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"Il ne faut pas voir le mal partout"

Camaret-sur-Aigues (84) Conseil municipal du 22/05/2014
le 2/07/2014

le Ravi teste chaque mois un conseil municipal en région Paca pour surveiller le fonctionnement de la démocratie locale. Avec une attention particulière dans les villes désormais gérées par l’extrême droite. Ci-dessous, Camaret-sur-Aigues (FN) dans le Vaucluse. Dans le numéro daté juillet-août du Ravi, en vente chez les marchands de journaux, nous avons testé le conseil municipal FN de Fréjus (83).

18h45

La pittoresque ville de Camaret-sur-Aigues dans le Nord-Vaucluse, dont le petit centre-ville est fortifié, est calme, très calme. En mars dernier, les Camaretois ont élu un maire d’extrême droite, Philippe de Beauregard, fidèle du grand manitou de la Ligue du Sud et député-maire d’Orange, Jacques Bompard.

18h50

Les portes de la mairie s’ouvrent. Le bâtiment est moderne. Il faut prendre un escalier en colimaçon pour atteindre la petite salle du conseil. Les élus « divers droite », dont le notaire et tête de liste Jean-Paul Montagnier, saluent chaleureusement les élus de la majorité.

19h00

Le joli clocher de cette ville dortoir se met à sonner. Philippe de Beauregard s’installe, chemise rayée grise sous veste de costard noire, jean, petites lunettes et air satisfait.

19h03

Après avoir demandé s’il y avait des remarques sur le procès verbal du dernier conseil municipal, Jean-François Menguy, élu d’opposition socialiste prend la parole : «  Il est marqué que "Madame Thibaud (la maire sortante, NDLR) aurait été victime d’une interpellation grossière". J’aimerais qu’on enlève le "aurait"…  » Réponse du bourgmestre : «  Très bien.  » On sent tout de suite que s’il est un disciple de Jacques Bompard, il s’en démarque avec une attitude très polie et cordiale, le ton techno en plus.

19h06

Elvire Teocchi, la 1er adjointe, jolie quadra à lunettes, robe kaki et pardessus blanc, se lève pour fermer la fenêtre.

19h07 

On aborde le premier point : une demande de subvention auprès du Conseil général pour des travaux de rénovation du « tour de ville », qui n’est pas non plus délabré. Au programme, zone 30, végétalisation, éclairage public… Coût des travaux : environ 500 000 euros. Si l’attitude n’est pas la même, l’ombre de Jacques Bompard plane sur la politique municipale : en mettre plein la vue. D’ailleurs, l’un des derniers faits d’arme de « P2B » est d’avoir retiré le drapeau européen de l’Hôtel de ville, lui préférant celui de la région, correspondant plus « à sa culture provençale ».

19h10

Un homme en polo bleu, lunettes sur le front et bien « décontract’ » arrive à la bourre. C’est un élu de la majorité, Vincent Teocchi, le mari de la 1er adjointe. «  On est toujours sur le point un ? Oui ? Bon, ce serait bien qu’on puisse aussi récupérer deux, trois places de parking pour les commerçants, la fleuriste et l’épicerie. Il suffit de faire un marquage au sol, assure-t-il photo à l’appui. Ça peut être sympa non ?  » L’amateurisme commence à fleurer.

19h13

Après une petite interpellation de Laurent Arcuset - socialiste vêtu d’un T-shirt noir floqué d’un «  élu vigilant  » - concernant «  le maintien des places de parking inscrit dans le projet et non son augmentation  », Philippe de Beauregard rebondit. «  J’en profite pour faire un point sur les platanes. Ils sont en très bon état, on va donc pouvoir les garder.  » Les joies des conseils municipaux. En attendant, le point numéro 1 est voté à l’unanimité.

19h15

Vient le projet d’extension des locaux de football. L’élu au sport Jean-Michel Marlot, petites lunettes, cheveux dégarnis et voix chevrotante récite son texte comme au collège. «  Il nous faut un nouveau vestiaire, celui-là est vétuste.  » Le projet prévoit également de construire un local plus grand «  pour que les enfants prennent un chocolat chaud quand il pleut  ». Les mauvaises langues diront en off qu’il servira surtout aux soirs de biture pour les aînés. Le coût du projet est flou. D’abord annoncé à 110 000 euros, la facture a grimpé à 228 000 euros, ce que ne manque pas de faire remarquer Marlène Thibaud. Sentant son élu flotter, de Beauregard reprend la parole en avouant «  qu’ils avancent sur le financement de manière approximative  » (sic) tout en jurant qu’il préfère les hypothèses pessimistes que sous-évaluées.

