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Ça déménage dans les médias !

La presse quotidienne régionale en Paca dans tous ses états
le 30/05/2016

Grandes manœuvres, appel à don et nouvelle formule : de La Provence à Nice-matin en passant par La Marseillaise, état des lieux de la presse régionale.

Alors que les députés viennent d’adopter un texte censé renforcer « la liberté, l’indépendance et le pluralisme », dans les médias, en ce moment, ça déménage ! Et pas qu’à Marsactu, le « pure player » marseillais cambriolé par deux fois. Radio Grenouille, à Marseille toujours, lance un appel à don, Radio Galère des « bouffes de soutien » et à « City Post », c’est presque du jour au lendemain que les journalistes ont appris la fermeture du site.

Du côté de la presse quotidienne régionale aussi, ça sent les grandes manœuvres. Prenez La Provence. Fin 2015, Bernard Tapie, patron du titre, est condamné à rembourser, dans le cadre de l’affaire Adidas, plus de 400 millions d’euros. Si l’homme d’affaires fait tout pour enclencher une procédure de sauvegarde afin de mettre son groupe à l’abri, s’invite au capital du journal un investisseur belge, le groupe Nethys.

La PQR à l’heure belge

Pour l’heure à 11 %, les Belges ne semblent pas vouloir grimper davantage. Le CE a toutefois décidé de faire appel à un cabinet d’avocat pour suivre la procédure de sauvegarde, « le parquet ayant fait appel, les choses pourraient évoluer rapidement », note-t-on côté syndical. En attendant, La Provence va devoir payer les indemnités de la trentaine de journalistes qui avaient fait jouer la clause de cession lors du rachat par Tapie, « une procédure qui va nous coûter 130 000 euros, déplore un journaliste, de l’argent qui aurait pu servir à autre chose ».

Le calme avant la tempête ? Peut-être. Un an et demi à peine après être devenu une coopérative, Nice-matin est en train d’ouvrir son capital. « Malgré les économies, on a beau être à l’équilibre, pour se développer, il faut du cash, explique Patrice Maggio, rédacteur en chef de Var-matin. On cherche un repren... euh, un partenaire. »

Alors que les salariés se prononceront en avril sur les offres
-  avec, comme condition, dixit un journaliste, que
« notre voix reste prépondérante et qu’on ne touche pas aux effectifs » - il y aurait une dizaine de prétendants. Dont le belge Nethys, d’aucuns croyant déceler l’ombre de Tapie derrière. De quoi faire ressurgir un vieux serpent de mer : un « arc méditerranéen » médiatique.

Une Marseillaise nouvelle formule

Pendant ce temps, un an après la reprise par les éditions des Fédérés (présidées par le patron du PCF 13) et moyennant un plan social de 91 salariés, La Marseillaise lance une nouvelle formule. Avec une maquette qui « met en avant le local » et qui « cadre davantage avec notre effectif », dixit un journaliste, le quotidien, misant sur « l’enquête » et sur le réseau de ces « héros du quotidien » que sont ses lecteurs, espère trouver un second souffle.

En effet, d’après nos informations depuis le début de l’année, le titre vend à peine plus d’un millier d’exemplaires par jour dans les Bouches-du-Rhône. Des chiffres « en deçà de la réalité », rétorque le président du titre, Patrice Lecomte. Nous sommes 20 % au-dessus de janvier 2015 (Ndlr le mois de la tuerie à Charlie). Et depuis la nouvelle formule, nous n’avons que de bons retours ».

Reste que ce titre indépendant que cet ancien de L’Humanité refuse de définir comme « communiste » et qu’il revendique comme « journal régional d’opinion » est toujours dans le rouge. « Avec une baisse sensible des aides à la presse et le recul de la pub, rien ne dit que d’ici un an, le journal ne se retrouve de nouveau devant les tribunaux », redoute Emmanuel Vire, le secrétaire général du SNJ-CGT. Et de soupirer : « Ça ne va pas bien pour la presse communiste. Le Patriote n’est plus qu’une feuille, Le Travailleur Catalan ne compte plus qu’un salarié. Même L’Humanité est au plus mal ! »

Alors que La Marseillaise accueille désormais en son sein Zibeline, le gratuit culturel étant devenu supplément du quotidien, et que la CGT, en congrès à Marseille fin avril, compte faire la fête au siège du titre, le syndicaliste espère que ce journal « indispensable pour les luttes » saura « s’ouvrir ». Et le journaliste Léo Purguette de mettre ainsi en avant « de nouveaux chroniqueurs ». Pas toujours simple ! Dans le premier numéro de la nouvelle formule : un édito du patron du PCF 13, un bon de commande pour son prochain bouquin, un message du maire communiste du Rove et une pleine page à la gloire du patron du Mondial à Pétanque, Michel Montana. Mais, après tout, la révolution, n’est-ce pas aussi le retour à la case « départ » ?

Sébastien Boistel

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La Marseillaise, un journal vraiment « pas pareil » ?

