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Les journalistes sportifs hors-jeu ?

Footez-nous la paix !
le 25/08/2016

Dans le football, les journalistes doivent dribbler communicants, confères, langue de bois des joueurs… Et les conditions de jeu ne sont pas toujours très fair-play.

«  D’année en année, c’est plus compliqué, constate Fabrice Lamperti, journaliste à La Provence depuis 2008. On a de moins en moins d’entretiens individuels, une seule conférence de presse par semaine, presque plus accès aux entraînements…  » Michel Garoscio, coéquipier de La Marseillaise, déplore lui aussi les conditions dans lesquelles il faut jouer. «  Pour une interview, on doit donner nos questions d’avance. Si on l’obtient, le service com assiste à l’entretien et enregistre tout. Et si jamais on aborde un sujet non prévu, il empêche le joueur de nous répondre…  »

Il y a 20 ans, tout était différent. Les joueurs étaient interviewés en slip dans les vestiaires ou même au bar autour d’un verre  ! Le terrain aurait commencé à se dégrader à partir des années 80, selon Eric Maitrot, ancien journaliste sportif d’investigation : «  Des gens comme Bernard Tapie ont compris que les polémiques naissaient à cause des journalistes… Alors ils ont mis en place la non-communication.  »

Pour mettre hors-jeu les journalistes, l’Olympique de Marseille donne naissance à l’OM TV et om.net. Pour Michel Garoscio, de La Marseillaise, «  ce sont des sortes de bulletins municipaux d’information. Les entraînements, les anecdotes quotidiennes  : tous ces petits trucs qu’on avait l’habitude de faire, ils le font eux-mêmes désormais. Mais en mode bisounours  !  »

Mais pour Michel Aliaga, de France 3, il faut aussi adresser un carton à la sur-médiatisation : «  Avant, La Provence et France 3 étaient chouchoutés  : on était indispensables à l’OM  ! Mais aujourd’hui, il y a Canal +, Bein Sport, TF1, les sites internet… On se marche tous dessus.  » Dédé di Rocca, autre figure de la presse sportive locale, siffle lui aussi contre cette couverture médiatique : «  Aujourd’hui, les journalistes s’intéressent beaucoup à la vie privée des joueurs. On cherche le buzz.  »

Sur cette pelouse médiatique de plus en plus impraticable, difficile de se démarquer. C’est dans ce contexte qu’est née la « Presse Pas Pareille » du ballon rond avec des équipes telles que So Foot, Horsjeu.net ou encore Les Cahiers du football. Dans ces médias, on parle de foot différemment  : plus d’humain, plus d’humour… Et les lecteurs sont au rendez-vous  !

L’avenir du journalisme foot n’est-il pas finalement entre les mains de ces nouveaux acteurs  ? L’OM Forum, communauté numérique de supporters du club, propose des fact-checking et des analyses de grande qualité. Urba, un des piliers du site, explique «  recevoir beaucoup de compliments des médias nationaux. Par contre, la presse mainstream marseillaise a tendance à nous boycotter  ». Comme en coupe de France, les professionnels ont parfois peur d’être éliminés par des amateurs…

Louis Tanca

Cet article a été publié dans le Ravi n°141 en juin 2016

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