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Quand Gaudin joue avec nos enfants...

De la gestion des activités périscolaires à Marseille...
le 11/03/2016

Associations payées en retard, problèmes de sécurité, vacuité des animations... La gestion des activités périscolaires par la ville de Marseille en dit long du mépris de son maire pour l’école publique et le monde associatif. Une enquête publiée dans le Ravi n°137 (février 2016)

La vérité, dit-on, sort de la bouche des enfants : «  Papa, aujourd’hui, y a école ? Et cantine ? Ah... Et y a les Tap ? J’veux pas y aller !  » Dans l’école de notre jeune témoin, comme dans 18 autres à Marseille, les activités périscolaires (les « Tap ») étaient assurées par SLFA. Une association qui intervient depuis 2014 dans une trentaine d’écoles à Strasbourg et qui, pour recruter cet été ses animateurs marseillais, est passée par une page Facebook au nom prophétique  : «  Bon plan Marseille  »...

Fin janvier, son président, Yannick Cabald, a préféré jeter l’éponge. En cause ? Les retards de paiement de la ville. «  Ce n’est qu’après avoir médiatisé la situation
-  j’étais au bord de la cessation de paiement - que j’ai eu droit à un premier versement de 40 000 euros. Sauf que la ville nous doit encore plus de 200 000 euros 
 », disait-il à la veille de se retirer, après un ultime mail à la mairie où il prévenait que, faute de règlement, il cesserait toute activité au «  31 janvier  ». Les parents ne vont pas regretter SLFA. Pourtant, sur leur site, entre une citation d’Aristote et quelques photos de minots, l’association met en avant la «  sécurité  », la «  formation  » de ses intervenants... A la rentrée, c’est la douche froide : absence de matériel, intervenants pas ou peu formés et même «  problèmes de sécurité  »  !

D’après un courrier de novembre des parents de l’école Saint-Savournin, profitant qu’en plein «  plan Vigipirate renforcé, les portes de l’école  » n’étaient «  pas fermées  », «  une maman a pu entrer et conduire son enfant aux toilettes pour le nettoyer (faute d’attention, il s’était sali) sans qu’aucun animateur, vingt minutes durant, ne remarque ni l’absence de l’enfant ni l’intrusion de sa maman  ». Une autre, «  constatant que les animateurs étaient dépassés  », serait «  rentrée dans la cour pour récupérer cinq enfants, prétextant que la directrice était au courant  ». Sans «  vérification d’identité  » ni «  le moindre coup de fil à la direction  »...

Pire que dans la jungle

Et de dénoncer la faiblesse du taux d’encadrement, l’importance du turn-over, la vacuité des activités proposées... Soupir d’un responsable de SLFA sur Marseille : «  Dans l’animation, même sans rien, on peut faire quelque chose. Mais pour beaucoup, sans rien, on ne peut rien…  » Et Cabald d’ajouter : «  Difficile d’exiger quoi que ce soit quand vous payez vos salariés en retard...  » Fin 2015, l’adjointe en charge des écoles, Danièle Casanova (1), affirmait avoir «  saisi l’association pour la mettre en demeure de respecter le cadre fixé par le marché et surtout assurer la sécurité des enfants  ». Sauf que - et c’est ce que dénonce SLFA dans ses courriers - de son côté, en payant en retard, la ville, elle non plus, n’aurait pas rempli sa part du marché.

C’est ce que pointe le Coin des loisirs, une association marseillaise, à deux doigts d’attaquer la ville en justice : «  On n’a toujours pas été payé pour la dernière tranche de 2014-2015 - la ville nous doit près de 30 000 euros - et, pour l’année en cours, on n’a reçu que 35 000 euros, soit à peine un mois !  » Commentaire du responsable d’une autre structure  : «  On intervient en Guyane, dans des zones où les gosses arrivent en pirogue. Même dans la jungle, c’est mieux organisé !  »

Le Coin des loisirs a tenté de fédérer d’autres associations autour de sa démarche. Mais sans succès : «  La plupart sont frileux parce qu’ils dépendent d’une manière ou d’une autre de la ville. Mais ce n’est plus possible d’accepter d’être traité comme ça. Si j’arrive à tenir, c’est parce que mon banquier sait comment ça se passe ici. Je veux bien que la ville soit hostile à cette réforme. Mais c’est comme si tout était fait pour mettre les petites structures à genoux. Car, dans de telles conditions, seuls les gros ont les reins assez solides pour supporter de tels retards...  »

L’école privée gagnante

Il est vrai qu’après être passée en 2014 par un appel à projet (un dispositif plus « souple » pour le donneur d’ordre), la ville a dû en 2015 lancer un appel d’offres en bonne et due forme. Une procédure ouverte à tous... Mais, face à la défection à la rentrée d’une association lyonnaise qui devait assurer les Tap dans une vingtaine d’écoles, il n’a pas fallu longtemps pour que la ville fasse appel, comme dans le « 6-8 », à «  des associations de qualité : AIL, Francas, Ifac, Léo Lagrange  ». Le bras droit de Gaudin, Yves Moraine, est d’ailleurs l’un des rares à avoir organisé dans sa mairie, face à la grogne des parents, une réunion sur les Tap.

Cette situation n’en est pas moins transitoire puisque vient d’être lancé un nouvel appel d’offres pour une quarantaine d’écoles qui n’avaient jusque-là pas trouvé preneur. Un marché de 1 à 5 millions, qui débutera au 15 juin et qui précise que «  les règlements seront effectués par virement bancaire dans un délai de 30 jours  »...

A la veille de lancer une nouvelle consultation auprès des parents d’élèves sur les Tap, Séverine Gil, la présidente de MPE 13, est remontée : «  A la base, les Tap visaient à alléger la journée des enfants et à leur apporter quelque chose. Là, il n’y a ni projet ni vision. C’est de l’occupationnel. Si ça se passe bien dans 5 % des écoles, c’est le bout du monde. Quand on voit ce qui est exigé pour ouvrir une crèche, comment ce qui se passe peut être accepté par la Caf, l’Education nationale, les services de la jeunesse et des sports ? En attendant, ceux qui profitent de cette situation, c’est l’école privée qui n’est pas tenue d’organiser les Tap...  »

Depuis, la ville est censée assurer une «  garderie sécurisée  » dans les écoles dont s’occupait jusque-là SLFA. Mais les parents ont d’ores et déjà prévu d’assurer une veille. Parce qu’à Marseille, on ne sait jamais. Si ce n’est que ça peut toujours être pire.

Sébastien Boistel

1. Comme à son habitude, elle a refusé de répondre au Ravi.

Tap dans ta gueule

le Ravi s’est procuré le rapport d’évaluation de la ville de Marseille sur les Tap, les "temps d’activités périscolaires". Où la municipalité y démontre, une fois de plus, qu’elle se préoccupe plus de dénoncer la réforme des rythmes scolaires que d’assurer une prestation de qualité aux enfants des écoles publiques...

Pour consulter le rapport, cliquez par ici

@-Leravi - http://www.leravi.org