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« Pas besoin des bien-pensants gaucho-immigrationnistes »

Contrôle technique d’une plénière de la métropole Toulon Provence Méditerranée
le 6/07/2018

Nous avons testé, en mai, la plénière de la métropole Toulon Provence Méditerranée présidé par l’inaltérable Hubert Falco. A lire avant de retrouver dans le Ravi, daté juillet-août 2018, notre nouveau "contrôle technique" lors du "roadshow" de Formule 1 sur le Vieux Port marseillais.

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9h00

La cinquantaine, carré long à frange, tenue blanche immaculée et bronzage estival dès la mi-mai, Valérie Paecht-Luccioni, fille d’Arthur Paecht, ancien député-maire de La Seyne-sur-Mer, et directrice générale des services de TPM, vient discuter avec le journaliste de Var-matin d’un article qui semble ne pas lui plaire.

9h08

Pas assez de places, ce 22 mai, dans l’hémicycle pour tous les élus. Certains s’installent sur des chaises. Guy Rebec, élu d’opposition à Toulon (EELV), s’est trouvé un petit bureau sur lequel il étale ses documents.

9h10

«  Allez mes chers collègues !  », lance Hubert Falco, maire LR de Toulon et président de la métropole, pour rassembler ses troupes. Christiane Hummel, ancienne sénatrice-maire de la Valette-du-Var, cheveux rouges, pull jaune pétant et écharpe fleurie, continue sa tournée de bises, impassible.

9h15

«  En 2017 l’ensemble de nos dépenses d’investissement et de fonctionnement a représenté plus de 538 millions d’euros. […] C’est un bon bilan !  », se félicite Falco. Mais de rajouter, réaliste : «  Même si on ne partagera pas tous le même avis.  » Il constate que malgré les baisses des dotations de l’État, le taux d’imposition «  n’a subi aucune hausse depuis 2011  » et que les subventions au monde associatif ont été maintenues : «  Vous allez nous dire "vous êtes des magiciens !". Non. On a travaillé ! […] Si notre territoire est dynamique c’est qu’on lui donne les moyens de l’être !  »

9h20

Premier budget de l’agglomération avec 132 millions d’euros : les transports. «  On a eu un million de passagers de plus en 2017 avec un des tarifs les moins chers de France  », se targue le président. «  Alors on lit, on écrit, il se dit…, note-t-il faisant référence à ses détracteurs qui ne veulent pas du projet de Bus à haut niveau de service (Lire page 5). Le réseau Mistral a été classé en 2016 premier de France par le magazine Capital. La réalité elle est là […] Je n’ai jamais reçu un courrier d’usager mécontent de notre réseau de transport, mes chers collègues !  »

9h30

«  Ce socle solide, c’est 14 ans de travail de communauté d’agglo et de destins, déroule toujours Falco. On n’a jamais mis en place une usine à gaz comme certains pouvaient en douter. On a mis en place une usine à travailler, à investir, à créer un territoire qui est aujourd’hui l’un des premiers de la région. » L’amiral Waquet, élu d’opposition FN à la mairie de Toulon, pointe du doigt les recettes de la taxe d’enlèvement des ordures ménagères (67,8 millions) et surtout l’état de sa répartition. Il rappelle la loi : cette taxe ne doit pas être trop excédentaire. «  Capital, que vous citiez tout à l’heure, a classé Toulon en 16ème position des villes qui prélèvent plus qu’elles ne le devraient  », poursuit l’élu d’extrême droite qui constate que cette taxe représente 4,5 millions d’euros d’excédent et demande un ajustement. Le FN vote contre les comptes administratifs du budget principal.

09h35 

«  Merci Amiral, difficile de jouer votre rôle d’opposant avec de tels chiffres, ma foi  », lance Falco. Il justifie l’excédent par le fait que le Sittomat (syndicat mixte de traitement des ordures) a transmis sa facture alors que les chiffres étaient déjà arrêtés. «  L’excédent est en réalité de 0,8 %  », explique le président. Frédéric Boccaletti, élu FN d’opposition à Six-Fours, fulmine sur son siège. Waquet s’étonne que les tarifs du Sittomat soient supérieurs à l’année précédente «  compte tenu des services fournis  ». Il tacle : «  Je comprends que le compte administratif que vous nous soumettez est faux !  » «  Il n’est pas faux !, martèle Falco. Nous, on va le voter avec un excédent de 4 millions d’euros et la réalité on la retrouvera l’année suivante. […] On régularisera après.  »

09h44

Place au vote. Le président sort et laisse la place à Christiane Hummel. Qui, pour gagner du temps, comptabilise juste les « contre ». Guy Rebec la rappelle à l’ordre : «  S’il vous plaît, continuez à dire qui est pour, qui est contre et qui s’abstient.  » À l’exception du maire d’Ollioules, les élus qui votent « pour » ne daignent pas lever la main. Hummel le remercie d’être le seul à suivre. Rebec s’énerve : « Si vous vouliez bien poser automatiquement les trois questions, ça permettrait à l’ensemble des personnes qui sont « pour » de faire un peu de gymnastique et de lever le bras, ce qui serait un acte positif d’approbation de ces délibérations.  » Huées dans la salle. «  Je vais m’appliquer pour vous plaire  », ironise Hummel. Les comptes administratifs sont votés. La salle applaudit. Falco revient.

