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Une extrême droite extrêmement plurielle

Entretien avec Joël Gombin sur les électeurs du FN au Sud et au Nord
le 9/12/2015

Spécialiste du vote FN, le sociologue Joël Gombin analyse les différences nord/sud dans l’électorat séduit par l’extrême droite.

Qu’est-ce qui caractérise Paca et le Nord-Pas de Calais ?

Les configurations sont diamétralement opposées. Le seul point commun, c’est la pauvreté. Pour le reste, Paca, c’est une région peu industrialisée, traumatisée par la fin de l’empire colonial, de plus en plus à droite et où le FN a très vite trouvé un terreau favorable. A contrario, dans le nord, on est dans une région qui fut jadis très industrielle, avec un fort électorat ouvrier, un PS et un PC très ancrés mais qui a subi de plein fouet la désindustrialisation.

Les bases électorales du FN sont-elles différentes ?

Dans le sud, la base électorale, c’est celle du poujadisme - les commerçants indépendants, une petite bourgeoisie économique... - et les tenants de l’Algérie française. Dans le nord, les premiers à se rallier au FN, c’est cette part non négligeable de l’électorat ouvrier qui vote traditionnellement à droite. Et désormais, ce sont les « enfants » de la désindustrialisation, séduits en outre par le travail d’implantation de personnalités comme Steeve Briois, une figure locale qui est en quelque sorte « née » au FN. L’électorat frontiste est donc un peu plus populaire dans le nord qu’en Paca : en 2012, les ouvriers et employés représentaient plus d’un tiers du vote FN dans le sud et plus de la moitié dans le nord.

D’où des stratégies et des discours différents ?

A la base, les stratégies ne sont pas forcément très élaborées. Et il y a toujours eu au FN différents courants. Notamment une frange venant d’une droite très traditionnelle, plutôt catholique et poujadiste, qui se veut la « vraie droite » face à celle qui a trahi - un courant dont est proche Marion Maréchal - mais aussi cette autre tendance qui, refusant le clivage gauche/droite, prétend incarner une « troisième voie » à laquelle se rattache plutôt Marine Le Pen. Mais aujourd’hui, avec le discours sur l’immigration, on a peut-être affaire à un FN plus idéologiquement homogène que jamais. C’est au Front la question qui fait l’unanimité. Voire l’unité. Et qui est le principal motif de vote FN.

Il n’y a donc plus de différence entre FN du nord et du sud ?

Certes, la pratique de la politique au niveau local est facteur d’homogénéisation. Mais les configurations restent différentes. Marion Maréchal est sur un territoire où la réorganisation de la droite autour du FN est largement effective : elle n’a donc qu’à s’adresser à l’électorat de droite. Marine Le Pen, elle, doit composer avec d’un côté une posture d’autorité et, de l’autre, un discours économique plutôt antilibéral. Or, si elle peut ainsi faire le plein au 1er tour, elle devra, au second, changer de discours économique. Une gageure qui va se poser avec acuité en 2017.

Entretien réalisé par Sébastien Boistel

Pour lire notre enquête, réalisée avec la Brique, le bimestriel de critique sociale de la métropole lilloise, "fachos du Nors VS fachos du sud", c’est par ici

@-Leravi - http://www.leravi.org