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Trets : une capitale provençalo-culturelle controversée...

Bilan d’un label goût aïoli
le 19/02/2018

En 2017, la commune de Trets (13) a été labellisée capitale provençale de la culture par le conseil départemental des Bouches-du-Rhône. Le bilan laisse comme un goût d’aïoli...

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« Euh, vous êtes sûre que ça a bien eu lieu ici ? », ironise une serveuse du café La Renaissance, à Trets (13), lorsque que l’on cherche à savoir ce que les habitants ont pensé du label « capitale provençale de la culture » décerné à leur commune en 2017. Dans la foulée de MP 2013, la capitale européenne de la culture, et anticipant Marseille Provence 2018, le conseil départemental des Bouches-du-Rhône a décidé, chaque année, d’estampiller une commune de moins de 20 000 habitants afin de l’aider à mettre en lumière sa propre programmation, grâce à un soutien logistique et financier, mais aussi en délocalisant sur ce territoire semi-rural certains spectacles de grands festivals départementaux.

Street-art et bouffonnade

De mai à décembre, c’est donc Trets, commune de 11 000 habitants nichée entre la Sainte-Victoire et le Mont-Aurélien, qui a été labellisée. Sur quels critères, par qui et comment, on ne sait pas trop. Sabine Bernasconi (LR), 2e vice-présidente déléguée à la culture, non plus visiblement : «  Je pense que Trets a dû candidater. Je suppose que c’est discuté avec les maires... Tout cela doit se faire de gré à gré... » Jean-Claude Féraud, maire LR de la commune est aussi 3e vice-président du conseil départemental, ça a peut-être aidé à prendre une décision...

L’édile est très fier de cette labellisation et aujourd’hui qu’elle arrive à son terme, il en tire un bilan plutôt positif : « Cela a permis à la commune d’avoir à la fois de grands spectacles de qualité et de magnifier sa propre programmation. » Selon le maire, l’opération aurait drainé entre 12 000 et 15 000 personnes. « Pour le plus grand bien-être de nos petits commerçants ! », ajoute-t-il. Notre employée de café rit jaune : « Ça n’a rien ramené du tout, en tout cas pas dans le centre-ville… » Un patron de snack fait le même constat : « Lorsque que le Festival de Martigues s’est produit dans les rues, personne n’était au courant, c’est dommage, ça aurait pu faire venir du monde dans un village qui se meurt. » Assis sur un banc face à la mairie, Michel et ses copains retraités sont perplexes. « Tout ça est une bouffonnade ! », s’énerve Michel. « C’est du tape-à-l’œil ! », lance son collègue. Il faut dire qu’en ce moment c’est plutôt le « street-art » qui intéresse les habitants. En effet, depuis juillet, un corbeau tague les murs de la commune mettant en doute la probité du maire. Ce dernier a déposé plainte.

Robots, ail et art lyrique

Une expo sur les robots et les super-héros, un spectacle sur Pagnol, une conférence sur JFK, un salon de la BD ou encore un marché à l’ail auxquels se greffent des dates de grands festivals du département, cette capitale provençale ne semble pas vraiment avoir de logique programmatique... « Le seul fil rouge, nous explique Sam Khebizi, directeur des Têtes de l’art à Marseille et habitant de Trets, c’est de faire rentrer des spectacles déjà conventionnés dans le planning. Le seul moteur de la programmation, c’est celui-là. » Lors du lancement, en mai dernier, la subvention annoncée par le conseil départemental était de 40 000 euros. A ce jour, Trets a reçu 48 000 euros plus 20 000 euros de rallonge. Pas énorme en effet pour construire une capitale culturelle. « On est dans des éléments d’affichage puisque le mécanisme mis en place par le CD13 pour gérer les capitales provençales de la culture consiste à imposer dans le cahier des charges des grosses structures déjà financées par le département, comme le Festival d’art lyrique ou autre, de réaliser des dates à Trets », note Sam Khebizi. Une jolie façon pour le département de conditionner ses subventions aux grosses structures. Et le Tretsois de poursuivre amer : « On est sur de l’événementiel ! Aucun effort n’a été fait sur l’investissement. Alors qu’à Trets il n’y a toujours pas de salle de spectacle digne de ce nom. Quant à la pratique amateur elle n’a pas du tout été mise à l’honneur. Il y a un véritable verrouillage par ceux qui sont déjà subventionnés. »

Du côté de l’opposition municipale, on se désole aussi : « Dans le mot culture on peut mettre ce que l’on veut, s’énerve Laurent Louis, élu PCF. C’est bien le haut de gamme mais ça n’attire qu’une élite, pas la grosse population du village. » L’élu s’occupe d’une association de musique. Il a proposé ses services à moindre coût mais le maire aurait refusé. « Il faut faire vivre le centre. Jean-Claude Féraud a supprimé le marché du dimanche et fait payer les terrasses plus cher qu’à Aix à des commerçants qui se meurent ! »

L’an prochain, le conseil départemental mettra à l’honneur quatre capitales provençales en plus de MP 2018. Du grand n’importe quoi selon Benoît Payan, conseiller départemental d’opposition PS : « On multiplie les labels comme les pains. On pourrait faire une capitale européenne des santons aussi, c’est scandaleusement passéiste ! Ce n’est pas ça qui fabrique une politique culturelle. Sur notre territoire on est en train de parler "label" alors qu’avec la disparition des emplois aidés, le milieu associatif culturel va souffrir comme jamais. » Et de conclure : « Alors oui on peut bien faire déclamer du Pagnol à un robot qui sent l’ail, mais ça ne résoudra pas le problème ! »

Samantha Rouchard

Enquête publiée dans le Ravi n°157, daté décembre 2017

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