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"Je serai ravi de vous aider mais..."

Contrôle technique des voeux à la presse de Renaud Muselier
le 6/03/2018

Nous avons testé, en janvier, la cérémonie des vœux à la presse au Conseil régional présidée par Renaud Muselier (LR). A lire avant de retrouver dans le Ravi, daté mars, notre nouveau test d’un conseil municipal, celui de Sainte-Maxime (83).

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14h12

Après le portique de l’Hôtel de région à Marseille, ce 25 janvier, on nous confie un épais dossier de presse : «  Un peu de littérature pour patienter.  » Mais les déclarations la veille du président (LR) de la Région, Renaud Muselier, à propos de celui dont il a été le « dauphin », Jean-Claude Gaudin - un «  mauvais maire  » qui a fait «  2 mandats de trop  » - suffisent à tromper notre ennui.

14h30

Tandis qu’une collègue insiste pour être devant
-  « 
 j’appartiens à un groupe de presse important  » - on demande s’il y a quelque espace pour l’opposition frontiste, la seule qui siège dans l’assemblée après le sabordage de la liste PS alors conduite par Castaner : «  Y a presque 80 élus rien que dans la majorité. Si tout le monde venait, il ne resterait que 5 places de libre !  »

12h44

Sur fond bleu, entouré de drapeaux et d’élus (3 de chaque côté et une bonne trentaine aux premiers rangs), Muselier, cravate à pois sur chemise blanche, patate dans la bouche, chaînon manquant entre un frère Bogdanov et Harvey Keitel, se délecte de l’affluence : «  J’sais pas pourquoi y a autant de monde aujourd’hui...  »

12h45

«  Je vous souhaite une belle année 2018. Et tiens à saluer votre profession même si parfois, entre moi et vous, il y a de la friture, du parasitage, des tensions. Mais c’est la liberté d’informer. Une profession difficile. Et, dans une période compliquée, je souhaite bonne santé à vos médias.  » Un ange – exterminateur - passe.

12h47

Pour lui, 2017 fut l’année du «  changement, du bouleversement. A l’international avec Trump. Au national avec Macron. Et ici avec moi.  » Ricanements. «  Pour savoir où on va, faut savoir d’où on vient. On a hérité de la région la plus mal gérée, la plus endettée, celle aux impôts les plus élevés et les services les plus défaillants.  » Et vlan pour Michel Vauzelle, son prédécesseur (PS) ! Pourtant, assure-t-il, «  notre région dispose d’atouts uniques  ».

12h49

Après la carte postale, le voilà prestidigitateur : «  Aujourd’hui, la région est, d’après Les Échos, la mieux gérée de France. Et, d’après La Tribune, la plus dynamique.  » Sa méthode ? « Autorité, écoute et proximité  ». Sa feuille de route ? «  Des résultats sur 3 ans et une vision sur 20.  »

12h50

Estimant pourtant que «  qui fait tout fait rien  », il n’en distribue pas moins bons et mauvais points à Macron et au gouvernement ! Et, lui qui était le matin aux côtés des surveillants des Baumettes pour les soutenir, entre deux vacheries pour la garde des Sceaux, d’annoncer pour eux la «  gratuité des transports dans la région  ».

12h56

Face à la volonté «  centralisatrice  » de l’Etat, Muselier plaide pour «  l’expérimentation généralisée  » : «  ouverture à la concurrence pour les TER  », «  éco-taxe pour les poids-lourds  » et pilotage régional de la « formation ». En tribune, la blonde Caroline Pozmentier, vice-présidente aux relations internationales, pique du nez sur son smartphone et Xavier Cachard, vice-président aux finances, semble au bord de l’apoplexie.

13h03

«  Parlons de la politique chez les Républicains !  » Ça s’agite à la seule évocation des «  municipales  » : «  Je suis président de Région jusqu’en 2021 et j’entends le rester… mais j’aime ma ville. Marseille mérite mieux.  » Et alors qu’il allait entamer un morceau de choix de son discours (en atteste la version écrite envoyée aux journalistes), il hésite. Et renonce : «  Je répondrai à vos questions, ce sera plus simple.  »

13h10

Dont acte, grâce à une première question de La Provence : «  On vous sent très offensif. Est-ce parce que d’autres le sont ?  » Muselier se fait les crocs sur la garde des Sceaux pour mieux attaquer le plat de résistance : «  J’adore Jean-Claude Gaudin. Mais j’ai un problème avec le maire de Marseille.  » Il peut dérouler ce qui était prévu dans son discours : l’impossibilité de «  trouver un terrain pour la cité internationale  », une «  date pour signer le contrat régional d’équilibre territorial  »… «  Et vous voudriez que je me taise ?!  »

13h16

La Marseillaise renchérit. Muselier aussi : «  Je ne peux plus accepter la petite musique qui claironne "tout va bien"  ! C’est vrai que les finances sont bonnes… Et puis la propreté est parfaite ! Je ne peux plus accepter la mélodie du "C’est Marseille, c’est comme ça"  !  »

