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La goutte d’eau qui fait gonfler le champignon

le Ravi redresse le bilan (du mal-logement)
le 20/04/2015

Malfaçons, insalubrité, absence de concertation. La Semivim, le bailleur social de la ville de Martigues (13), est au centre des accusations des locataires des immeubles des Quatre vents.

Des blocs de béton uniformes avec des petites fenêtres qui quadrillent la façade. Les Quatre vents ressemblent à toutes ces constructions des années 70. Au pied de l’immeuble G1, Nelly Huet est prête à tout déballer. Dès le passage de la porte du hall d’entrée, une feuille A4 avertit : «  femme de ménage non rémunérer (sic).  » Visiblement en ce début de février, Dermo Hygiène France ne remplit pas ses obligations. «  C’est comme ça tout le temps, la Semivim prend toujours les entreprises les plus nulles !  » Nelly, quadragénaire, jeans-queue de cheval, n’en perd pas une pour tacler le bailleur social de la ville de Martigues.

Chez elle, au quatrième, des taches d’infiltration décorent le plafond, la peinture s’effrite, et le moisi se colle au mur. « J’ai pu identifier l’Aspergillus, à l’origine d’aspergillose et d’alvéolite ainsi que l’Ulocladium, à l’origine des réactions allergiques classiques », analyse Muriel Mesbah, analyse dans un courrier Muriel Mesbah, conseillère en environnement intérieur. Dans le salon de Nelly, la table à repasser accueille les piles de dossiers. Samia Query, membre du bureau de l’amicale, vient d’arriver pour le café. Ce sont les têtes pensantes de la rébellion des locataires. Depuis septembre 2014, avec une trentaine de locataires, elles ne payent plus leurs charges pour protester contre le bailleur. L’élément déclencheur ? Une augmentation des charges «  entre 200 et 900 euros par rapport à la période 2012-2013  », plaident les battantes. En réalité, ce n’était que la goutte d’eau qui fait gonfler le champignon.

Pour bien comprendre le ras-le-bol, direction le bâtiment G3, huitième étage. Chez les Manchara, l’appartement a été « réhabilité » en 2011. «  Sans concertation, contrairement à la loi, et avec une cascade de sous-traitants et à la fin des travailleurs détachés turcs, espagnols et portugais  », constate Nelly. Ici, la peinture est plus fraîche. Mais il suffit de s’approcher pour voir les prises électriques mal installées, des fenêtres qui laissent passer l’air et l’eau. De la malfaçon dans son aspect le plus visible. Quand on observe le nouveau ballon d’eau chaude, le parfum d’absurdité est envahissant. Le modèle premier prix choisi par le bailleur lors de la réhabilitation est extrêmement énergivore. «  En plus il ne permet pas de profiter des périodes creuses d’EDF !  », déplore Nelly. Et la facture s’en ressent…

Puis il y a le chauffage au sol qui fonctionne aléatoirement. «  Chez certains c’est les tropiques, chez d’autres c’est le pôle nord  », ironise Samia. Chez les Manchara, un chauffage d’appoint trône dans le salon et ce n’est pas par amour de l’art contemporain ! Le bailleur n’a pas hésité à plaider coupable et a proposé 500 euros pour le dédommagement… La petite fille de la famille a une maladie chronique. Nelly veut des certificats médicaux pour les ajouter au dossier. Si l’environnement malsain de l’immeuble joue sur la santé de ses habitants, elle veut en avoir la preuve.

Les faits sont là. Mais déjà trois locataires ont quitté la mobilisation de l’amicale à cause des pressions du bailleur. L’exemple du jour ? «  Tout à l’heure, j’ai reçu un appel de la Semivim, qui me disait que nous étions hors la loi, que c’était comme voler une banque  », raconte Samia. Tous les grévistes ont été démarchés, certains d’entre eux ont reçu la visite d’huissiers. «  Nous sommes en présence de gens qui ont des revenus modestes, qui ont peur de la justice, analyse maître Baudry, un des trois avocats mobilisés pour porter l’affaire. Ils préfèrent parfois ne rien dire plutôt que de s’exposer.  »

Mais rien ne dit que le dossier arrive jusqu’au tribunal d’instance de Martigues. Au cas par cas, les locataires pourraient accepter une simple conciliation et passer sur le fond. Nelly, en proie à de graves problèmes de santé, pour protéger aussi sa fille, Elodie, qui est atteinte d’asthme, pourrait bien elle-même accepter la proposition de relogement. Pour l’heure, elle reste déterminée : «  Avant, je veux lancer les procédures, pour ne pas laisser les autres locataires tous seuls !  »

Eric Besatti

N.B. La Semivim et son PDG, Gaby Charroux, le député-maire PCF de Martigues, n’ont pas donné suite à nos demandes répétées d’entretien

@-Leravi - http://www.leravi.org