fait pas d’illusions. On sait qu’on y fait des scores catastrophiques.  »

Emblématique : dans la «  synthèse thématique  » de son «  bilan », si Maryse Joissains évoque la «  rénovation urbaine  » à «  Beisson et Corsy  » ainsi que la réalisation d’un «  éco quartier  » à la Duranne, ce qu’elle met surtout en avant, c’est, en premier lieu, la «  restauration et la réhabilitation du parc immobilier du centre-ville  ». Son engagement ? «  Il nous faut poursuivre cette politique de logement pour la ville pour laquelle l’équipe municipale a décidé un développement modéré.  » Tout est dans cet adjectif : Maryse Joissains promet «  700  » nouveaux logements par an, là où, excepté le candidat de l’UDI Bruno Genzana, la plupart de ses adversaires estiment qu’il en faudrait au moins le double !

« Le Scot, le Plu, ça sert à rien »

L’un des proches d’Edouard Baldo, le candidat PS, s’étrangle : «  Maryse Joissains avait promis de maintenir à un même niveau la population aixoise. Et elle a tellement respecté son engagement que, depuis plusieurs années, Aix perd des habitants. Pas étonnant : le prix du m2 explose et il y a jusqu’à 4000 demandes en souffrance pour un logement social. Alors les gens quittent Aix pour s’installer dans les communes alentours. Avec les problèmes de circulation et de stationnement que cela engendre...  »

Mais comment pourrait-il en être autrement ? Au-delà du turn-over à la tête de l’office HLM - pas moins de sept directeurs se sont succédés à la tête d’Aix Habitat ces dix dernières années - Aix ne dispose pas des instruments de pilotage de l’urbanisme dont devrait être dotée une ville de cette taille : ni Plu, ni PDU, ni PLH dignes de ce nom, pas de Scot (1)... Ainsi, lors d’un des conseils municipaux que le Ravi avait couvert à Aix (2), face à la bronca de l’opposition, Gérard Bramoullé, l’adjoint aux finances, avait lâché : «  Le Scot, le Plu, ça sert à rien et c’est très compliqué. De toute manière, tout cela sera réglé d’en haut, par la métropole. Ce sera un Scot impératif, digne de la planification soviétique.  »

Alors, quand l’association des architectes aixois « Devenir » souhaite interroger, à la veille des municipales, les candidats sur leur projet en matière de logement et d’urbanisme, les seuls à décliner l’invitation sont la frontiste Catherine Rouvier et... Maryse Joissains. Serait-ce parce que l’ex présidente du CIQ d’Encagnane, avec laquelle l’association anime des « ateliers urbains citoyens », vient d’intégrer l’équipe du candidat socialiste ?

Pourtant, comme le note l’architecte Marc Dalibard, «  il y a une vraie différence, à la fois quantitative et qualitative, entre les projets de la maire sortante et ceux de ses concurrents. Maryse Joissains s’engage sur 700 logements supplémentaires par an, soit la moitié de ce que promettent la plupart de ses adversaires. Et lorsqu’elle met en avant la Duranne ou la Constance, ce sont avant tout des projets d’urbanisation de zones qui ne l’étaient pas auparavant alors que les autres candidats prônent, eux, davantage la densification de l’existant. »

Quant aux habitants, comme ceux du Jas de Bouffan réunis pour certains au sein du collectif « Aix Citoyens Motivés », ils espèrent simplement, en militant pour la mise en place de « conseils de quartier », être un tant soit peu entendus. Sans se faire trop d’illusions. «  Bien sûr, les candidats viennent dans nos quartiers pour parler logement. Mais on a l’impression que c’est, pour eux, un passage obligé, déplore Houria. Derrière, on ne voit rien de vraiment concret. Il y a toujours autant d’attente pour obtenir un logement HLM. Et ne parlons pas des transports. Il n’y a qu’en été qu’il y a des bus le soir entre le Jas et le centre-ville. Comme si tout était fait pour qu’on reste dans nos quartiers.  » Jo opine du chef : «  Rendez-vous compte, il a fallu attendre la mort d’un gosse, fauché par une voiture il y a trois ans, pour que soient installés au Jas ralentisseurs et chicanes.  » Pas de doute, entre un centre ancien en cours de « piétonisation » et la périphérie, ce ne sont pas des kilomètres qui les séparent mais des années lumière...

Sébastien Boistel

1. Plu : plan local d’urbanisme. PDU : plan de déplacement urbain. PLH : programme local de l’habitat. Scot : schéma de cohérence territoriale.

2. le Ravi n°102

Tout est gratuit sur ce site mais si un journal libre ne s’achète pas, il se finance ! Pour s’abonner au Ravi, pour faire un don, pour adhérer à la Tchatche, l’association qui édite le mensuel, c’est par ici !

Roms, l’unique objet de son ressentiment…


Maryse Joissains qui, pour tenter en vain de sauver son siège au palais Bourbon a assuré avoir toujours « défendu les valeurs » de Marine Le Pen, a été jusqu’à affirmer : « Je ne veux plus un seul Rom sur ma commune. » Et Mme le maire d’Aix-en-Provence, représentante de la « Droite populaire », de développer une politique d’expulsion systématique. Une politique que dénoncent les associations humanitaires et la commune voisine de Gardanne d’après laquelle cette chasse aux Roms aurait coûté, rien qu’en frais de justice, « 450 000 euros ». Pas de doute, la haine a un coût. Un coût bien plus élevé que celui d’accueillir comme le fait la municipalité communiste une douzaine de familles...

@-Leravi - http://www.leravi.org