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"La Déviation" bétonne son projet

Un collectif marseillais d’artistes veut transformer une cimenterie en lieu d’expérimentations
le 3/07/2018

A Marseille, un collectif d’artistes a investi une ancienne cimenterie pour en faire un lieu d’expérimentations. Dernière en date : la racheter afin d’assurer sa pérennité, mais aussi la sortir du système spéculatif. Une campagne de financement participatif est en cours...

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Il n’y a pas qu’en théâtre, musique ou arts plastiques que La Déviation expérimente. En matière immobilière également. Locataire depuis trois ans de La Coloniale, une ancienne cimenterie installée sur les hauteurs de l’Estaque (16ème arrondissement de Marseille), l’association fondée par le collectif d’artistes En Devenir veut acheter à son propriétaire ses 1200 m2 de bâti et ses 2000 m2 de terrain en propriété d’usage. Si la trentaine « d’usagers permanents et temporaires  » du lieu, comme ils se définissent, n’a pas envie de perdre les nombreux aménagements réalisés - un plateau de théâtre, une salle de danse, un studio de musique, une guinguette, un potager, un poulailler, etc -, l’enjeu est aussi politique. «  Nous voulons garantir le projet artistique et collectif de La Déviation et la sortir du marché immobilier en empêchant sa revente  », explique Malte Schwind, le metteur en scène du collectif.

Peu développée en France, la propriété d’usage vient d’Allemagne. Née dans les années 80, elle a d’abord été pensée pour pérenniser des squats. Concrètement, La Déviation s’est associée avec le Clip, une association qui regroupe des collectifs d’usagers, pour créer une nouvelle structure qui sera propriétaire, l’association Le Parpaing Libre. Le collectif d’artistes de La Déviation a la pleine gestion du lieu, sauf sur une éventuelle revente. Il faut l’unanimité des membres du Clip pour qu’elle se réalise. Le rôle de ce dernier peut aussi être de trouver un remplaçant avec un projet similaire si La Déviation choisissait de se retirer.

« Ça colle avec ce que l’on défend depuis le départ : permettre à des usagers, y compris temporaires, de créer leurs conditions de travail  », poursuit le trentenaire d’origine allemande. Il s’agit aussi de disposer «  d’un lieu de travail sans dépendre des courbettes aux institutions  » et de «  construire des solidarités plus larges  ». Tout en s’évitant les délicieux désagréments d’une propriété collégiale : l’explosion du collectif et le rachat de parts.

Le compromis de vente vient d’être signé et La Déviation a quatre mois pour trouver les 450 000 euros demandés par le propriétaire. «  100 000 euros par mois  », rigole Malte Schwind. Plus réaliste, le collectif cherche à récolter 150 000 euros en dons et micro-prêts pour amorcer un prêt bancaire. Et organise un mois de festivités en mai pour bétonner son projet.

Jean-François Poupelin

Pour en savoir plus et contribuer au financement participatif, c’est ici : www.ladeviation.org

Article publié dans le Ravi n°162, daté mai 2018

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