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Les amis d’Hyères font les clients d’aujourd’hui

le 3/06/2005

La commune d’Hyères, dans le Var, s’enorgueillit d’avoir vu son site internet récompensé par un le net d’or en 2003. Mais si Hyères est à la pointe du progrès dans le domaine de la communication et du multimédia, ses mœurs politiques paraissent encore d’un autre âge. Bien plutôt, Hyères fournit un parfait laboratoire du clientélisme, de ses stratégies et de ses conséquences.

Comme presque toutes les villes de la Côte, Hyères a vu sa population fortement croître en quelques années, passant en 30 ans de 30 000 à plus de 50 000 habitants. Il s’agit, principalement, d’une immigration issue du Maghreb (Pieds Noirs puis Algériens et Marocains) et de retraités, plutôt aisés, en provenance du Nord de la France, voire plus au Nord encore. D’autre part, le territoire de la commune est immense, puisque la superficie d’Hyères dépasse celle de Paris (plus de 13 000 hectares). Les réserves foncières sont essentiellement des terres agricoles appartenant à de très vieilles familles hyèroises, à des descendants d’immigrés italiens et, dans une moindre mesure, à des Pieds Noirs. Ici, comme à Nice sous Jacques Médecin où le clientélisme était une stratégie permettant aux Niçois de souche de conserver le pouvoir [1], le clientélisme n’est pas tant un système de services réciproques établis d’individus à individus qu’une communauté d’intérêts partagés entre les membres d’un groupe social homogène, organisé pour accaparer et conserver le pouvoir et les outils de décision afin d’accéder à des profits futurs. Ces profits sont les ressources classiques du clientélisme, le logement social, en sous nombre, et les emplois publics ou parapublics. Mais surtout, le clientélisme permet aux propriétaires fonciers de garder la haute-main sur le plan local d’urbanisme. Ce qui fédère ce groupe homogène, c’est l’espoir de transformer des terres agricoles en zones constructibles.

Politiquement, ça marche. En 2001, l’indéracinable Léopold Ritondale, garant de la bonne continuité du système, a été réélu pour la quatrième fois, à 81 ans. Du fait de la division des candidatures à droite, il lui a suffit pour cela de moins de 10 000 voix, et encore a-t-il fait mieux qu’en 1995, où moins de 7 400 voix lui avaient suffit. Si l’on enlève les électeurs qui voteront systématiquement pour le maire sortant, on voit qu’il suffit au maire en place, pour se maintenir, de contrôler un petit nombre de voix.

Sont exclus de ce système ceux qui, justement, ne votent pas, les retraités allogènes, guère intéressés par les mœurs politiques locales, que l’on ne cherche d’ailleurs pas à intéresser et qui, de toute façon, ne sont pas demandeurs d’autres biens et services que des parterres bien entretenus. Sont également exclus les plus pauvres, condamnés à s’expatrier ou à se contenter du RMI. Car l’autre conséquence de ce clientélisme, c’est un immobilisme économique, les seuls emplois encore disponibles étant des emplois publics ou parapublics.

François Cambillard/GM

@-Leravi - http://www.leravi.org