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La Palestine, oubliée

Une tribune libre de Pierre Stambul, de l’Union juive française pour la paix (UJFP)
le 26/10/2016

Le coprésident de l’Union juive française pour la paix (UJFP) revient de deux voyages en Cisjordanie et à Gaza. Témoignage.

Avec le chaos que connaît le Proche-Orient, les médias ne parlent plus de la Palestine. Les choses sont pourtant simples. Entre Méditerranée et Jourdain, 50 % de la population est palestinienne. Mais les Juifs israéliens possèdent tout : la terre, la richesse, l’eau, la puissance politique, la puissance militaire, la liberté de circuler. Des décennies d’occupation, de colonisation, de crimes impunis, d’emprisonnement massif et de discriminations, ont fragmenté la société palestinienne. On vit une situation d’apartheid avec un gouvernement israélien d’extrême droite qui nous rappelle les pires moments du colonialisme français. Les dirigeants occidentaux soutiennent inconditionnellement la reconquête coloniale et le « sociocide » à l’œuvre. Le gouvernement français qui multiplie les signes d’amitié à des fascistes comme Lieberman et qui essaie de criminaliser le BDS (« Boycott, Désinvestissement, Sanctions ») porte une grave responsabilité dans la situation en Palestine.

Deux voyages récents, l’un en Cisjordanie (décembre-janvier) et l’autre dans la bande de Gaza (mai-juin) m’ont permis de mesurer l’aggravation de la situation. Je précise que dans les deux voyages, je me suis systématiquement présenté comme coprésident de l’Union Juive Française pour la Paix (UJFP) et comme militant pour un « BDS » total contre l’État d’Israël. Les Palestiniens répètent à l’envi : « Nous ne sommes pas contre les Juifs, nous sommes contre l’occupation.  » En Cisjordanie, la colonisation n’est plus rampante. Tous les jours, des colonies s’agrandissent, des maisons sont démolies, des terres sont confisquées. Ce qui reste de la Palestine ressemble de plus en plus à des réserves indiennes encerclées avec quelques zones surpeuplées, isolées les unes des autres. 700 000 Israéliens vivent au-delà de la « ligne verte », la frontière internationalement reconnue. Les colons forment plus de 10 % de la population mais aussi la moitié de l’armée et du gouvernement. Les colons et l’armée sont très violents. Plus de 400 Palestinien-ne-s ont été tué-e-s depuis octobre dernier. Dans la ville d’Hébron, 700 « fous de Dieu  » protégés par 2 000 soldats agressent quotidiennement la population et caillassent impunément les enfants qui vont à l’école.

Gaza est une gigantesque cage où 2 millions de personnes sont bouclées. Les jeunes ne sont jamais sortis de la cage. Trois grands massacres ont eu lieu entre 2008 et 2014. La mort arrive de tous les côtés : par mer (les vedettes maritimes), par drone, par hélicoptère, par avion de chasse (les F16), par tank, par les tours automatisées. L’occupant empêche les pêcheurs de pêcher et les paysans de cultiver. Tout est fait pour faire des Gazaouis des « assistés ». Les Gazaouis ne sont pas des terroristes. Gaza est une société normale dans une situation totalement anormale. Il y a une incroyable diversité d’opinions sur tous les sujets. Au blocus s’ajoute une autre plaie : la division palestinienne. La population majoritairement est très critique contre les deux grands partis (Fatah et Hamas). Elle survit grâce à une société civile éduquée, qui fait jouer toutes les formes de solidarité et qui pallie les carences des deux gouvernements rivaux en acceptant de travailler gratuitement.

Et si la Palestine était le laboratoire de la société carcérale qui s’annonce chez nous ?

Pierre Stambul

Tribune publiée dans le Ravi n°144, daté septembre 2016

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