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« La culture est un bien collectif »

Culture en crise... identitaire
le 4/10/2016

Alexia Vidal, comédienne, metteur en scène, membre du collectif des intermittents et précaires (CIP) d’Avignon, partage son point de vue sur le travail, l’intermittence et la culture.

Défense des droits des intermittents, des précaires, et lutte contre la loi travail, même combat ?

Oui. L’assurance chômage, y compris celle des intermittents du spectacle, et la réglementation du travail sont les deux mâchoires d’un même système. Les propositions scandaleuses qui ont émergé lors des négociations sur l’assurance chômage, comme la dégressivité des indemnités, et la loi El Khomri attestent d’une volonté de dégrader les droits des travailleurs. Dans un système où le contrat court tend à devenir la norme, où la loi El Khomri prévoit de faciliter les licenciements, le travail se précarise. La situation de l’ensemble des travailleurs et chômeurs se rapproche ainsi de celle des intermittents et précaires. Le Collectif des intermittents et précaires (CIP) se mobilise donc aussi contre la loi El Khomri, dans un esprit de convergence des luttes.

Le régime des intermittents du spectacle pourrait-il servir de base à un modèle alternatif pour l’ensemble des travailleurs précaires ?

Oui, complètement. Il existe d’ailleurs au sein de la CIP une commission « Nouveau modèle ». Elle réfléchit à un régime d’assurance chômage pour les travailleurs précaires. Ses travaux se fondent sur le régime des intermittents du spectacle. La proposition d’une « intermittence pour toutes les intermittences de l’emploi » est en cours de formalisation. Nous la construisons à travers des universités ouvertes, des forums, des débats et des échanges avec les décideurs politiques.

Quel est votre vision de la culture ?

Sur le plan individuel, la culture, en tant que pratique artistique, permet de s’affirmer, de se connaître, de trouver sa place dans un groupe. Sur le plan collectif, la culture est un moyen de faire passer des réflexions, des émotions. Nous défendons une vision non marchande de la culture. Il est essentiel d’appréhender cette dernière comme un bien collectif. Un bien qui d’un point de vue financier rapporte parfois moins qu’il ne coûte. Mais qui est source de richesse intellectuelle et émotionnelle. Le rôle des intermittents du spectacle est de faire vivre la culture pour qu’elle produise cette richesse non financière. A travers les représentations, l’action culturelle et l’enseignement, les intermittents ont également un rôle de transmission.

Entretien réalisé par Clément Champiat

Enquête publié dans le Ravi n°142 daté juillet-août 2016

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