Un an après la reprise du journal près d’une quarantaine de salariés sont aux prud’hommes.

A en croire le premier numéro de La Marseillaise relookée, François Ruffin, le patron de Fakir, aurait fait un crochet cour d’Estienne d’Orves à Marseille pour dire son attachement à une « presse pas pareille ». Certes, par ses contenus comme par son fonctionnement, le quotidien n’est à nul autre pareil. Pas sûr toutefois que ses salariés scandent tous « Merci patron ! »

Car si la reprise, il y a un an, par les éditions des Fédérés, pilotées par le patron du PCF 13 Pierre Dharréville, a permis au titre de survivre, c’est au prix de la suppression de plus de 90 postes (Cf le Ravi n°128). Et, sur le plan social, le journal est encore loin d’être exemplaire. Aveu d’Emmanuel Vire, secrétaire général du SNJ-CGT : « La Marseillaise n’a jamais été dans les clous. »

En 2013, dans un document intitulé « Pour reconstruire La Marseillaise de demain », au chapitre « social », le syndicat écrivait : « Le journal a toujours ignoré [les] droits fondamentaux, à savoir l’application des lois émanant des consultations avec les organisations syndicales au niveau national et des batailles menées dans l’hémicycle au profit [du] code du travail. » Florilège ? La « valeur du point » n’est « pas respectée », les indices « fantaisistes », la « prime d’ancienneté tout simplement évacuée », le « travail de nuit absolument pas reconnu »

Deux avocats, Olivier Kuhn-Massot et Laure Daviau, se partagent donc pas loin d’une quarantaine de dossiers prud’homaux émanant des salariés de La Marseillaise : près d’une vingtaine de journalistes, une grosse partie de l’imprimerie, quelques photographes, des employés… En interne, rare sont ceux qui acceptent d’en parler. Fabrice Lecomte, président du titre, se refuse lui-même au moindre commentaire : « Cela concerne l’ancienne société éditrice. Si, par ricochet, des décisions nous concernent, nous les respecterons. Mais les affaires sont encore en cours puisqu’il y a eu appel. »

Et pour cause : les premières décisions sont pour le moins défavorables pour les salariés. Tout juste se voient-ils accorder, au-delà de la « prime de transport », les rappels de salaire par rapport aux minimums conventionnels (l’écart étant aux alentours de 20 %). Mais pas question pour les tribunaux de reconnaître aux journalistes, tous cantonnés au statut de « rédacteur », celui de « reporter ». Notant que, jusque-là, les salariés n’avaient pas « exprimé cette demande », les prud’hommes considèrent en substance que les articles ne dépassent pas l’intérêt « local ou régional ». Etonnant pour un titre qui a vu l’un des siens recevoir le prix Albert Londres ! Lecomte, inflexible : «  Il n’y a pas, à La Marseillaise, de reporter. » Il n’y a plus, non plus, de photographe, l’un d’eux n’ayant d’ailleurs guère apprécié de voir le titre utiliser, depuis son départ, près d’une trentaine de ses clichés.

D’aucuns s’interrogent face aux décisions de juges qui émanent soit des employeurs, soit des salariés. Remonté, un avocat assène : « L’explication, elle est simple. Pour certains, ceux qui attaquent La Marseillaise sont des socio-traîtres qui ne valent même pas la balle pour les abattre. » Autre hypothèse d’un de ses collègues : « C’est la crise. Et c’est le patronat qui finance les AGS », le fonds de garantie des salaires en cas de liquidation ou de redressement. Et les avocats d’espérer des décisions « plus clémentes en appel ».

Au-delà, un bras de fer s’est engagé avec deux journalistes ayant voulu faire jouer la clause de cession. L’une d’elles, au motif que la cession n’était pas effective au moment de sa demande (quoique avalisée par le tribunal !), se verra remettre une attestation Pôle Emploi la considérant comme démissionnaire, la privant ainsi de toute indemnité ! Et l’autre, en arrêt maladie depuis plusieurs mois, après s’être vu expliquer que « l’entreprise considère que la clause de cession ne s’applique pas », d’être mise en demeure de reprendre son poste. Et ce, alors qu’elle réclame devant les prud’hommes une requalification… Lecomte refuse de commenter ces affaires qui « seront tranchées par la justice ».

Des dossiers suivis de près par le SNJ. Car, depuis la reprise du quotidien par les Fédérés, c’en est fini du monopole de la CGT. Grimace côté SNJ-CGT : « Moi aussi, j’aimerais que La Marseillaise respecte le droit du travail. Mais si elle le faisait du jour au lendemain, elle mettrait la clé sous la porte. Des discussions se sont engagées pour que le rattrapage se fasse d’ici trois ans. » Un délai a déjà été évoqué en 2008, un an après la première grève du titre, en atteste cette mini-édition « collector » du journal titré : « La Marseillaise défend tous les salariés, sauf les siens. »

S. B.

@-Leravi - http://www.leravi.org