13h23

Radio Star remet dix balles en demandant à Muselier s’il ne craint pas de «  déstabiliser [sa] famille politique  ». Alors « Muso », en faisant mine de chercher la citation qui se trouve pourtant dans son discours, rappelle ce que disait Guy Tessier en 2013, aujourd’hui président (LR) du Territoire Marseille Provence : «  Tout dysfonctionne dans cette ville. On assiste à la fin de règne de Gaudin. Il est assis dans son fauteuil et ne veut pas en bouger. La seule force qui le meut, c’est sa volonté de se maintenir au pouvoir. Il est temps qu’il passe la main.  »

13h25

le Ravi, rappelant ses difficultés, interpelle l’édile sur l’absence totale de soutien de la Région au mensuel pas pareil et à son association, privée en 2017 d’une aide sur un projet de journalisme participatif dans les quartiers populaires et toujours tenue à l’écart des convoités budgets d’annonces institutionnelles. «  En 2018 soutiendrez-vous toute la presse régionale ? Serez-vous Ravi ? » Ennuyé, Muselier répond à côté : «  Je serais ravi de vous aider mais... changement de politique, de stratégie et remise à plat. Vous parlez de la presse mais aussi de votre action dans les territoires. Ce n’est pas dans ma fonction. Et il n’y a pas que vous. Enfin, je ne suis pas là pour subventionner des associations - je ne dis pas ça pour vous - qui ne m’invitent pas, qui ne mettent pas le logo, qui ne vont pas dans le sens de notre politique… La presse souffre, il n’y a pas que vous qui souffrez…  » Radio Camargue embraye sur la suppression de l’aide régionale au fonds de soutien à l’expression radiophonique, celle aux radios non commerciales associatives. Muselier s’agace : «  Même question, même réponse !  »

13h30

Interlude drolatique sur le nom de la Région : «  On ne change pas de nom ! Mais Paca, ça n’a aucun sens. C’est désagréable, imprononçable. Vous dites pas HDF pour les Hauts de France !  » Dites donc désormais « Région Sud ».

13h32

Marsactu revient à la charge sur ce que dénonce Muselier lorsqu’il parle de «  cohabitation politico-mafieuse  » entre Gaudin et Guérini. « Muso », vinaigrette : « J’en ai tiré un livre. Relisez-le.  »

13h34

Ça commence à s’éterniser. Interrogé sur les TER, Muselier cède la place à son « Monsieur Transport », Philippe Tabarot, vice-président délégué aux « déplacements », qui, avec sa carrure de rugbyman, se lance dans un long tunnel sur la SNCF. Il fait de même quand Sans transition l’interroge sur son soutien à la «  neige artificielle  », assez contradictoire avec le fait de vouloir avoir «  une Cop d’avance  », le slogan de l’année. Sur l’or blanc, il envoie au charbon Chantal Eyméoud, vice-présidente multitâches (entreprise, artisanat, économie de montagne…). « Pardon, votre nom ?  », l’interroge la journaliste. Rires peu confraternels. Et la maire d’Embrun d’expliquer en substance que, quand y a pas de neige, y a pas de touristes, alors la neige artificielle, dans les stations, on kiffe…

13h49

Toute dernière question du Monde : «  Demandez-vous à Jean-Claude Gaudin de passer la main avant la fin de ses mandats ?  » Muselier s’esclaffe : «  On peut lui demander ! Il lâchera jamais…  » Et termine sur une anecdote : «  En 95, quand on a gagné la mairie, Jean-Claude me met la main sur la cuisse et me dit "Un jour, ce sera ton tour". Sauf que mon tour, il est jamais venu ! Et qu’il a fait le coup à d’autres !  » Fin de la cérémonie des vœux. La meute, qui aime bien qu’on lui répète, se jette, en attendant le buffet, sur Muselier.

Sébastien Boistel

Région Sud© (selon Muselier)

5 millions d’habitants

6 départements

4 métropoles

4 frenchTech

10 pôles de compétitivité

3 marques « monde »

50 % d’espaces naturels

25 % de parcs régionaux

1000 km de côtes

300 jours de soleil par an

Le PIB du Portugal

La superficie de la Belgique

Le Conseil régional

Président : Renaud Muselier (LR), 58 ans, médecin, en remplacement de Christian Estrosi depuis le 9 mai 2017 (élu le 13 décembre 2015 grâce au désistement de la gauche)

Majorité : 81 élus LR-Modem-UDI

Opposition : 42 élus FN

La cérémonie testée

Durée : de 1 à plusieurs heures

Présents : une trentaine d’élus, des dizaines de journalistes, le reste indéterminé

Membres de l’opposition : aucun

Discours : 1h06

Temps de parole de Muselier : 1 heure

Temps de parole de Tabarot et Eyméoud : 6 minutes

Temps de parole de l’opposition : 0

Article publié dans le Ravi n°159, daté février 2018

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