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Un traité aux hormones

Tafta ? Gueule !
le 6/05/2014

L’agriculture fera bien partie des négociations de Tafta, le traité transatlantique. Une catastrophe annoncée pour un secteur déjà en crise et des consommateurs prêts à tout pour payer moins, quitte à bouffer n’importe quoi.

Casse sociale, invasion des OGM et de marchandises à bas prix venues des Etats-Unis d’Amérique, bœuf aux hormones, pesticides à foison, poulet lavé au chlore et tout le tralala… L’accord transatlantique n’annonce rien de bon pour notre agriculture et le contenu de nos assiettes. Les technocraties bruxelloise et américaine souhaitent faire sauter les droits de douane, bien plus élevés du côté de l’UE (Union européenne) ainsi que les barrières non tarifaires, qui englobent les normes sanitaires, environnementales et de bien-être animal.

Pour Jacques Berthelot, économiste hétérodoxe spécialisé dans l’agroalimentaire, ce traité est « une folie qui, je l’espère, ne sera jamais signée ». Selon lui, « Tafta accélérerait le processus de concentration des exploitations », qui a pris corps avec la création de l’OMC (Organisation mondiale du commerce) en 1995. Avec une baisse des droits de douane, certains produits comme le vin et les spiritueux pourraient être exportés en masse, car ces droits sont élevés aux Etats-Unis. Mais d’autres secteurs comme l’élevage (où ils frôlent parfois les 200 % côté UE), très présent dans les départements alpins de la région, seraient menacés par les prix très bas du marché américain.

De manière générale, l’Union serait inondée de produits de consommation à bas prix venant des Etats-Unis. «  Avec ce traité, on se dirige vers le moins disant, analyse Michèle Rivasi, eurodéputée Europe Ecologie – Les Verts pour le Sud-Est. Outre la qualité des produits, les agriculteurs européens devront encore courir après la compétitivité et la concentration des exploitations. Et la France, qui exporte deux fois plus de produits agricoles au sein de l’UE qu’à l’extérieur, pourrait être encore plus pénalisée. »

Maintien du modèle exportateur

Les Etats-Unis ont en effet des coûts de production faibles grâce à une énergie moins chère, tout comme la main d’œuvre, et sont fans de production industrielle : au sein de l’UE, une ferme fait en moyenne 13 hectares (44 en Paca) et 57 personnes sont employées sur 1 000 hectares. Outre-Atlantique, une exploitation fait en moyenne 170 hectares avec seulement 6 employés pour 1000 hectares… « Sous prétexte de rendre plus compétitives les exploitations, on va alimenter le chômage », estime Jacques Berthelot, qui rappelle qu’entre 2005 et 2012, le nombre de salariés par exploitation en Europe baisse de 3 % par an. En Paca, c’est moins 20 % entre 2000 et 2010 (1)…

Pour Geneviève Savigny, agricultrice dans les Alpes-de-Haute-Provence, porte-parole de la Confédération paysanne Paca et déléguée à la coordination européenne du mouvement, «  il est déjà assez difficile de trouver de jeunes agriculteurs. Il y en a quand même qui souhaitent se lancer, mais souvent loin des modèles industriels, et ne peuvent de toute manière pas se permettre de racheter de grandes exploitations. Avec un tel accord, on se dirige vers une agriculture de multinationales, avec des exploitations franchisées. » Même si de gros lobbys agro-alimentaires européens ne sont pas opposés à la levée des barrières commerciales transatlantiques, la FNSEA, syndicat plutôt classé à droite et libéral, a émis également des réserves sur le modèle agricole que nous réservaient les négociateurs du Tafta. Une fois n’est pas coutume, les deux syndicats qui s’opposent frontalement, pourraient se faire entendre conjointement sur certains points.

La fin du bio et des circuits courts ?

L’eurodéputée Michèle Rivasi craint également pour les appellations géographiques (AOC, AOP…) : «  le terroir, les Etats-Unis s’en foutent. Ils raisonnent en termes de marques ». D’autres entrevoient la fin de l’agriculture biologique avec une harmonisation des règles sanitaires sur l’usage des pesticides et des OGM. « Il n’y a pas de cohabitation possible entre agriculture biologique et "traditionnelle" si cette dernière utilise les OGM », rappelle Jacques Olivier, encore maire EELV du Thor, rare commune estampillée « sans OGM ».

Enfin, les circuits courts, plus responsables et plus respectueux de l’environnement, sont également menacés. « Tout ce qui a pu être établi entre les collectivités territoriales et les producteurs locaux pour les cantines scolaires pourrait être battu en brèche par les recours en justice des multinationales, rappelle Geneviève Savigny de la Confédération paysanne. Et d’ailleurs, certains Etats américains qui prônent le même modèle pourraient en pâtir. On recule plus qu’on avance avec cette crise économique et les quelques drogués à la croissance qui nous emmènent dans le mur. » Avant de rappeler que les éléments les plus sensibles de la négociation (OGM…) pourraient être finalement des monnaies d’échange pour s’accorder sur des intérêts économiquement beaucoup plus importants pour l’UE : le nucléaire, la délégation de gestion de l’eau etc. L’agriculture au service de nos belles multinationales…

Clément Chassot

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1. Source : Direction régionale de l’alimentation, de l’agriculture et de la forêt

@-Leravi - http://www.leravi.org