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Grévistes, CGtistes : les coupables parfaits

C’est quoi ce travail ?
le 23/06/2016

Chômage, précarité, souffrance, loi El Khomri : le travail est victime de nombreux maux. Alors le Ravi, avec le sociologue Christophe Massot, le met en mots tous les mois à travers des témoignages bruts. Jérôme Amata, contremaître mécanique et délégué syndical CGT au CNM (Chantier naval de Marseille groupe San Giorgio del Porto), parle du combat pour sauver la réparation navale à Marseille.

« Dans les différentes entreprises, on peut délocaliser. On peut transporter les machines et les envoyer dans n’importe quel pays du monde. Tandis que nous, nos formes, nos bassins, ce n’est pas transportable. Nos infrastructures, elles sont là. Donc le travail est obligé de se faire ici. Et c’est ça notre atout. De 2006 à 2009, notre employeur c’était Boluda, un groupe espagnol qui avait différents chantiers dans le monde, notamment à Barcelone. Ce qu’il s’est passé avec nous en 2009, avec le projet de fermeture de la forme, Barcelone l’a connu un peu plus tard. Et à Barcelone, il n’y a pas la CGT. Et aujourd’hui, il n’y a plus de réparation navale sur Barcelone. Pourtant, il y a des arrêts de croisière. Il y a tout ce qu’il faut. Ils ont des bassins comme nous. Sauf qu’aujourd’hui, il n’y a plus rien là-bas, y’a un désert industriel.

[A Marseille], pour supprimer l’emploi sur le port il fallait bien trouver des excuses. Et des coupables. On était les coupables parfaits : des feignants, des grévistes, la CGT. Des élus et la municipalité nous ont traités de choléra. [Mais] nous on s’est efforcés à rester sur les lieux. On aurait pu toucher le bouquet comme ça se faisait un peu de partout. Une enveloppe et on se dit : on passe à autre chose. On aime notre métier, on y croyait. On savait qu’il y avait tout le temps des bateaux à réparer. Et on ne voulait pas d’enveloppes parce que pour la plupart, il reste 20 ou 30 ans de carrière à faire. Ça fait maintenant six ans, en juillet, qu’on aura repris. Qu’il y a des perspectives énormes d’activité.

Et puis, notre but aussi c’est de passer le flambeau. Les anciens étaient là. Ils nous ont passé ce savoir-faire et, nous, notre but c’est de le passer à la jeune génération. Nous on demande juste des locaux qui soient situés sur le port pour qu’on puisse faire de l’alternance, avec du scolaire et ensuite sur le terrain, pour former les jeunes. Parce qu’aujourd’hui pour les contrats d’apprentissage, les gars sont obligés d’aller à Port-de-Bouc, à Istres. Parce qu’ici, sur la place marseillaise, il n’y a rien qui est prévu pour. [Pourtant], nos politiciens, ils savent faire : ils ont créé une école des métiers de la mer en Tunisie pour former nos concurrents… »

Jérôme Amata. Propos recueillis par Christophe Massot

Christophe Massot anime sur Radio Grenouille la série documentaire « Parole au travail ». Chaque 1e vendredi du mois à 17h.

@-Leravi - http://www.leravi.org