19h28

La 1ère adjointe détaille le projet des illuminations de Noël. 20 000 balles dont la moitié provenant de la réserve parlementaire du ministère de l’Intérieur. Voté à l’unanimité.

19h30

D’autres points de l’ordre du jour, sans grand intérêt, sont expédiés.

19h43

Le conseil doit désigner un élu au comité de jumelage. Grand prince, Philippe de Beauregard souhaite attribuer 2 des 6 sièges à l’opposition. Pour la droite, le nom est déjà connu alors qu’il est demandé aux socialistes de désigner quelqu’un. Les négociations se sont-elles faites au bistrot ?

19h45

Encore une nomination, celle du délégué au Cnas (Comité national d’action sociale). Le maire propose le nom d’Antonio Muga. Un socialiste propose également sa candidature. Au moment du vote à main levée, le conseiller municipal à la vie associative, Raymond Karaszi, tout juste sexagénaire, se trompe de candidat. Hilarité dans la salle. «  Il aura un gage  » plaisante de Beauregard. «  Attention, ça va vous coûter cher !  », lance quant à elle Marlène Thibaud.

19h49

Viens le point numéro 12 : l’accueil d’étudiants à la mairie dans le cadre de stages de plus de deux mois. Nul doute qu’ils seront à bonne école. Unanimité.

19h53

Voilà le dernier dossier : «  une motion de soutien pour le maintien d’une justice de proximité  ». Avec la réforme Taubira, et selon de Beauregard, plusieurs tribunaux, d’Orange et de Carpentras, ainsi que leurs 75 fonctionnaires seraient menacés de fermeture. Jean-François Menguy intervient «  Vous êtes sûr de ce que vous avancez ? Je ne suis pas certain que la réforme soit finalisée…  » Tant pis, Taubira a bon dos.

19h57

Jean-Paul Montagnier, corpulent bonhomme en chemise blanche impeccable, qui n’a pipé mot du conseil et qui avec ses co-listiers a voté exactement pareil que la majorité, prend la parole pour donner quelques précisions au dossier. Et abonder dans le sens du maire.

19h58

Laurent Arcuset, l’«  élu vigilant  », tient à poser une question sur les panneaux électoraux et se demande si la place de choix attribuée à l’affiche de Jean-Marie Le Pen pour les européennes sur les panneaux électoraux est un hasard. «  Je vous félicite pour votre vigilance, répond le maire très cordialement avec une belle teinte d’ironie. Mais c’est un hasard, il ne faut pas voir le mal partout.  » Pas du tout.

19h59

Un élu divers droite demande enfin le programme de la fête votive. De Beauregard enchaîne avec une bonne nouvelle : la mobilisation pour empêcher la fermeture d’une classe à l’école maternelle est sur le point de porter ses fruits. Victoire. «  Sur quoi je vous invite à venir boire le verre de l’amitié dans un établissement bien connu de la ville, au Siècle. Ce qui est facultatif bien sûr  », conclut le maire. Ouf, sauvés !

Clément Chassot

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Camaret-sur-Aigues (84)

4 500 habitants
1 fleur au concours des « villes et villages fleuris »
8 caméras de vidéosurveillance. Deux de plus sont prévues pour 2014
8 % de logements sociaux
29,17 % pour Marine Le Pen le 22 avril 2012

Le maire : Philippe de Beauregard, depuis mars 2014. 48 ans, proche du leader de la Ligue du Sud et du député-maire d’extrême-droite d’Orange Jacques Bompard, dont il reste d’ailleurs le directeur des affaires juridiques. Il souhaite « redonner un avenir à Camaret ».

La majorité : 19 élus « Redonnons un avenir à Camaret »
L’opposition : 4 élus socialistes « Ensemble pour Camaret » dont la maire sortante Marlène Thibaud. 4 élus divers droite « Sérénité pour Camaret ».

Le conseil municipal soumis au test du Ravi :
Durée : 1h05
Présents : 18 élus de la majorité (un absent), dont un retard, trois socialistes (un absent) et 4 divers droite.
Temps de parole cumulé de l’opposition : environ 15 minutes
Le public : une vingtaine de personnes, 2 journalistes dont un du Ravi

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