10h08

Projet 60. Désignation d’un représentant de la métropole à l’association des maires « ville et banlieue » de France. Boccaletti accuse la majorité d’avoir voté la délibération en bureau métropolitain et non en conseil pour éviter le débat «  sur le fond  ». «  Pas besoin des bien-pensants gaucho-immigrationnistes  », lance l’opposant FN. Il poursuit encore plus véhément : «  Toujours plus d’argent pour les banlieues alors que vous laissez nos jeunes des villes moyennes et de nos campagnes agoniser ? Mais il est vrai que cette jeunesse n’agresse pas, ne brûle pas, ne caillasse pas […] Elle n’impose pas à sa voisine de porter le voile !  » Il attaque frontalement Marc Vuillemot, maire PS de La Seyne et président de l’association, en déplacement sur Paris pour le plan banlieue. Et s’en prend à la majorité LR qui «  se couche telle des carpettes devant cette gauche nauséabonde  ». Il demande un report de la délibération.

10h12

«  Je vous en ficherais moi du vivre ensemble dans certains quartiers  », conclut le frontiste dans un brouhaha général. «  On se casse là ?  », lance une élue de La Seyne à son groupe. Falco tente de calmer Boccaletti. Rappelant que Vuillemot n’est pas là pour se défendre. «  On va voter, la démocratie c’est le vote  », conclut le président. «  Notre ville est honorable. Vos propos sont racistes. Vous êtes dans votre rôle !  », s’énerve Denise Réverdito, élue EELV de La Seyne. Boccaletti fait mine de jouer du violon. «  Allez, allez chuuuuut  », modère Falco.

10h25

Boccaletti se plaint auprès d’Hubert Falco que le conseil municipal de Six-Fours où il siège, dont les élus métropolitains brillent aujourd’hui par leur absence, n’informe pas l’opposition des délibérations communautaires. «  Falco c’est le super maire des douze communes. Non, Falco c’est le maire de Toulon, point  », rétorque le président.

10h40

Damien Guttierez, élu sans étiquette de La Seyne, ex FN, demande une explication sur des montants. Falco le prend de haut demandant à l’adjoint au transport, Yannick Chenevard, de faire preuve de «  pédagogie  ». «  Il avait tout voté en 2015 mais comme il a changé de camp…  », ironise Falco. Guttierez s’énerve : «  Arrêtez avec ça, je pose des questions, pas besoin de commentaires. Je ne vais pas y avoir droit jusqu’en 2020 ! Vu ce que j’ai entendu ce matin, je suis bien heureux où je suis.  »

10h44

Rebec pose la réfection de la chaussée du tunnel comme un problème de maths : «  S’il y a 80 000 m2 de chaussée à raboter, s’il y a 4000 tonnes de nouvel enrobé déposé, pouvez-vous nous dire la masse ou le volume approximativement des déchets de ce rabotage ? Et surtout si ces déchets seront recyclés ou pas ? Si oui, où ? Comment ? Entrent-ils dans l’économie circulaire ? Ou bien sont-ils enfouis ? Et où ? Dans quelle décharge ? […] » Falco digresse et botte en touche. Il renvoie l’élu d’opposition vers Vinci qui a la concession. Rebec de rebondir : «  À partir du moment où vous confiez des travaux, il est normal que vous vous préoccupiez d’où vont les déchets !  » Falco élude la remarque par un «  Allez ça suffit  », avant de passer à la délibération suivante…

Samantha Rouchard

Métropole Toulon Provence Méditerranée

437 460 habitants (2018)

12 communes : Carqueiranne / La Crau / La Garde / Hyères / Ollioules / Le Pradet / Le Revest-les-Eaux / Saint-Mandrier-sur-Mer / Six-Fours-les-Plages / La Seyne-sur-Mer / Toulon / La Valette-du-Var

Président : Hubert Falco, 71 ans. Entrepreneur à la retraite. Maire LR de Toulon depuis 2001. Ancien sénateur, secrétaire d’État et député.

81 conseillers métropolitains Les Républicains dont 16 élus d’opposition.

11,55 % de logements sociaux

30 889 chômeurs

47,26 % pour le FN au second tour de la présidentielle (arrive en tête à la Crau avec 54,70 %)

Le conseil soumis au contrôle du Ravi 

Durée : 1h45

Temps de parole de l’opposition : 45 minutes

Nombre d’absents : 23

Le public : 1 personne

Journalistes : 4

Reportage publié dans le Ravi n°163, daté mai 2018

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