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La barrière de la langue

le Ravi abolit les frontières
le 2/03/2016

Pour s’intégrer, mieux vaut, paraît-il, parler français. Mais les structures qui l’enseignent sont souvent saturées ! Heureusement, existent des alternatives. Comme au Kiosque, à la Belle de Mai. Reportage.

S’en sortir en France, c’est déjà s’en sortir en français. Et c’est pas gagné. Car si, pour les enfants, c’est loin d’être la panacée, pour les adultes, c’est encore pire. Maria, jeune Albanaise réfugiée en France, porte à bout de bras, d’administration en administration, ses parents. Depuis trois ans, elle a pu commencer à apprendre la langue mais ses parents, eux, ne parlent toujours pas un mot de français.

Les cours de FLE (Français langue étrangère) proposés par les structures classiques - l’Ofii, le Cieres, les centres sociaux (1) - sont débordés. D’où, pour faire face au flux, la mise en place de critères : avoir des enfants, être ressortissant européen... Ces critères, certains les refusent, organisant ailleurs et autrement l’accès à la langue, passeport obligé vers l’autonomie.

Comme au Kiosque, dans le quartier populaire marseillais de la Belle de Mai qui, deux fois par semaine (2), accueille des cours de FLE initiés par une universitaire, Anne-Marie, avec l’appui d’étudiants bénévoles, comme Gabriel et Maëlle.

Ce samedi, une petite dizaine de personnes s’installe autour de la table. Un groupe constitué au fil des mois. Mais aussi des nouveaux, comme Adrian, aussitôt accueilli. Ils sont turcs, anglais, suisse, égyptien, tunisien, roumain... Et, du fait de notre présence, parleront ce matin-là de la presse et des médias. Face à une bibliothèque, le tableau noir se couvre de quelques mots. Mais, au Kiosque, on travaille avant tout l’oral. En accordant beaucoup de place à la langue maternelle : « Ici, on laisse parler sa langue, sourit Anne-Marie. Car il ne faut pas croire que sa langue n’est pas une ressource. Au contraire !  »

Chacun active ses compétences en accueillant celles des autres. Rendre la parole à ceux qui, s’ils ne parlent pas, ne pourront se faire entendre, c’est ça l’idée. «  Si tu ne parles pas la langue, tu n’oses pas demander  », confie un apprenant. Ici, la parole, partagée se libère et on parle de cours de FLE, pas de FLI (Français langue d’intégration) : « Ça créerait un rapport bizarre à la langue, note Gabriel. Ça devient un critère supplémentaire...  » Pas question au Kiosque de faire de la langue ce qu’elle ne devrait pas être. «  On est là pour ouvrir les barrières, pas pour fermer les portes, assène Anne-Marie. Et ici, on ne prépare pas aux examens. Mais à la vie de tous les jours.  »

Cette démarche permet la formation d’un petit groupe. Fonctionnant à l’énergie, à l’engagement, elle n’en souligne que davantage le côté « rustine » des dispositifs existants. Le Kiosque n’a pas encore beaucoup de liens avec les structures du quartier mais est toutefois en relation avec l’association « Mot à mot » à quelques rues de là et le collège de la Belle de Mai.

Avant de se poser dans le quartier, les cours de FLE ont eu la bougeotte, se baladant de squat en squat. Pas toujours facile de s’y retrouver. Adrian a eu vent du Kiosque en voyant une affiche à Noailles. Dans ses poches, une autre « trouvaille » : un flyer de la Casa Consolat où il y a aussi des cours de FLE, mais payants, ceux-là. De fait, ce qui fonctionne, c’est le bouche à oreille. «  Ici, on appelle ça le téléphone arabe, rigolent quelques apprenants. Et ça fonctionne plutôt pas mal !  » Après tout, n’y a-t-il pas désormais, comme le rappelle Anne-Marie, une chaire d’Arabe de France à l’université ?

Rachid Bourega & Annie-Claude Jeandot

1. Ofii : Office français de l’immigration et de l’intégration. Cieres : Centre d’innovation pour l’emploi et le reclassement social. A noter que le centre Saint Gabriel dispense aussi des cours de FLE.

2. Le Kiosque, 38 rue Clovis Hugues, 13003. Les cours de FLE ont lieu le mardi en fin d’après-midi et le samedi en fin de matinée.

@-Leravi - http://www.leravi.org