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Bus « Macron » 1, TER 0

Le match route / rail : un des dossiers majeurs du mandat Estrosi
le 15/12/2015

Les transports sont l’une des principales compétences des régions. Christian Estrosi, le nouveau président (LR) de Paca, va désormais devoir gérer une nouvelle concurrence pour le rail, pourtant déjà mal en point : celle des bus dont le gouvernement déréglemente le marché. Une enquête publiée dans le Ravi daté novembre 2015.

Avant que la conférence sur le climat (Cop 21) ne s’ouvre à Paris, le gouvernement a donné son feu vert à une vague déferlante de bus diesel sur les routes françaises. Ce qui a tout l’air d’être une mauvaise blague est en réalité l’application d’un des volets de la loi Macron, prévoyant la libéralisation des lignes d’autocars. Porté par le jeune ministre de l’Economie aux dents longues, le projet a été adopté en juillet par le parlement. Il prévoit que « d’ici 1 an, 5 millions de personnes seraient susceptibles d’emprunter des autocars chaque année », contre 110 000 en 2014. Soit une littérale explosion du nombre de passagers, avec tous les risques que cela comporte en termes d’environnement, de santé publique et de sécurité... Un dossier peu commenté dans la campagne électorale alors que les transports - sur rail et sur route - sont l’une des principales compétences des nouvelles régions.

Le volet « bus » de la loi Macron rend furieux Claude Jullian, le président de la Fédération nationale des associations d’usagers des transports (Fnaut) Paca. Pour lui, l’ouverture de lignes d’autobus n’a de sens que si elles viennent compléter un réseau de rail déjà existant : « On se moque du monde. C’est totalement incohérent, avant de remplir des cars il faut déjà s’assurer que les trains de la région fonctionnent bien, ce qui est loin d’être le cas. La loi Macron va créer une concurrence déloyale qui pourrait entraîner la fin du rail. »

La société privée anglaise Megabus.com, et l’allemande Flixbus, proposent désormais des trajets Marseille-Nice, Marseille-Lyon, à des prix défiant toute concurrence. Des tarifs qui peuvent descendre jusqu’à 1 euro en fonction des dates. « Je me pose réellement des questions quant à la légalité de tout ça, sachant qu’il est interdit de vendre à perte », ajoute Claude Jullien. Mais la SNCF n’est pas en reste puisqu’elle lance elle-même des lignes d’autocars Ouibus à prix cassés : entre Marseille, Aix-en-Provence et Nice, depuis septembre, et entre Marseille, Nice, Lyon et Paris à partir de novembre…

Jean-Marc Coppola, « locomotive » du Front de gauche sur la liste Région coopérative, parle de la libéralisation des lignes d’autocars comme « d’un non-sens très grave ». Le vice-président sortant du Conseil régional y voit une menace pour l’environnement « dans une région déjà extrêmement polluée », ainsi qu’une dégradation des conditions de transport pour les usagers et de travail pour les salariés. « C’est un enfumage, un moyen pour ne pas agir sur le pouvoir d’achat des plus démunis. On va tirer vers le bas le confort, la sécurité, et les conditions sociales garanties par le service public. » Un désaccord profond avec le Parti socialiste qui ne devrait cependant pas influer sur la stratégie à adopter par le Front de gauche et les écologistes au second tour, prêts à s’allier pour ne pas « favoriser l’élection de l’extrême droite ».

Du côté du parti Les Républicains (LR), le silence est roi. Personne n’a souhaité répondre à nos questions sur le déploiement des bus diesel. Même pas Bernard Deflesselles, joint par téléphone, pourtant candidat sur les listes de Christian Estrosi et conseiller sortant à la commission des transports de la région Paca. Le député-maire de Nice et ses équipes promettent plus de trains, plus sûrs et plus ponctuels, mais semblent tout ignorer de la nouvelle concurrence que la loi Macron va favoriser entre le rail et la route.

Christophe Madrolle, tête de liste PS aux régionales dans les Bouches-du-Rhône, veut voir le verre à moitié plein. Celui qui est aussi secrétaire général de l’Union des Démocrates et Ecologistes (UDE) revendique l’application d’une « écologie positive » : « Tout ce qui permet de sortir du tout-bagnole est bon à prendre. Les bus ne viendront pas concurrencer les TER car ils touchent une autre clientèle habituée des trajets longs en voiture. C’est une offre complémentaire, qui permettra de développer des territoires et de réduire les émissions de CO2. »

Un argument contre lequel s’offusque Jean-Yves Petit, vice-président EELV sortant du Conseil régional Paca, délégué aux transports. « Nous reculons. Le transport en autocar doit représenter une offre complémentaire alors que dans notre région il entre en concurrence avec le rail. La recherche du profit à court terme fragilise le service public et met en danger le transport dans les zones géographiques isolées. La mission de la région est de garantir le bien-être de tous.  »

Les menaces qui pèsent sur le service public et les conditions de travail font aussi monter au créneau Philippe Adam du Front national. L’ex-conseiller régional et départemental d’extrême droite, actuellement élu d’opposition à la mairie de Salon-de-Provence, s’inquiète de l’arrivée d’entreprises étrangères : « C’est une concurrence déloyale, ces compagnies ne sont pas soumises aux mêmes règles et aux mêmes normes. En conséquence, nous allons assister à une dégradation des conditions de travail des salariés français, ainsi qu’à la disparition des lignes de train pas assez rentables.  » Et pour la mise en œuvre d’une véritable politique de développement durable ? L’affaire ne va pas bon train...

Sylvain Labaune

@-Leravi - http://www.leravi.org