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La Canebière, des alter...

le 4/08/2015

Alternatiba, le barnum écolo-festif contre le réchauffement climatique, débarque fin juin en Paca. Radiographie d’une initiative citoyenne et de ses petits tracas (cet article, rédigé fin mai 2015, publié dans le Ravi n°130, ne fait pas référence aux "gros tracas" que la mairie de Marseille a causé aux organisateurs de l’étape marseillaise)...)

Nom de code ? Alternatib’aïoli. Le slogan ? «  Les sardines nous remercieront.  » Car, si rien ne change, en 2050, le Vieux-Port sera sous les eaux. Parti de Bayonne, le « barnum » Alternatiba, un tour de France écolo-festif qui veut changer «  le système, pas le climat  », passe ce mois-ci par la région. Avec une grosse étape à Marseille.

Eric Faïsse, de «  Eau bien commun  », en parle avec des étoiles plein les yeux. Face à l’échec en 2009 du sommet de Copenhague, les Basques de Bizi ! ont décidé de promouvoir les initiatives « citoyennes » contre le dérèglement climatique. Fin 2013, à Bayonne, le premier «  village des alternatives  » Alternatiba réunit 12 000 personnes. Avec, pour marraine, la veuve de Stéphane Hessel, appelant à en organiser «  dix, cent, mille  ».

Or, pour ce faire, dixit Eric Faïsse, «  est mis à disposition un guide méthodologique où tout est prémâché  » (1). Depuis, avant la Cop 21, la conférence sur le climat en décembre à Paris, il a été décidé de lancer, sur le modèle de l’Alter-Tour organisé par des proches de la revue écolo S !lence, un tour en tandem de 5000 km (2). Si, en Paca, la sauce a mis du temps à prendre, les militants sont désormais mobilisés avec un calendrier serré de réunions réunissant jusqu’à cent personnes, l’une d’elles s’étant même tenue au... Conseil régional !

La collectivité déroule le tapis « vert » à Alternatiba. Au-delà de la conférence de lancement à la Villa Méditerranée, la Région compte accorder aux deux éditions en Paca (Marseille et Nice) «  50 000 euros  » et «  250 000 euros à une vingtaine de projets luttant contre le réchauffement climatique  », confirme la vice-présidente (EELV) en charge de l’environnement, Annick Delhaye. Et ce «  sans contrepartie autre que notre logo  ».

« A-partisan » mais pas apolitique

Même si Alternatiba est à l’aise avec l’utilisation «  pour l’intérêt général  » d’argent public, cela n’est jamais sans débat. A Marseille, il y a eu comme un flottement quand «  Vivons solaire  », un projet que la Région va présenter à Alternatiba, a failli être retoqué du fait de la présence, parmi les partenaires, d’ERDF-GDF. Grimace d’un organisateur : «  La Région couvre les deux tiers de notre budget, donc...  » Et soupir d’un autre : «  Si on n’avait pas parlé d’EDF, ce serait passé comme une lettre à la poste. Et si on était tous à Enercoop, ça se saurait !  » Après avoir apporté son soutien, la rappeuse marseillaise Keny Arkana a décidé de se retirer d’une manifestation qu’elle jugerait, selon des proches, «  trop institutionnelle  »…

En attendant, le souci, ce n’est pas tant l’argent promis que celui qui manque : «  Le vote de la Région, ce sera en juin. Or, avouent les organisateurs, c’est maintenant qu’on a besoin d’argent !  » Pour embaucher un régisseur, une chargée de com. D’où l’appel à toutes les bonnes volontés. Au risque de ne pas être très regardant ? A l’AG de mai s’est invité Bernard Beck, le patron de « Mo-Bee », une sorte de « bourse » aux bénévoles (3), assurant pouvoir en mobiliser jusqu’à «  3000  » ! De fait, Alternatiba attire des militants et des organisations de tous bords. Et parfois, ça tiraille. L’édition lilloise a failli ne pas se tenir, du fait de la présence, parmi les organisateurs, de « Gentils virus », des militants proches d’Etienne Chouard, blogueur n’ayant lui-même pas caché sa proximité avec Alain Soral.

Or, lors d’une des premières AG à Marseille, on note la présence d’une militante des... Gentils virus. Sur leur site, en Paca, Alternatiba est en tête de l’agenda. Mais, à Avignon, à part une militante qui, «  à titre individuel  », fera du « théâtre forum », les « GV » nous expliquent, en substance, qu’Alternatiba, ce n’est pas la priorité. Ils préparent en effet, en marge du festival cet été, une manifestation intitulée « Destination démocratie »…

En attendant, par prudence, Alternatiba à Marseille s’est dotée d’une commission « éthique et politique ». Mais qui, d’après l’un de ses membres, «  n’est pas là pour enquêter sur les gens ou les projets mais pour soumettre à tous ce qui pourrait poser problème  ». Comme le jeu proposé par « Nouvelle Donne », une organisation qui, quoique parfois présentée comme un «  collectif citoyen apolitique  », a participé aux dernières élections. De quoi susciter l’ire de certains. La solution ? Le projet aura droit de cité. Mais sans étiquette. Même « punition » pour les «  Jeunes écolos  » : «  On distribuera nos tracts en cachette  », rigole l’un d’eux. Emblématique : lors de la soirée de lancement, c’est François Hamy, figure d’EELV, qui présentera l’étape aixoise d’Alternatiba. En tant que membre du « collectif climat du pays d’Aix  ».

Pascal Hennequin, pilier d’Alternatib’aïoli (et membre de la télé Fokus 21), assume : «  Notre initiative est a-partisane. Mais pas apolitique. On est vigilant face aux sectes - on nous a alerté à propos de la Nouvelle Acropole - et on refuse la présence d’organisations ou de militants politiques en tant que tels. Mais chacun peut venir comme simple citoyen.  » Même des militants du FN...

Fort heureusement, lorsqu’on demande à Tanguy Vernay, le patron à Carpentras du collectif « Nouvelle Ecologie », la branche « verte » du FN (4), s’il compte s’investir dans Alternatiba, il nous répond : «  Je ne sais pas ce que c’est mais je vais regarder. Vous savez, on est pas mal occupé...  » Pourtant, des fours solaires, ça devrait intéresser, au FN !

Sébastien Boistel

1. le Ravi n°119

2. Si l’Alter-Tour a lui aussi pour thème le climat, d’après S !lence, qui connaît bien Alternatiba, il n’y a pas là concurrence.

3. Lire «  La bourse ou la vie  » dans le Ravi n°122

4. le Ravi n°128

@-Leravi - http://www.leravi.org