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Des facultés limitées...

le Ravi crèche à la fac
le 17/06/2015

Grandeur et misère de la fac Aix-Marseille où la licence « Sciences et Humanités » apparaît comme l’exception qui confirme la règle. Et comme un point d’observation de choix. Tour d’horizon.

« Je suppose que le vidéo-projecteur marche ici. Parce qu’à Schuman, la fac de Lettres d’Aix-en-Provence, c’est un désert technologique  », lâche un maître de conférences qui intervient à Marseille pour la première fois en Sciences & Humanités (S & H). Oui, les étudiants de cette licence ont de la chance : le matériel fonctionne ! La différence ? Peut-être le label « Académie d’excellence », décerné par la fondation Amidex d’Aix-Marseille Université (AMU), une initiative du ministère de l’Enseignement supérieur qui permet de bénéficier de financements complémentaires : la licence « S & H » bénéficie donc d’un budget plus de 30 fois supérieur à celui d’une licence classique. Ce qui permet de ne pas se poser de question pour une sortie, un voyage ou payer les heures sup’ d’un enseignant.

Et il n’y a pas qu’en cela que la licence est, à la fac, un ovni. L’administration s’en arrache encore les cheveux. « Ça n’existe pas, ça », peste une secrétaire. Ou encore, déclare sa collègue : « Vous faites des sciences humaines, c’est à Schuman qu’il faut aller... » Sans parler de ce regard sur l’ordinateur avec un marmonnement : « C’est quoi ce truc  ? » D’ailleurs, si la licence propose pour les étudiants qui souhaitent partir à l’étranger une bourse de 5000 euros (lire page ci-contre), encore faut-il réussir à faire comprendre à la fac de Sciences Humaines que ce n’est pas parce qu’on est classé dans le pôle « Sciences et Technologie » qu’on n’est pas admissible en anthropologie.

La licence « S & H » reste une filière de l’université. Pour le meilleur. Et pour le pire. Comme cette prise sortant du mur à quelques centimètres d’un seau placé là parce que l’eau coule du plafond quand il pleut. Une situation qui ne concerne pas que Saint-Charles. « Sur le site de Saint-Jérôme, la majorité des bâtiments de la fac fuient. Les derniers étages sont jonchés de seaux » note Laurie, une étudiante en master environnement.

Autant dire que, dans de tels bâtiments, des radiateurs qui ne marchent pas ne choquent même plus. Dans la licence, c’est une étudiante qui, chaque matin, purge ces derniers ! Et, dans certaines salles, le chauffage est tout simplement HS, les étudiants devant suivre les cours en veste de ski et prendre des notes avec des gants. Mais étudier, c’est s’adapter...

D’autres ont cours sur trois sites différents. Le prétexte ? La disponibilité pour les travaux pratiques de tel ou tel matériel. Mais c’est souvent pour éviter d’avoir à payer le déplacement d’un prof. Témoignage d’un étudiant : « J’ai cours à Saint-Jérôme ou à l’Arbois, sur Aix. Or, entre les deux, il n’y a pas de bus direct. Soit on trouve quelqu’un qui a une voiture, soit on se fait tous 3 heures de trajet dans la journée à 12 € l’aller-retour. Pour, au final, se retrouver dans une salle à écouter un prof qui n’a pas besoin du moindre matériel. Quand on a la chance de ne pas découvrir que le prof en question ne savait pas qu’on avait cours !  »

Et pourtant, ce n’est pas à Marseille mais à la fac de Lettres d’Aix-en-Provence que l’on trouve les pires situations. Comme ces WC où, faute d’éclairage, c’est à la lueur du portable et avec une bonne dose de courage qu’il faut se risquer. Entre les néons qui pendent du plafond, l’absence de rideaux qui rend impossible la moindre projection, le wifi inexistant et le matériel cassé jamais remplacé… « J’ai honte d’inviter des collèges pour des interventions », avoue un enseignant. Cela dit, les travaux annoncés depuis une dizaine d’années ont enfin commencé et devraient s’achever en 2017.

Qui blâmer ? Les lourdeurs administratives qui font que changer une ampoule peut prendre des années ? Le budget alloué à AMU trop maigre et/ou mal géré ? Peut-être. Une manifestation contre l’austérité dans les universités a d’ailleurs eu lieu le 19 mars. Mais au-delà de ça, pour Gaëtan Hagel, responsable de la licence Sciences & Humanités, « l’enseignement est trop peu reconnu ». En effet, « la reconnaissance d’un enseignant-chercheur se base sur ses recherches ». Or, s’investir dans l’enseignement impose de mettre ses recherches de côté. Ou de démultiplier son temps de travail. Et justement, « la licence regroupe des enseignants-chercheurs qui veulent s’investir dans l’enseignement ». Et de conclure : « Le budget Amidex nous a facilité la vie. Mais si on ne l’avait pas eu, on aurait fait de la récup’ et on se serait débrouillé autrement pour enseigner comme on veut le faire. » C’est sans doute ce qui rend cette licence exceptionnelle. Même si le budget de cette dernière facilite la vie.

Gabrielle Lachaume & Robin Séverac

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Écurie ou boucherie chevaline ?

Connaissez-vous les « écuries » ? Ce sont les « prépas médecine », un coaching plus ou moins personnalisé (et donc plus ou moins cher) proposé aux étudiants voulant se préparer à l’impitoyable concours de « première année commune aux études de santé » (PACES). Cette année, 3303 étudiants se sont serrés sur les bancs de la fac marseillaise dans l’espoir de faire partie des 315 élus qui auront la chance de poursuivre l’aventure en deuxième année. Et 75 % sont dans une écurie ! Un marché lucratif que se partagent une vingtaine de boîtes privées : comptez 1500 euros pour le forfait de « base » d’une écurie classique, 200 euros pour une écurie en ligne (sans locaux) et 70 euros pour l’écurie de l’association des étudiants de médecine (entre midi et deux dans les amphis de la fac).

Que proposent-elles ? Ce que la fac n’arrive pas à offrir : des salles de travail privées (utiles quand la bibliothèque est pleine), des résumés du cours du jour, des séances de « tutorat » (assurées par un étudiant de deuxième année) et surtout des QCM (des questionnaires à choix multiples, le mode d’examen privilégié en PACES). De quoi favoriser les étudiants inscrits dans ces écuries qui se présentent souvent comme le seul moyen d’évaluer ses connaissances régulièrement.

Au point de se demander si le principe de « l’égalité des chances », si chère à l’université, est encore respecté. Les défenseurs du concours noteront que les écuries n’assurent en rien la réussite des candidats puisque, au final, seule une minorité réussit. Sauf que la peur de l’échec et l’incapacité de la fac à rassurer les étudiants poussent ces derniers vers les écuries qui jouent sur cette anxiété pour faire leur beurre. Le serpent se mord la queue et ça ne semble pas près de changer. Cela va même au-delà de « médecine ». En témoigne cette boîte de soutien scolaire clamant : « Si mes cours sont si particuliers, c’est parce qu’ils sont collectifs. »

Alexandre Guibellino

@-Leravi - http://www.leravi.org