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A Nice-Matin, c’est pas encore le grand soir

le 16/11/2015

Les salariés du groupe Nice-Matin sont devenus leur propre patron en décembre dernier. Neuf mois plus tard, ils tentent à nouveau de sauver leur journal…

Des chatons pour annoncer la météo, des « Gifs » animés ou encore un article haut en couleur intitulé « 12 phrases de drague qui ne marcheraient que dans le Var (ou pas) » (1), en surfant sur son site web, naïvement on pourrait croire qu’il y a une super ambiance à Nice-Matin depuis que le groupe est passé en SCIC (Société coopérative d’intérêt collectif) en décembre dernier. « Il n’y a jamais eu aussi peu de démocratie interne », dément un journaliste du centre var qui, comme 600 autres salariés du groupe (incluant Var-Matin), a donné son 13ème mois pour sauver son emploi et sa boîte. Les journalistes interrogés s’accordent à dire que la SCIC leur a permis de gagner en indépendance éditoriale, notamment en desserrant l’étau de la pression politique surtout dans le Var (2). Mais ils mettent en cause un manque de transparence sur les comptes d’une trésorerie difficile à renflouer et qui accuse des pertes de diffusion d’environ 10 % par mois par rapport à l’an dernier et moins 20 % au niveau de la publicité.

Un PDG éjecté

Robert Namias, président du directoire et directeur des publications et de la rédaction nommé à la création de la SCIC, a (été) démissionné début septembre. Son embauche faisait partie des conditions ayant incité Bernard Tapie à prêter 4 millions d’euros à la coopérative lors de sa création. Une somme que la Scic a mis un point d’honneur à rembourser intégralement en vendant trois agences ! « On s’est séparé en douceur, et pas dans la vindicte, ce qui aurait été contreproductif pour tout le monde », précise Laurent Martinat, journaliste à Var-Matin et représentant du SNJ-CGT. Namias, ex directeur adjoint de l’info sur TF1, se serait enfermé peu à peu dans sa tour d’Ivoire ayant la plus grande difficulté à partager les manettes avec le conseil de surveillance présidé par Jean-François Roubaud (3), représentant du SNJ, mais surtout figure de la lutte menée pour la création de la SCIC.

Ce dernier n’est aujourd’hui pas perçu d’un très bon œil par des journalistes actionnaires qui lui reprochent de s’être accaparé le pouvoir. « Si lors de la création de la SCIC, il y avait une forme d’union sacrée entre les deux syndicats, depuis que le SNJ a pris le pouvoir, c’est la guerre ouverte », nous confie un journaliste du centre Var. « Il ne faut pas mélanger le pouvoir de l’Eglise et de l’Etat, explique Laurent Martinat. Soit, on est syndicat, soit on est dans le directoire ou le conseil de surveillance. Le mélange des genres est un peu dangereux. Le SNJ-CGT ne fait pas partie de l’organigramme de la SCIC de manière volontaire. » Et ce dernier d’avoir bon espoir dans la nomination qui vient d’être actée de Jean-Marc Pastorino (3) pour remplacer Namias : « C’est un bon capitaine. On va vers plus de transparence et plus de transversalité, ce qui n’était pas forcément le cas jusqu’à maintenant. » Contrairement à son prédécesseur, le nouveau PDG - à titre provisoire jusqu’en janvier - est dans le groupe Nice-Matin depuis plus de 30 ans. Issu des ouvriers du livre, il a commencé sa carrière en 1978 en nettoyant des rotatives et a été délégué CGT jusqu’à ce qu’il soit nommé directeur de production en 2011…

Des salariés démotivés

« A aucun moment nous n’avons été consultés pour cette nomination, déplore l’un des 600 journalistes actionnaires. Jean-Marc Pastorino est plutôt là pour contenter les ouvriers du livre en leur faisant avaler certaines couleuvres, notamment le fait de passer de trois à deux rotatives. Mais en même temps tout ça est tellement flou… » Et Martinat de rassurer : « Au contraire ! Pastorino n’hésitera pas à faire vibrer la table si nécessaire. Peu importe son interlocuteur ! »

Une chose est sûre, de nombreux journalistes actionnaires sont au bout du rouleau. « Si j’ai donné mon 13ème mois, c’est parce que j’y croyais profondément, explique une journaliste toulonnaise qui a choisi de quitter son poste cet été avec la clause de cession à un an de la retraite. A peine partie, je n’avais plus accès à ma boîte mail alors que je suis tout de même actionnaire ! J’ai eu l’impression d’être oubliée, rayée de la liste… » « Au départ il y avait une énorme motivation, aujourd’hui c’est l’épuisement. En même temps comment faire mieux avec 160 salariés en moins ? Mais il faut vraiment qu’on se batte pour maintenir la coop en vie ! », conclut Laurent Martinat. Si comme le prédisent certains - dont Eric Ciotti, le président (LR) du CG 06 (4) - la SCIC devrait repasser par la case tribunal de commerce en 2016, pour l’instant, l’heure est aux négociations avec les salariés sur l’étalement du 13ème mois, le renoncement aux RTT et aux congés payés. Histoire de sauver les meubles...

Samantha Rouchard

1. Le SNJ-CGT a demandé à ce que cet article soit retiré du site. Il s’agissait d’une série de jeux de mots grivois avec des noms de communes varoises : « T’as un joli petit Luc » ou « Tu me fais Bandol ». Le syndicat regrette qu’il n’y ait ni direction web, ni SDJ (société des journalistes) pour empêcher de tels dérapages…

2. Ce qu’il leur a valu un billet d’humeur du sénateur maire de Toulon Hubert Falco (LR) sur son blog dans lequel il accuse le quotidien de devenir « un journal d’opinion ». Leur tort : donner (enfin) la parole à ses détracteurs ! (« En toute liberté et en toute indépendance (sic) ! », 2 décembre 2014)

3. Il n’a pas répondu à nos demandes d’entretien.

4. L’Opinion « Nice Matin survivra-t-il à sa SCIC ? » (14/09/2015)

@-Leravi - http://www.leravi.org